Félix Guattari, un penseur funambule

Micropolitiques, par Félix Guattari et Suely Rolnik, traduction de Renaud Barbaras, Les Empêcheurs de penser en rond, 2007, 495 p., 26 € ; Par Félix Guattari, Lume, 2007, 136 p., 9 €.

    

Ritournelles, par Félix Guattari, Lume, 2007, 136 p., 9 €.

Philosophe militant, psychanalyste voyageur, poète itinérant, Félix Guattari fixe ces éclats sur le papier. « Quel texte émouvant, étrange, avec son mélange d’enfance, d’art, de pensée », écrit Deleuze qui découvre en janvier 1993 les fragments rassemblés aujourd’hui dans Ritournelles. Guattari y prend la tangente en mêlées fugitives, poétiques fragiles : art de penseur funambule, de cartographe du désir et de schizo-analyste. De quoi il retourne ? Petites lignes de fuite, vibrato d’un instant, jouissances enfantines. Il s’agit pour Guattari d’infléchir une trajectoire, briser une ligne ou pivoter sur soi. Son écriture dessine un champ de vibrations où les mots surgissent et s’unissent à travers un nouveau rythme, un usage sauvage : Guattari invente des concepts dans le flux d’une intelligence féroce, avec une vitesse qui coupe le souffle.

Dans leur journal de bord - livre de voyages, d’expériences et de rencontres, magnifiquement traduit par Renaud Barbaras -, qu’ils tiennent au Brésil en 1982, Guattari et la psychanalyste Suely Rolnik vont à la rencontre des individus, des groupes, de tout ce qu’ils reconnaissent à travers eux comme intensités et désirs collectifs, alors que la campagne pour les premières élections démocratiques après environ deux décennies de dictature militaire bat son plein. Fragments de discours, lettres, conversations, discussions, confidences et débats rompent les amarres de l’individualisation de l’énonciation, comme la marque d’un coup de foudre pour la sensibilité du pays traversé. On découvre toute la vitalité de la « micropolitique », c’est-à-dire la force de ce qui arrive au contact, dans la relation à l’autre, dans les questions de pouvoir et la lutte des classes pour agencer les choses. Faire que les processus de singularisation ne se neutralisent pas mutuellement dans la reconstitution d’entités normatives, mais, au contraire, s’appuient les uns sur les autres, de manière à s’intensifier. [...]

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