Cartographier l’inconscient


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Extrait de l'article paru dans la revue papier

"[...) Tout équilibre segmenté, stratifié et molaire du pouvoir peut être à tout moment bouleversé par le surgissement d’une situation révolutionnaire, qui bouleverse les cartes préexistantes, en montrant qu’un nouvel agencement était en train de ronger souterrainement un équilibre antérieur qui semblait immuable, figé et éternel (le cas du « printemps arabe », quelles qu’en soient les évolutions, en est un exemple récent). Le seul fait de commencer à tracer et à construire activement des cartes pourra amorcer des effets de mutation et de déterritorialisation : écrire ses rêves plutôt que d’écouter passivement leur interprétation, les dessiner, les mimer, pourra transformer la carte de l’inconscient.

La cartographie schizo-analytique est ainsi une pratique risquée, qui requiert une grande prudence et n’a rien à faire avec des interprétations sauvages. Il s’agirait de faire à tout moment des choix micropolitiques qui engagent l’« analyseur » et sa responsabilité dans les processus qu’il accompagne : il devra opter pour accélérer ou ralentir une mutation interne d’agencement, pour faciliter ou freiner la constitution d’un agencement collectif, explorer et expérimenter avec un inconscient en acte et en devenir, plutôt que de décalquer indéfiniment des complexes ou des interprétations préexistantes. Une cartographie, donc, qui n’exclut jamais les compromis, les retours en arrière, les avancées, les révolutions, qui n’aspire pas à contrôler et surcoder les processus inconscients mais seulement à les assister et les accompagner.

Ce qui est particulièrement intéressant à mes yeux est la façon dont l’approche des cartes et de la cartographie adoptée par Guattari (comme par Deleuze dans certains de ses textes) rencontre l’évolution actuelle des conceptions et des fonctions de la carte, que l’on perçoit de moins en moins comme une opération de simple « représentation » d’un territoire ou une présentation objective  et neutre d’un ensemble de phénomènes (ressources, démographie, groupes ethniques, etc.)

Suivant les indications données par le philosophe et épistémologue du paysage Jean-Marc Besse dans son introduction à un numéro récent des Carnets du paysage, on peut répertorier les transformations suivantes : 1. Le constat (très « machinique », au sens technique du terme) que les espaces concrets et les espaces virtuels ne cessent de s’interpénétrer dans notre expérience : GPS, Google Earth, etc.

2. L’intérêt que les artistes manifestent de plus en plus pour des opérations de cartographies et qui mettent en évidence la dimension esthétique, créatrice, imaginaire des opérations cartographiques (on connaît l’importance que Guattari attribuait au « paradigme esthétique »). [...] "

 Suite dans la revue papier. 


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