Entretien audio avec JC Polack sur la schizoanalyse (1ère partie)

Les mardis de Chimères (janvier 2008)

Entretien avec Jean-Claude Polack sur la schizo-analyse

avec Max Dorra

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voir le questionnaire original qui a été envoyé à JCP

merci à Bellahsen pour l'enregistrement audio, les fichier au format mp3 sont téléchargeables via le lien précisant le minutage

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2’29 / Max Dorra présente Jean-Claude Polack (JCP) et lui pose des questions sur la schizo-analyse.

8’00 / Définition de la schizo-analyse

9’57 / JCP « On ne peut pas partir de la représentation d’une relation à deux » comme dans la psychanalyse. « Il n’y a pas de schizo-analyste »

> Pas de symétrie entre schizo-analyse et psychanalyse

12’42 / « Les 150 dernières pages de l’Anti-Oedipe sur la schizo-analyse sont une critique radicale, absolue, définitive de la psychanalyse freudienne et lacanienne ».

14’52 / Le désir est de production, matériel, réel, machinique, alors que l’inconscient freudien est un système de représentation.

> matérialisme spinoziste de la schizo-analyse

17’44 / Est-ce que la schizo-analyse est faite pour certains cas particuliers ou pour n’importe qui (névrosé/ pervers/ psychotique) ? L’ambition, s’occuper de tout ça, « je ne sais pas trop ce que c’est que la schizo-analyse, mais aujourd’hui, je comprends un peu mieux. » Dans la psychanalyse, on part du sujet et de l’appareil psychique. Dans la schizo-analyse, on part d’un processus : le processus schizophrénique (à ne pas confondre avec la maladie de la schizophrénie qui est une mutilation du processus).

20’35 / On part des investissements de désir sociaux et économiques et des investissements libidinaux. On inverse la polarité. On part de la schizophrénie plutôt que de l’hystérie.

21’54 / Le curetage de l’inconscient. Le processus schizo est la richesse, et non pas ce contre quoi il faut protéger le patient.

28’59 / le processus schizo décrit le fonctionnement du capital et le fonctionnement de la psychose schizophrénique. Lacan, à la fin de sa vie, se serait rapproché d’une hypothèse plus matérialiste.

32’42 / La dette partielle à Lacan, c’est l’objet a.

33’41 / Le Président Schreber et la psychose paranoïaque. Freud passe à côté.

36’20 / En finir avec la psychanalyse car elle se détourne de ce qu’elle propose de faire.

> quitter les représentations, le langage, les signes et la structure pour aller vers un monde de sensibilité.

38’50 / « On rejette l’idée que l’on puisse travailler à deux »

> La schizo-analyse est inséparable d’une pratique collective (psychothérapie institutionnelle) : prendre en compte les facteurs économiques et sociaux en plus du libidinal !

44’58 / « On appelle folie un discours qui nous convient pas disait Foucault, et plus qu’un discours... », un rapport à la vie et la mort différent, etc.

> il faut partir de la productivité du processus schizo

> les névrosés sont des normopathes

> Schreber, ayant repris sa fonction de juge, écrit à son médecin : « j’ai renoncé à être malade, car vous aviez tellement peur de comprendre ce que je pense encore, et mon système est tellement plus intéressant que le vôtre, vous avez eu peur d’être contaminé. »

Schreber va mener une autre vie en parallèle à sa vie de juge : la paraphrénie, guérison de la schizophrénie.

48’50 / Par rapport à la psychanalyse, on peut introduire dans la cure, dans la façon de travailler toute une série de modifications et pendant la cure s’appuyer sur des aides

> dangers de l’anti-psychiatrie

> Laborde

52’50 / la clinique classique sous le contrôle des psychanalystes : pas question que le patient parle à quelqu’un d’autre que le psy ! à l’inverse de Laborde. La majorité des psychotiques sont dans des dépotoirs. Juste distribution de médicaments.

56’44 / Max Dorra : « Allons plus loin dans le processus schizophrénique (...). On arrive tous avec des théories un peu folles. Comment emploies-tu le concept de processus schizophrénique face à un patient pour mieux l’écouter ? »

1h00’54 / Réponse de JCP : Détruire l’inconscient freudien, insistent Deleuze et Guattari.

