Scènes squizoanalytiques en Argentine et en Uruguay

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« Mon idéal, quand j’écris sur un auteur, ce serait de ne rien écrire qui pourrait l’affecter de tristesse, ou, s’il est mort, qui le fasse pleurer dans sa tombe : penser à l’auteur sur lequel on écrit. Penser à lui si fort qu’il ne puisse plus être un objet, et qu’on ne puisse pas non plus s’identifier à lui. Éviter la double ignominie du savant et du familier. Rapporter à cet auteur un peu de cette joie, de cette force, de cette vie amoureuse et politique, qu’il a su donner, inventer. Tant d’écrivains morts ont dû pleurer de ce qu’on écrivait sur eux » (G. Deleuze, C. Parnet, Dialogues, Paris, Flammarion, 1977, p. 142).
Ces mots de Gilles Deleuze, consacrés à Kafka, pourraient faire office de prélude à ce petit journal de voyage où se mêleront la présentation de mon livre Félix Guattari. Los ecos del pensar – Entre filosofía, arte y clínica (Barcelona, Hakabooks, 2012) et l’évocation de rencontres avec une partie de la scène squizoanalytique et squizodramatique de Montevideo et Buenos Aires. 

Félix Guattari. Los ecos del pensar est une œuvre polyphonique réunissant des auteurs d’Argentine, d’Australie, du Brésil, d’Espagne, de France, d’Angleterre, d’Uruguay, qui écrivent soit en leur nom propre, soit à l’intérieur de collectifs théoriques et pratiques. Le livre a été publié en 2012, l’année du 20e anniversaire de la disparition de Guattari. La question qui le traverse demande comment continuer à penser et à nous impliquer dans ce qui nous arrive (en philosophie, en politique, dans la clinique, dans l’art), à partir de l’héritage, avec les résonances de la pensée et de la praxis de Félix Guattari. On pourrait dire que ce livre fonctionne comme une plateforme guattarienne d’expérimentation, croisant diverses géographies, différents styles, différentes époques, des témoignages, des interventions micropolitiques (Londres), des œuvres théâtrales qui voyagent à travers le monde et sont toujours sur le point de faire naufrage.

Si nous sommes devant une œuvre qui n’attend pas d’être archivée sur une étagère ni d’être citée ici ou là à l’intérieur d’articles « bien-pensants », si Félix Guattari est un nom qui permet que quelque chose advienne, alors : comment s’y prendre pour que son œuvre ne perde pas son potentiel de prolifération au profit d’un simple portrait figé ? Comment faire en sorte qu’un livre terminé et publié soit un instrument réel, pratique, capable de dynamiser des expériences actuellement en cours ?

Il est possible que toutes ces questions demeurent sans réponse, excluent une réponse qui fonctionnerait comme norme. Peut-être s’agit-il de penser en se référant à la formulation écrite par Deleuze et Guattari pour définir la schizoanalyse : « pas de méthode, pas de règles ni de recettes, mais seulement une longue préparation ». Pour cette raison, les activités que nous avons mises en place avec le Centre Félix Guattari de Montevideo (Alfonso Lans, Marcello Leggiadro, Gonzalo Percovich, Alfredo Perdomo et Valentín Guerreros), ou à Buenos Aires avec Osvaldo Saidón, Norman Briski, l’équipe, les acteurs et les actrices du groupe « Partido en dos » – toutes ces activités ne furent rien d’autre qu’une préparation, une ouverture pour des événements qui, aujourd’hui encore, n’en finissent pas de commencer, qui persistent à résonner en nous comme une invitation à continuer nos complots avec nos petites machines, continuer à rêver, qui nous incitent à tenter des choses nouvelles en utilisant le nom de Félix Guattari.
(Suite de l’article dans la revue papier)
Le centre Félix Guattari est un lieu d’étude, de formation, de recherche squizoanalytique fondé en 2000 à Montevideo (Uruguay) : http://www.cfguattari.blogspot.com.es/
Gabriela Berti est née à Buenos Aires en 1970. Elle est docteure en philosophie, diplômée d’un master en Théorie et esthétique de l’art contemporain (Université autonome de Barcelone). Ses recherches portent sur la philosophie pratique contemporaine, en particulier sur l’œuvre de Gilles Deleuze et Félix Guattari. 
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