Théâtre(s) clinique(s)

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La Borde 2009-représentation théâtrale-15 août-copyright Flore-Garcin-marrou


(…) c’est aussi dans la Présentation de Sacher-Masoch que s’agencent tout particulièrement la critique et la clinique. Alors que les écrits de Sade se prêtent à l’analyse structurale de Barthes, l’énonciation à l’œuvre chez Masoch, selon Deleuze, s’y refuse. Pourquoi ? Deleuze entreprend une classification, une symptomatologie à la recherche, non pas de ce qui fait système, mais plutôt de qui fait symptôme, et qui dénote d’une participation de la clinique à un certain type de critique littéraire : on pourrait alors parler d’une critique-et-clinique.
(…) Alors que la critique littéraire utilise la grille d’analyse structurale statique, binaire, l’attachement à une symptomatologie littéraire permet de rompre avec la représentation structurale, de se détacher du tout signifiant. Alors que Sade envisage le désir comme une représentation mimétique (en imaginant des tableaux), Masoch envisage le désir comme productions de conflits, où un contrat est passé entre le dominant et le dominé. Il ne s’agit plus de représentations de saynètes, de théâtre de la répétition sadienne, mais de rites, traduits par un langage performatif, ponctué de mots d’ordre traduisant la violence de la sexualité et du monde : un théâtre de la différence, où Masoch possède « l’art du suspens », qu’il soit esthétique (les personnages subissent des suspensions physiques) ou dramatique (la femme-bourreau prend toujours une pose avant d’ouvrir ses fourrures)...
(…) Il n’est pas rare de lire que le théâtre du corps s’oppose au théâtre de textes, qu’un théâtre critique (brechtien) s’oppose à un théâtre clinique entendu comme théâtre laboratoire où prime l’expérience, où le geste est authentique, où le corps ne ment pas : un théâtre qui se méfie des mots et de l’intellectualité. (…) Cette opposition clinique/critique (…) mérite d’être discutée : un tel dualisme pouvant être rapidement contesté par l’inter-relation deleuzienne entre critique et clinique. Si le théâtre clinique rend visible les symptômes des passions, des rapports humains, un tel diagnostic du corps humain, du corps social contribue à éveiller les consciences citoyennes. La critique et la clinique sont bien les deux faces d’une même chose.


Flore Garcin-Marrou est docteure en Littérature française de l’Université Paris-Sorbonne, auteur d’une thèse sur « Gilles Deleuze, Félix Guattari : entre théâtre et philosophie ». Elle a créé un laboratoire, le LAPS, dédié à l’étude et à l’expérimentation de cette relation théâtre/philosophie : http://labo-laps.com/. http://floreblog.com/
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