Isoloir

 

Début de l'article paru dans la revue papier

« Le 6 mai je suis allé voter, et je vais ici raconter une anecdote. Précisons une chose : je ne rentre jamais dans l’isoloir. Et, comme à cette heure-ci j’étais le seul client dans le bureau de vote, j’ai été un peu remarqué. La jeune femme chargée de la « prévérification » de l’inscription sur les listes de votants, et accessoirement responsable de l’étalage des petits papiers, m’avait gentiment indiqué les opérations à suivre et orienté vers l’endroit où j’étais censé me rendre. Je restais néanmoins devant elle à essayer de plier la candidate socialiste pour la faire rentrer dans la toute petite enveloppe bleue. Mais je m’y étais mal pris et cela durait un temps exagérément long : je veux dire peut-être dix ou vingt secondes, mais l’effet fortuitement insistant devenait gênant pour la préposée en question… et pour moi-même par effet boomerang. Lorsqu’elle me suggéra une deuxième fois de rentrer dans l’isoloir, je marmonnais une protestation et restais fiché devant elle. Elle devint toute rouge, comme si j’étais tout nu – j’espère que ç’eut été tout de même plus amusant. Je traversais finalement la pièce vers le bureau de vote proprement dit. La scène n’ayant pas échappé aux autres préposés, la personne chargée du registre, moins timide, me dit alors franchement : « normalement, il faut aller dans l’isoloir, mais on dira qu’on a rien vu! ». Remarque à laquelle je répondis que je n’avais pas envie de faire semblant – je retins là ma phrase, n’allant pas jusqu’à son bout, sous-entendant ainsi que je ne voulais pas faire semblant de voter Sarkozy. S’ensuivit un très bref échange qu’elle boucla par une affirmative, à savoir que le passage dans l’isoloir est obligatoire. Je sortis alors du bureau de vote en essayant de ne rencontrer personne autour de la mairie, conforté dans ma pudeur électorale. [...] »