Les visions écosophiques de Félix


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Extrait de l'article paru dans la revue papier 

La problématique de la vie qu’expose Félix dans Chaosmose gravite autour de quatre points, ou « pivots », pour employer la langue de Fourier, concernant les flux, les lignées machiniques, les valeurs, les territoires existentiels. Félix les caractérise comme les quatre dimensions d’un « objet écosophique » à construire.

Qu’est-ce que cela veut dire, en quoi cela peut-il nous être utile pour notre pratique écologique présente ? Traduit en termes plus simples et familiers, cet objet quadridimensionnel n’est-il pas l’expression imagée de notre existence flottante parmi les êtres et les choses, de notre « être au monde » pris dans un réseau, tenu par des liens qui le rattachent aux autres vivants, à l’espace, à la nature ? Ou encore – et je reconnais qu’il ne s’agira pas là d’un langage particulièrement familier, mais auquel, malgré tout, les philosophes du moins sont plus souvent habitués – que cet objet peut dépeindre la « monade » individuelle, avec le filet des liens expressifs qui la rattachent à l’univers. Toute monade exprime l’univers, disait Leibniz, et celui-ci s’exprime en elle. Et la monade, ce n’est pas seulement le sujet humain, ce peut être n’importe quelle chose existante, en particulier l’objet créé, l’oeuvre d’art, monade expressive, en laquelle le monde existant, ses intentions, ses orientations, ses tenants et aboutissants peuvent se lire ; ou, du moins, qui donne à penser, comme un signe, voire une énigme, en lequel nous nous manifestons. Trace de pas sur le sable, manifeste actuel et futur de notre humanité. Toutes visions, toutes idées auxquelles la pensée de Gabriel Tarde, plus proche de notre siècle, a su donner une nouvelle extension.

Bref, nous sommes pris, encerclés dans et par le courant de vie qui nous traverse et nous entoure, vie matérielle et affective, par tous les mouvements internes et externes. La vie étant, aussi bien que les pulsations de notre sang ou le rythme de notre halètement, de notre souffle, l’air avec son oxygène, le soleil et ses rayons, la terre dans sa course, toutes les vibrations sonores et les traductions incorporelles qui leur donnent sens, noms, pensées, écritures. Flux énergétiques, matériels, sémiotiques, en langage guattarien.