Lits de France

 
(Tous droits réservés)

JE SUIS BIPOLAIRE. J’ai signé l’appel des appels afin de lutter contre la dérive actuelle qui criminalise les malades. Pour autant, mes trois hospitalisations ont suscité un ques tionnement sur la place des psychotiques dans les hôpitaux psychiatriques. C’est en ce sens que je souhaitais témoigner, sachant que dans tous les cas j’étais délirante et ma perception faussée. La première fois, j’ai été hospitalisée à Montfavet près d’Avignon et cela s’est très mal passé. Il reste donc des hôpitaux en France où l’on enferme, on donne des traitements et c’est tout. Il n’y a pas de psychanalyste ou de psychologue, ou s’il y en a, on ne m’a pas proposé d’en consulter un. Il n’y a pas d’activité, on reste derrière les barreaux. Est-il vraiment besoin de signaler que l’univers est alors très violent ? Je n’ai pas réussi à faire entendre que le traitement que l’on m’avait donné ne me convenait pas. Encore heureux c’était une hospitalisation libre, et j’en suis sortie dés que possible. C’est un généraliste qui m’a changé de traitement, et j’ai enfin pu dormir et ai intégré une clinique sans psychologue, pas plus spécialisée dans les dépressions, mais le traitement était trouvé. Il y avait un parc pour faire les cent pas, et une ergothérapie avec peu de moyens, mais un ergothérapeute. On faisait des sorties.
La deuxième hospitalisation était à Lyon à l’hôpital de Bron.
La crise était plus forte à cause de l’abandon de mes médicaments, croyant que j’étais guérie et n’ayant pas encore compris le fonctionnement de ma maladie. La difficulté, cette fois, a été la prise en charge par la société. Les forces de police m’ont bien arrêtée, car j’avais pris le train sans payer. À vrai dire, j’avais tout jeté sauf un livre que l’on m’avait donné dans le train. Les forces de l’ordre n’étaient pas virulentes contre moi, s’étant bien rendues compte de mon état, mais ils ne m’ont pas faite hospitaliser. J’ai demandé l’adresse de l’hôpital, ils me l’ont notée. Il me semble qu’il y a un souci de formation, car j’étais un danger pour moi-même. Je remercie vivement le chauffeur de taxi qui m’a accompagnée à l’hôpital et l’amie dont il a cherché les coordonnées qui ont abouti à mon hospitalisation, en HDT cette fois. L’hospitalisation s’est très bien déroulée, j’étais reçue par une psychanalyste tous les jours, il y avait des activités thérapeutiques, un parc, des animaux, un jardin, une bibliothèque, une salle de sport plus des activités de soins.
Certes, il y avait une question de moyens pour proposer toutes ces activités. Mais il y avait surtout du personnel spécialisé, et surtout une réunion où on donnait la parole aux malades sur leurs conditions d’hospitalisation. Le personnel exposait aussi les projets de l’hôpital où les malades donnaient leur avis (notamment un débat sur la mise en place de caméras de surveillance dans la cellule d’isolement afin d’éviter les suicides).
Toutes les pathologies étaient mélangées, pour autant, tout se passait bien, sans violence, je veux dire même si je sais que certains avaient été attachés en camisole de force et isolés. J’ai bénéficié de l’aide de l’assistante sociale pour essayer de refaire mes papiers. Ils ont juste manqué d’humour quand j’ai voulu faire de la science-fiction au moment de l’inscription. J’ai fait de la « danse ». On faisait attention au fait que je m’habille. Ma dernière hospitalisation a eu lieu à Marseille, et il a fallu que je m’y prenne en deux temps malgré moi. La crise était moins forte car je prenais mon traitement, aussi malgré mon délire, je me rendais compte qu’il y avait quelque chose qui n’allait pas. De plus, mon entourage était sensibilisé, je n’ai pas fugué cette fois-là. Mon psychiatre, psychanalyste, a voulu me faire rentrer à l’hôpital de la Conception qui était complet. Ils ont quand même voulu enfermer l’amie qui m’accompagnait, elle juste artiste, alors que je pleurais à la porte dehors. Mais moi, ils ne m’ont pas gardée, malgré mon délire. Ce sont mes amis qui m’ont gérée cette nuit-là, et j’ai dû refaire appel à mon médecin le lendemain pour essayer de rentrer dans cet hôpital. Je n’ai pas pu avoir accès à un médecin de cet hôpital. Le lendemain, ils m’ont trouvé une place dans une clinique à Boucbelair spécialisée dans les addictions, surtout l’alcool.
Pourquoi cette démarche n’a-t-elle pas été faite la première fois ? Encore heureux, je n’étais pas isolée car cela relevait à mon sens d’une non-assistance de personne en danger, d’autant plus que j’avais une lettre de mon psychiatre. Dans la clinique, il y avait une psychologue, mais elle ne passait pas dans les chambres, il fallait prendre rendez-vous, mais j’ai pu la voir. Il faut dire que j’avais acquis des réflexes, de plus la crise était moins profonde. Il y avait une salle de sport et une ergothérapie.
Voilà, il me semble qu’en effet, défendre le nombre de lits et demander l’augmentation des moyens de l’hôpital psychiatrique demeure un sujet crucial, mais il me semble que mon expérience montre aussi la disparité des situations d’hospitalisation. Que l’on peut questionner aussi l’hospitalisation elle-même, ce qui est fait je crois depuis longtemps par certains analystes, mais ce qui est loin de s’être généralisé même si mon expérience a ses limites de représentativité. Je n’ai pas fait un tour de France de la psychiatrie.