Introduction de Ben Matsas
Extrait de l'article paru dans la revue papier
(...) Qu’est-ce que la philosophie?
F. GUATTARI : C’est un genre. De même qu’il y a un genre littéraire, un genre théâtral, des genres esthétiques, des genres politiques, c’est un genre, qui travaille avec la puissance de l’infini, porté par ces objets particuliers que sont les concepts.
De l’ami
F. G. : L’ami, c’est celui qui se tourne vers l’autre. Et qui constitue l’autre. Pas forcément dans un rapport d’identification, parce que l’amitié est parallèle à un rapport agonique. Mais qui, dans ce rapport singulier à l’autre, déploie un certain univers. Dans la complicité amicale, il y a toujours un troisième terme qui est le monde que l’on est en train de tisser, que l’on est en train de travailler. Et l’amitié socratique, ce n’est pas quelque chose qui se résout dans une identification homosexuelle. Dans une incorporation de l’autre. C’est quelque chose qui est là pour tendre un filet qui dépasse complètement les rapports interpersonnels et qui donne une certaine consistance à un certain type d’objets qui sont les objets conceptuels.
G. VELTSOS: En ce sens-là vous êtes ami avec Deleuze parce que vous créez ensemble un monde ?
F. G. : C’est ça. Mais comme je le disais dans une interview, je suis ami avec Deleuze mais je ne suis pas copain. Je ne sais pas comment l’on pourrait traduire ça. Parce que, par exemple, avec Deleuze on s’est toujours vouvoyé, on a toujours gardé une grande proximité et une grande distance amicale. Comme si l’on en avait besoin, précisément, pour maintenir la consistance de notre tapisserie commune. (...)
Remerciements à Ben Matsas pour l'émission :
ET LES LIENS SUIVANTS :
Entretien avec Félix Guattari 3a
Entretien avec Félix Guattari 3b
Entretien avec Félix Guattari 4
Entretien avec Félix Guattari 5
Entretien avec Félix Guattari 6

Deux modes d’organisation sexuelles - génitales des machines désirantes :
· un mode à proprement sexuel disjonctif,
· un mode pseudo-sexuel conjonctif.
I.
La recherche d’un mode de jouissance disjonctive amène une subordination de l’exercice des machines désirantes à la séparation des sexes. Un couple polaire homme-femme constitue une structure de représentation qui hante la « sexualité ».
C’est à ce niveau qu’on rencontre effectivement le roc de la castration et le phallocentrisme : tout est polarisé sur une sexualité mâle comme signe polarisé de puissance.
Sur un pan de consistance polarisé homme-femme s’exerce la puissance phallique - qui peut être tenue aussi bien par une femme, un enfant, un chien, une automobile, une collection de timbres...
Donc, un territoire artificialisé, une alliance polaire de personnes et de choses. Un corps d’alliance, un pan coupé.
Sur ce corps d’alliance tout s’inscrit selon la loi du phallus polaire biunivocisant. Le père n’est un terme second. D’abord : l’exercice dominant de la double articulation. La machine sémiotique produira secondairement du père, de l’homme, du nègre...
Tous les flux sont sous la dominance de la machine de différenciation sexuelle = machine d’alliance : les flux d’argent, les flux de femmes, les flux de caresses, la force, etc. tout concoure à rétablir et renforcer l’ordre biunivoque de la séparation manichéïste des sexes (comme pôles distributifs).
Gilles Deleuze et Félix Guattari reprennent la parole ensemble pour analyser 1984 à la lumière de 1968.
Dans des phénomènes historiques comme la Révolution de 1789, la Commune, la Révolution de 1917, il y a toujours une part d’événement, irréductible aux déterminismes sociaux, aux séries causales. Les historiens n’aiment pas bien cet aspect : il restaurent des causalités par-après. Mais l’événement lui-même est en décrochage ou en rupture avec les causalités : c’est une bifurcation, une déviation par rapport aux lois, un état instable qui ouvre un nouveau champ de possibles. Prigogine a parlé de ces états où, même en physique, les petites différences se propagent au lieu de s’annuler, et où des phénomènes tout à fait indépendants entrent en résonance, en conjonction. En ce sens, un événement peut être contrarié, réprimé, récupéré, trahi, il n’en comporte pas moins quelque chose d’indépassable. Ce sont les renégats qui disent : c’est dépassé. Mais l’événement lui-même a beau être ancien, il ne se laisse pas dépasser : il est ouverture de possible. Il passe à l’intérieur des individus autant que dans l’épaisseur d’une société.
CHIMERE chèvre-lion pour l’Inconscient Belle-Époque : horizons chimériques pour des arts de vivre à venir ; plantes composées à partir de tissus relevant de génotypes différents ou, en d’autres termes que ceux du Petit Robert, rhizome organique, comme emblème paradigmatique des inconscients machiniques-futuristes- constructivistes. Et traversant, impavide, les zones confondues de sens et de non sens : poisson long au corps argenté… La schizoanalyse s’accomodera de toutes ces acceptions du terme.
Par conséquent, plus de théorie standard obligatoire. Des cartographies d’événements et des circonstances ; des états des lieux du possible et du virtuel. Théoriechimère pour méta- modélisation de singularités et de processus foncièrement non modélisables.
Cette revue accueillera les travaux des groupes et des individus se réclamant de près ou de loin de la schizoanalyse, science des chimères, c’est-à-dire de tous ceux qui entendent renouer avec l’inventivité première de la psychanalyse, en levant le carcan de pseudo-scientificité qui s’est abattu sur elle. À la manière des arts et des sciences en train de se faire. Work in progress. Au départ, la plupart des textes présentés ici résultent des exposés et débats qui eurent lieu à Paris aux séances mensuelles dites du mardi, réunissant des psy, bien sûr, mais aussi des philosophes, des ethnologues, des mathématiciens, des artistes. Pas pour une inter-disciplinarité de galerie ! Retour au singulier. À chacun sa folie ! Les grands phylum théoriques finiront bien par y retrouver les leurs ! De toutes façons, par les temps qui courent, nous n’avions plus le choix : il fallait repartir de là.