Regard anthropologique en Prothèse Maxillo-Faciale : entre science et conscience

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Extrait de l'article paru dans la revue papier

"(...) De l’anthropologie faciale à l’anthropologie du visage

Nous qualifions souvent dans le monde médical d’ « anthropologie » ce qu’est seulement l’ « anthropologie physique » ou l’« anthropobiologie », c’est-à-dire cette science qui étudie les groupes humains d’un point de vue physique. Au-delà de cette vision « biologique » ou « naturelle » de l’homme, s’est individualisée, du côté des sciences humaines et sociales, parfois dénigrée sous les termes de « sciences molles », l’anthropologie socio-culturelle, discipline exceptionnellement vaste basée sur l’étude des cultures humaines allant de l’individu (son mode de pensée, son imaginaire symbolique) à la collectivité (l’organisation sociale, les rapports entre les hommes et la nature, les croyances déclinées sous forme de mythes et de rites, etc.). Complexe et complète, l’anthropologie socio-culturelle est devenue une véritable science grâce à des grands auteurs comme Claude Lévi-Strauss proposant des méthodes d’analyse permettant de redessiner l’ensemble des pratiques humaines. Cette anthropologie, basée sur la pensée et l’imaginaire, nous fait basculer peu à peu de la face (avec ses proportions anatomiques et ses données céphalométriques) au visage chargé de sens et de symboles. 

La face est un terme purement anatomique ; du grec fascia (« bande, bandage ») ou encore facia (« portrait »), ce terme désigne la partie antérieure de l’extrémité céphalique. Elle est située sous le crâne et est composée de structures osseuses, musculaires, graisseuses, vasculaires, nerveuses, et tégumentaires. Cette définition anatomique de la face nous amène à parler naturellement des structures tégumentaires, donc de la peau et c’est bien cet aspect qui nous fait basculer de la face au visage. Ce terme vient du latin visus, participe passé substantivé de videre : « ce qui est vu ».  L’étymologie fait référence à l’aspect visible du visage. Pour Le Breton , c’est en réalité le lieu originaire où l’existence de l’homme prend sens. Le visage a ainsi de multiples facettes,  expressive, identitaire et sociale. La dimension expressive est liée aux mimiques de l’individu, aux sourires, ou encore à la profondeur du regard. De cet aspect, il n’y a qu’un pas pour affirmer que le visage est au centre des moyens de communications et d’interactions entre les individus. D’ailleurs, pour Goffman , les mouvements du visage s’inscrivent dans le « dialecte de l’engagement » où se coulent les gestes, les contacts, les mimiques qui scandent rituellement toute interaction. Au-delà, la dimension sociale témoigne de l’identité de la personne : l’existence de l’homme ne prend sens qu’à condition d’être nourrie des valeurs de la communauté sociale à laquelle il appartient. L’ensemble de ces aspects socio-culturels est mieux compris par contraste, en cas de dysmorphose du visage ou de mutilation que l’on pourrait alors qualifier au niveau sociologique de « stigmates ». 

« C’est curieux un visage, n’est-ce pas ? Quand on en possède un, on n’y pense pas. Mais dès qu’on n’en a plus, on se sent comme si la moitié du monde avait été arrachée. »

Kôbô Abbé, La face d’un autre

L’anthropologie nous fait passer de la face au visage, des aspects anatomiques et scientifiques de l’un aux aspects sociologiques et culturels de l’autre. Par conséquent, pour réaliser une prothèse faciale, il s’agit tout d’abord de restaurer artificiellement une face : il est donc indispensable de connaître l’anatomie et plus précisément l’anatomie artistique, c’est-à-dire l’ensemble des éléments qui donne au corps sa forme extérieure. En réalisant une prothèse faciale en silicone aux proportions esthétiques idéales, nous opérons une hybridation entre chair et matière, entre corps et artifice. En outre, réaliser une prothèse faciale, c’est redonner un visage au patient à l’origine d’une réintégration familiale et sociale, la mutilation rejetant l’individu hors des interactions sociales habituelles. L’identité de l’individu, grâce à sa prothèse, sera peu à peu restaurée et c’est son schéma neuro-psycho-physiologique qui en sera profondément remanié. Le geste prothétique facial semble ainsi relever d’un « entre-deux » ou plus exactement de multiples entre-deux : entre face et visage, entre corps et pensée, entre science et culture, entre science et art… (...)"

Suite dans la revue papier. 

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