L’un seul, peut-être - de quelques figures instituées du chaque 1 chez soi –


« À chacun son métier, les vaches – ou les moutons, et les cochons - seront bien gardés », c’est ainsi que nous habitons les années d’hiver, que nous grelottons, sec. Et qu’aussi bien nous cherchons asile, en vain souvent. Car d’asiles collectifs il n’en n’est presque plus pendant que poussent par milliers des refuges privés, ma maison, ma caméra, ma voiture, mon enfant, ma famille, mon désir, mon quant-à-soi. ÇA n’est pas gai, nous ramons plus souvent qu’à notre tour, fièrement dirait-on, drapés dans nos autonomies. Automne omis. L’hiver nous meut. Dépressions à venir, où, mais où aller encore… Ça chagrine beaucoup ces temps derniers. Tu n’as qu’à rebondir disent-ils, tout malins, le tour est joué, rengaine ta tristesse, change de refrain. Poisons multiples. Pense aux lignes de crêtes, crétine. Comme une idiote, idiote commune. Tu nous gonfles, à la fin, grave. Je voudrais partir, je suis partie si loin. Inadaptation fatale, on ne se relève pas à chaque fois, je ne suis pas Charlot, lot de mélancolies, lits d’hôpital, même pas les pires… c’est dire.
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Dire quoi : je me laisse aller, ça va pas, ça va mal finir, l’un seul se lamente, pleure comme une enfant, et rit aussi, pareillement, quand même...
C’est quoi ce repli, sans avoir même livrer bataille. On se le demande, nous autres, on voudrait savoir de quoi, de qui sont faits sa nature, sa structure, sa matière, son pouvoir. On cherche encore, on cherche souvent.
Replis tristement tenaces, et s’il n’y avait qu’eux pour nous tenir, détenir, prisons qu’on nous a vendues dorées. Et pourtant rouillées avant même qu’on en prenne abris. Toute sortie des espaces est définitive, peut-on lire sur les tickets d’entrée de Beaubourg. Et on enrage, on s’use encore un peu, on écrit moins souvent, on fait des tentatives de films, à quelques-uns, seuls. Je ne demande pas qu’on supprime la fatigue, je demande à être conduit dans une région où il soit possible d’être fatigué prie Blanchot dans l’Entretien infini.
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Si étrange d’en revenir aux prières, alors qu’on n’en sait aucune. On demande seulement à ne pas étouffer.
La bienveillance, oui, elle surtout, manque. Travailler nuit et jour à l’établir, boulot de chien, on nous dit gentil de caractère, et parfois on vous écrase. Il faut aboyer fort pour défaire les replis, les rabougris, les éteints. Travailler fatigue, et ne pas aussi. On est tout le temps fatigués, chaque seconde arrachée à la tristesse vaut mille ans. On ne vivra pas très vieux. Il y a de l’espoir, mais pas pour nous disait Kafka. Mais alors quoi, qui, où…
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Il y des jours où il ne fait pas si froid : les jours de gestes, les jours d’amitié, les arrivées à l’improviste, les rendez-vous où il n’aura pas fallu se rappeler sept ou huit fois avant de se voir, et trouver ça normal. Le monde se fout bien qu’on le haïsse, et parfois ça peut rendre fous, folles à lier, alliés. Courage, encore un effort, tiens bon. Courage perdu, effort vain, tenue chancelante. Comme s’il ne restait plus qu’un bégaiement obstiné face à tout ça. Chacun-chez-soi évite bien des ennuis ; pas de risque d’attraper la rage, ni de rien attraper du tout.
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Litanie envahissante de la solitude, pourquoi je ne suis pas deux, ou plutôt mille, comme avant d’il y a longtemps. Rêves archaïques de tribus, de peuples, de compagnons. Brève générale, quelques lignes dans les journaux, je ne m’y retrouve plus. Comme si nous tournoyons en rond, ronde d’un seul. Bouge, disent-il, réagis. Mais à quoi, vers quoi. Je suis si fatiguée encore, j’ai raté tant de trains, express, exprès, peut- être.
Et maintenant à quai, acculée à ne plus savoir comment je faisais avant, et encore moins comment je ferai après. Chacun son oasis, calme et plate, loin de toute insurrection. C’est peut-être quand on s’y attend, s’y attelle, le moins, que QUELQUE CHOSE arrive. Se raccrocher aux branches à condition de n’en briser aucune, se faire aussi légère qu’une bulle, portée par les vents… Un chant, vite !
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