Psychanalyse

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Vingt ans de squizodrame au Brésil

 

Le présent texte est extrait d’une présentation faite à la session « Squizodrame - Théorie et cliniques » au IVème Congrès International de squizoanalyse et de squizodrame qui s’est tenu en avril 2013, dans la ville de Uberaba, dans l’État brésilien du Minas Gerais.
La rencontre de Baremblitt et de la squizoanalyse est relatée très explicitement dans ses livres Introdução à Esquizoanálise, Psicanálises y Esquizoanálisis – Una comparación crítica (publié en espagnol) et Ato psicanalítico Ato político. Le premier est une transcription réalisée par quelques uns de ses élèves dans différents cours. Baremblitt introduit de manière suffisamment pédagogique et claire les concepts importants de la squizoanalyse : les squizèmes, la conception squizoanalytique (d’après la définition de Baremblitt) de la réalité et de l’alter-réalité, du désir et de la production, de la différence et de la répétition, du sujet et de la subjectivation, de l’inconscient, des machines désirantes... Dans le dernier chapitre intitulé Les kliniques squizoanalytiques, il introduit sa conception de l’intervention clinique. Il a réalisé ensuite une étude critique comparative (et sans compromis) de la relation entre psychanalyse et squizoanalyse, qui met en évidence la prolifération des modes squizodramatiques d’intervention que constituent les Kliniques (écrit avec un K) du squizodrame.

Gregório Baremblitt : une vie
Raconter la vie de Baremblitt, c’est sélectionner des faits biographiques destinés à produire un plan de consistance. C’est une vie à multiples facettes, diversifiée, de sorte que ses activités et ses productions sont multi- et trans-dimensionnelles (les squizèmes sont ceux auxquels je suis spécialement attachée).
Baremblitt est fils de paysans ukrainiens, juifs laïcs, socialistes, nés sans frontières et pour ces raisons, poursuivis par les nationalistes polonais, les tsaristes et les bolcheviks russes. Presque toute sa famille maternelle a été assassinée par les nazis. Sa famille paternelle a émigré en Argentine, après la première Guerre Mondiale. Ils ont débarqué à Buenos Aires et se sont enracinés ensuite dans une campagne très pauvre du nord de l’Argentine, Santiago Del Estero, où Gregório est né en 1936. Toute son enfance a été vécue dans une ambiance familiale cultivant les idées socialistes. Il y a eu aussi la présence incroyable d’un groupe d’exilés anarchistes, mis en déroute par la Guerre civile espagnole. Dès l’âge de dix ans, il a délaissé les jeux de son âge et a été orienté par ses parents et par sa sœur plus âgée (philosophe, psychologue et pédagogue) vers des livres qui le marqueront. En plus des classiques européens, Gregório a lu des textes socialistes utopiques, communistes et a commencé à s’impliquer dans les mouvements révolutionnaires indigènes quéchuas. Durant son adolescence, Baremblitt a été sportif, poète, musicien, avant d’aller à Buenos Aires suivre une formation universitaire.

(Suite de l’article dans la revue papier)
Margarete Aparecida Amorim est psychologue, clinicienne et institutionnelle. Titulaire d’une maîtrise d’éducation, elle est membre de l’Institut Félix Guattari et de la Fondation Gregório Baremblitt de Minas Gerais au Brésil.


Vídeo sobre la creación escénica del mismo nombre en la que dos personajes se construyen uno a otro hasta convertirse en uno mismo: la actriz-pintora inventa y da forma al personaje de la actriz vocal; y la actriz vocal define y modela con su voz al personaje de la pintora.

El tratamiento visual que he seguido como realizador y editor intenta ser fiel a los trazos robóticos y futuristas con que Mayte Bayón ha diseñado esta representación dual de un mismo personaje.

D’une répétition l’autre. La ritournelle dans « Monographie sur R. A. »

Kafka, Journal (Tous droits réservés)

Extrait de l'article paru dans la revue papier

"C’est dans cette perspective qu’il faut comprendre la définition que, dans Les années d’hiver, Guattari donne de la poésie comme « élément fonctionnel » et la recommandation qui en découle : « On devrait prescrire la poésie comme les vitamines : “ Attention mon vieux, à votre âge, si vous ne prenez pas de poésie, ça va pas aller… ” ». Composantes et vecteurs de transformation concrète de l’existence, les matériaux sensibles proposés par l’art ne sont pas de simples prétextes ou illustrations de l’analyse ; à l’instar de la petite phrase de Vinteuil chez Proust, ils fonctionnent comme de véritables déclencheurs agissant à tous les niveaux de la subjectivation.

