Je ne suis pas née dans la lumière

Extrait d'un slam de Istina Ntari

Parmi les slameurs qui se retrouvent chaque semaine dans les scènes slam, notamment celle du Down Town, rue Jean Pierre Timbaud à Paris, nombreux sont ceux qui ont eu maille à partir avec les institutions psychiatriques, et qui ont trouvé dans le slam leur manière de retisser leur vie. Alertés sur la parenté entre leurs démarches et celles de certains chimériens, ils ont offert des poèmes à Chimères, dont le comité de rédaction a retenu celui qui suit. L'auteure est une jeune femme, dont le nom de scène, comme chez les autres slameurs, évoque le désir.

*Je ne suis pas née dans la lumière*

*Je suis née dans un reflet sombre de l'eau noire*

*Juste avant que le métal et le sang ne se touchent*

*Dans l'imaginaire d'un guerrier nostalgique*

*Je suis née au cours d'une de ces longues nuits*

*Où le mythe se dispute au réel*

*Où un ego fracasse le ciel à force d'implorer Dieu de descendre*

*Je suis issue d'un tas de cendres*

*Laissé par la combustion de l'amour*

*Sur la place tiédie par le lait*

*Mangée par la terre*

*Je ne suis pas née dans la lumière*

*
*

*Je suis langage incarné*

*La source pétrifiée des métaphores incandescentes*

*Des images léchées par le feu*

*Je suis l'omission*

*Le mensonge oublié*

*Le crime pardonné*

*Le viol enluminé*

*Le substrat*

*Je suis toute une*

*Et les contours glacés d'un été sans lune*

*Promettent réparation*

*D'un avenir distinct*

*Consolation solitaire, je suis un verbe branlant*

*Ecorché rouge*

*Baiser*
*
*

*Cela n'a jamais été un passe-temps comme un autre.*

*Aller chercher l'extrémité de l'instant pour l'attirer à soi,*

*Tirer sur les temps morts, avouer sa solitude*

*en arabesques de bic sur un carnet à spirales,*

*encore un.*

*Cela n'a jamais été un hobby anodin.*

*Plutôt un vertige longitudinal*

*Loisir un peu coupable un peu sale*

*Comme une masturbation silencieuse*

*Je cherche le scandale linguistique sur les lieux même de l'évasion théorique*

*En vain.*

*Chaque mot a sa place. Chaque refus son port d'attache. Chaque silence son décor. Chaque note a son temple. *

*Tout résonne dans le métal. La terre est mate et creuse, elle absorbe.*

*J'habite dans un écho, sur la tige d'une fleur, une escalade fragile*

*Je suis là où tu me cherches avec d'autres yeux*

*Je suis une page vierge, un cauchemar*

*J'ai piétiné mes impatiences, couru au-devant de la fontaine*

*Pour choisir ma place au fronton de l'hospice*

*J'ai tenu bon, moi et ma chair tendre, friable*

*Résistant comme on pouvait au vent violent du destin*

*Il s'en est fallu de peu que tout ne se déchire*

*Pour la dernière fois*

*Un ultime appel une dernière résistance *

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