Psychanalyse et politique, regards croisés

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EXTRAIT

« Psychanalyse », « politique » : L’association de ces deux termes peut prêter à sourire si l’on se place à un niveau superficiel d’analyse : il y aurait d’un coté des acteurs dans leurs cabinets, grassement payés, intellectuels qui s’occupent de la singularité ; et de l’autre des acteurs qui se battent sur tous les terrains pour l’intérêt commun. Pourtant, lorsqu’on y regarde de plus près ces deux champs d’expérience ne peuvent s’ignorer et s’entrecroisent plus que l’on ne saurait croire.
Qu’est-ce qu’un analyste ? C’est une femme, un homme qui accueille régulièrement un homme ou une femme pour l’écouter, l’entendre, le déchiffrer et l’aider à se libérer de ses entraves, à rendre plus souple ou plus créative « sa folie ». Dans cette expérience éprouvante,  impliquant la prise en compte du temps pour que des modifications psychiques se fassent jour, certains se libèrent, d’autres soulagent une partie de leurs maux, d’autres enfin s’installent… On ne saurait définir d’ailleurs le « résultat » d’une analyse. Des effets ont eu lieu ou pas, peu ou prou... Dans le meilleur des cas, des fenêtres se sont ouvertes, une capacité d’entendre autrement la parole de l’autre et de soi est née… Alors la pensée elle-même se libère des représentations forcées, des idées reçues, des impasses dans lesquelles elle s’était elle-même réfugié… une créativité est née.
Ce discours, pouvant plaire aux analystes et aux analysants, comment pourrait-il être entendu par des acteurs politiques contemporains ravagés par la culture du rendement à court terme, la culture du résultat, de l’évaluation quantitative ? Les questions qui se posent alors sont : combien ça coute ? A qui ça rapporte ?  Qu’y gagne l’Etat ? Lorsque l’intérêt commun serait de soigner des bataillons de malades mentaux, quelle est la part d’activité du psychanalyste ? A ces questions, André Green, dans une interview de 1983 accordée à Daniel Friedmann, donne des éclairages d’une étonnante actualité : si en plus l’analyste a bénéficié d’une offre de formation publique (médicale ou psychologique) relativement longue -et donc couteuse pour l’Etat- quels bénéfices et profits en dégagera-t-il en retour si cet acteur décide de s’installer comme psychanalyste en privé ? Car à moins qu’il ne soit un imposteur, ce dernier  ne pourra s’occuper que d’une vingtaine de malades sur le long terme… Malades ou « bobos » dont on ne sait d’ailleurs s’ils guériront… Gâchis en termes de rendement pour la « Santé Publique » ? Luxe petit bourgeois consistant à s’interroger sur son désir ?
Quel serait d’ailleurs l’intérêt d’un état fascisant (ou se fantasmant comme tel) à favoriser une discipline ou une corporation qui aiderait des sujets à se libérer de leurs aliénations ? Aucun bien sûr ! Et puis, il y aurait cet affreux danger, dont ces « charlatans »  feraient leurs deniers : « ne pas être maître en sa propre demeure  » proposition décidément épouvantable du point de vue d’un système de pensée phobique ou paranoïaque ! Cette corporation aurait à voir  avec quelque chose de l’accueil de l’étranger, d’une culture de l’inattendu… A l’heure où il s’agit par-dessus tout de défendre l’ « Identité Nationale », là encore les psychanalystes iraient à contre-courant. Pourquoi alors s’embarrasser de leur présence dans les hôpitaux, les crèches, les tribunaux, les prisons, les universités (j’ai retiré les majuscules) ? D’autant que si chaque profession doit se tayloriser, que faire de ces artisans du « sur mesure » psychique qui refusent de mesurer !? Comble du comble, ils ne veulent même pas évaluer leurs résultats ! En sont-ils du reste capables... Enfin, les psychanalystes se proposent d’être à l’écoute de souffrances… Des « souffrances » ? Lesquelles ? Dans une France si gaie, si riche, chantante et dansante qui veut « changer le monde » ! Ici se pose la question du changement attendu… Celui attendu par le paranoïaque est bien loin de celui prôné par l’analyste…

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corrVincent esteillon Article Psycha et politique New version 21 fév 2010.doc60.5 Ko