De même, apparaissant dans « Monographie sur R. A. », la première occurrence de la ritournelle dans l’oeuvre de Guattari souligne l’ancrage psychothérapeutique du concept : en désignant une répétition presque automatique de phrases hostiles qui « coupe » R. A. « de tout le monde », elle participe d’une problématique clinique. Comment transformer un usage de la répétition qui sépare et enferme, un ressassement stérile qui bloque toute relation en dynamique de « restructuration symbolique » ? Comment faire muter la stéréotypie qui, formant un voile immuable inhibant les processus, empêche de saisir en mouvement son corps, sa voix, le langage et les autres ? Le souci de développer un usage ouvert de la répétition avec en vue simultanément le saisissement de soi et la sortie du rapport duel opposant le thérapeute au malade est permanent dans les dispositifs thérapeutiques élaborés par Guattari, que ce soit par le décalage temporel de l’enregistrement, par le motif exogène de la copie ou par les lectures différentes du journal rédigé par R. A."

(Suite de l'article dans la revue papier)

Doctorant en sciences sociales et esthétique, Maël Guesdon travaille sur le concept de ritournelle chez Deleuze et Guattari. Allocataire-moniteur du Centre de Recherche sur les Arts et le Langage (EHESS), il est membre du comité de rédaction de la revue Transposition (musique et sciences sociales) et participe à l’ANR « Musimorphose » (CAPHI, LINA, CRAL) : http://cral.ehess.fr/index.php?1099

Psychanalyse et politique, regards croisés

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EXTRAIT

« Psychanalyse », « politique » : L’association de ces deux termes peut prêter à sourire si l’on se place à un niveau superficiel d’analyse : il y aurait d’un coté des acteurs dans leurs cabinets, grassement payés, intellectuels qui s’occupent de la singularité ; et de l’autre des acteurs qui se battent sur tous les terrains pour l’intérêt commun. Pourtant, lorsqu’on y regarde de plus près ces deux champs d’expérience ne peuvent s’ignorer et s’entrecroisent plus que l’on ne saurait croire.
Qu’est-ce qu’un analyste ? C’est une femme, un homme qui accueille régulièrement un homme ou une femme pour l’écouter, l’entendre, le déchiffrer et l’aider à se libérer de ses entraves, à rendre plus souple ou plus créative « sa folie ». Dans cette expérience éprouvante,  impliquant la prise en compte du temps pour que des modifications psychiques se fassent jour, certains se libèrent, d’autres soulagent une partie de leurs maux, d’autres enfin s’installent… On ne saurait définir d’ailleurs le « résultat » d’une analyse. Des effets ont eu lieu ou pas, peu ou prou... Dans le meilleur des cas, des fenêtres se sont ouvertes, une capacité d’entendre autrement la parole de l’autre et de soi est née… Alors la pensée elle-même se libère des représentations forcées, des idées reçues, des impasses dans lesquelles elle s’était elle-même réfugié… une créativité est née.
Ce discours, pouvant plaire aux analystes et aux analysants, comment pourrait-il être entendu par des acteurs politiques contemporains ravagés par la culture du rendement à court terme, la culture du résultat, de l’évaluation quantitative ? Les questions qui se posent alors sont : combien ça coute ? A qui ça rapporte ?  Qu’y gagne l’Etat ? Lorsque l’intérêt commun serait de soigner des bataillons de malades mentaux, quelle est la part d’activité du psychanalyste ? A ces questions, André Green, dans une interview de 1983 accordée à Daniel Friedmann, donne des éclairages d’une étonnante actualité : si en plus l’analyste a bénéficié d’une offre de formation publique (médicale ou psychologique) relativement longue -et donc couteuse pour l’Etat- quels bénéfices et profits en dégagera-t-il en retour si cet acteur décide de s’installer comme psychanalyste en privé ? Car à moins qu’il ne soit un imposteur, ce dernier  ne pourra s’occuper que d’une vingtaine de malades sur le long terme… Malades ou « bobos » dont on ne sait d’ailleurs s’ils guériront… Gâchis en termes de rendement pour la « Santé Publique » ? Luxe petit bourgeois consistant à s’interroger sur son désir ?
Quel serait d’ailleurs l’intérêt d’un état fascisant (ou se fantasmant comme tel) à favoriser une discipline ou une corporation qui aiderait des sujets à se libérer de leurs aliénations ? Aucun bien sûr ! Et puis, il y aurait cet affreux danger, dont ces « charlatans »  feraient leurs deniers : « ne pas être maître en sa propre demeure  » proposition décidément épouvantable du point de vue d’un système de pensée phobique ou paranoïaque ! Cette corporation aurait à voir  avec quelque chose de l’accueil de l’étranger, d’une culture de l’inattendu… A l’heure où il s’agit par-dessus tout de défendre l’ « Identité Nationale », là encore les psychanalystes iraient à contre-courant. Pourquoi alors s’embarrasser de leur présence dans les hôpitaux, les crèches, les tribunaux, les prisons, les universités (j’ai retiré les majuscules) ? D’autant que si chaque profession doit se tayloriser, que faire de ces artisans du « sur mesure » psychique qui refusent de mesurer !? Comble du comble, ils ne veulent même pas évaluer leurs résultats ! En sont-ils du reste capables... Enfin, les psychanalystes se proposent d’être à l’écoute de souffrances… Des « souffrances » ? Lesquelles ? Dans une France si gaie, si riche, chantante et dansante qui veut « changer le monde » ! Ici se pose la question du changement attendu… Celui attendu par le paranoïaque est bien loin de celui prôné par l’analyste…