> aujourd’hui, les gens viennent oedipianisés avec l’idée qu’il s’est passé quelque chose dans leur famille, comme s’il y avait un Oedipe génétique.

> la poussée libidinale vers la mère et le père : est-ce un fantasme (sens freudien)? Ou une réalité (schizo-analyse) ? : pour Deleuze Guattari, l’Oedipe partirait d’un père paranoïaque. On a crée toutes les conditions pour que le fils tue le père : on arrive dans un monde où l’on vous traite d’une certaine façon. Or ce n’est pas du fantasme (mais le réel, le socius).

1h08’57 / M. Dorra : « Quand tu dis ce n’est pas le gène, c’est le socius, tu veux dire quoi ? »

> JCP : Ca veut dire que c’est inconscient mais que ça tire sa force non pas dans un ADN oedipien, mais dans un mode de vie du père et de la mère.

> M. Dorra : Alors ça revient au même ?

> JCP : Non, car on n’aide pas les gens en les enfermant dans une névrose, mais en les ouvrant sur le processus schizo.

1h11’02 / Szondi et la théorie des pulsions. Vecteurs pulsionnels. La composition des facteurs forment une personnalité. Les dispositifs pulsionnels changent dans le temps. Tableaux, diagrammes temporaires de la personnalité d’un sujet. Tel schizo pourrait devenir paraphrène. Le désir a des matières à options, surtout si l’environnement le permet. Le danger d’une structure qui prend le dessus et peut aboutir à l’étouffement, au suicide.

1h17’05 / JCP : « Je n’ai aucune confiance dans le diagnostic ».

> il faut faire un diagnostic szondien, diagrammatique, mobile, et pas une structure ! Cette plasticité remet en question les catégories névrose/ psychose/ perversion.

1h22’31 / M. Dorra « Tu nous as dit je suis flottant. Il y a recherche du modèle théorique en fonction du patient. » Le modèle du processus schizo. JCP : « Le psychanalyste est le moins bien placé pour l’atteindre. »

> Question de F. Gabarron : Du coup, vous êtes schizo-analyste ?

> JCP : « J’veux bien, ça me gène pas. » Y a pleins de psychanalystes qui le sont, mais ils ne le savent pas.

> FG : « si c’est deux choses différentes, psy et schizo-analyse, pourquoi ne pas la nommer, surtout si c’est inconciliable. »

> JCP : « dans ma pratique, ça n’existe pas du tout, je n’arrête pas de faire des mélanges ». Deux exemples.

1h45’07 / M. Dorra : « Le psychanalyste dit je suis psychanalyste, le schizo-analyste dirait, je ne suis pas schizoanalyste. ». Capacité à changer de discours. Ne pas se prendre pour un rôle.

1h48’11 / Eviter la catatonie et la mort du processus schizo, reterrirorialiser sans cesse avec le socius, la réalité.

1h49’11 / M. Belhasen. Question sur le processus : est-il dans le patient ? JCP : non, il est aussi en moi. Les médecins sont les plus mauvais, ils savent trop de choses, ils ne sont pas à l’écoute. Brancher le schizo dans d’autres espaces que la médecine. Benedetti et le rêve : il incitait à rêver de ses patients.

1h56’26 / A. Querrien : les processus de déterritorialisation ne sont pas que dans le patient et le thérapeute, mais dans toute la société et ça influe sur la relation. JCP : il y a des espaces de reterritorialisation où le patient peut introduire le thérapeute. Ils apportent au patient de la reconnaissance et de l’agir.

2h03’30 / Pourquoi, on ne se dit pas schizo-analyste ? Pour éviter l’identification. « Ceci n’est pas une pipe ». Les patients qui venaient à Laborde pouvaient s’en sortir. Influence de Laborde et de la psychothérapie institutionnelle. Laborde est une expérience révolutionnaire et dangereuse. La psychiatrie, affaire d’Etat. La question de la rentabilité. L’abandon des malades (SDF, 1 détenu sur 2 en prison a des troubles psychiatriques). L’homo economicus. La neuro-économie.

2h18’00 / La banalisation de la folie dans l’hôpital. Il n’y a plus d’infirmiers psy. Le bilan de la médecine de ville, la psychanalyse avec feuille de sécu.