Un destin post-œdipien de la psychanalyse ? Possibilités et limites

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EXTRAIT

               Introduction

« Caminante, no hay camino, se hace camino al andar » . Les chemins que l’homme parcourt tout au long de son existence se tracent en allant. Machado saisit dans ce vers l’énigme de l’humain, à savoir qu’il n’y a pas de sentiers pré-établis qui définiraient de manière universelle voire inquestionnable un devenir. Notre démarche théorique consiste dans l’affirmation qu’il n’y a donc pas d’origine, un point stable et fixe, un modèle préalable d’où nous pourrions dériver une direction normative de notre existence.
Les paroles de Machado servent bien à illustrer la condition du désir et de la création humaine social-historique que C. Castoriadis nomme institution. Dans le domaine de la praxis, qui est celui de l’agir en relation avec les autres, de la production des liens humains et sociaux, il n’y a pas de garanties ni de prétendues certitudes idéales qui pourraient guider et orienter préalablement notre chemin. Celui-ci n’est que le fruit de cet agir concret et constant qui n’a pas de sillage pré-formé.
La psychanalyse freudienne nous a d’ailleurs enseigné que tout originaire, toute prétendue antériorité n’est atteignable que dans la postériorité. Ce qui est premier n’est accessible qu’après-coup, dans le dynamisme temporel de ses multiples évolutions. Le discours analytique nous a appris ainsi à déconstruire toute approche directe de l’originaire. Dans ces pages, nous allons nous saisir de cette démarche épistémologique en affirmant qu’il n’y a pas d’origine simple qui précéderait le dynamisme de sa création et récréation continuelle dans le dynamisme temporel de l’historicité.
Or, la question que nous nous posons au début de ces pages consiste à se demander si, au fond, la psychanalyse, ou plutôt une certaine version « conservatrice » et « normative » de son discours, n’a pas fini par reconstituer des modèles fixes, voire des prétendus chemins pré-formés auxquels tout développement humain, normal et mature, devrait se tenir. Plus concrètement, l’hypothèse que nous faisons est que le fameux et « sacré » complexe d’Œdipe puisse avoir pu, parfois ou bien souvent, jouer comme un tel critère universel et immuable censé ordonner et orienter la vie de tout être humain.  
C’est principalement dans le champ du sexuel que Freud vient réintroduire un principe organisateur réactivant une dynamique fondationnaliste censée indiquer un chemin sûr et universellement valable qui mène au développement de la sexualité humaine en disciplinant les rapports entre les sexes et les générations. Ainsi, dans le dernier des Trois essais sur la théorie sexuelle, Freud affirme que, dans la phase de la puberté, « un nouveau but sexuel est donné, à la réalisation duquel toutes les pulsions partielles collaborent, tandis que les zones érogènes se subordonnent au primat de la zone génitale. Comme le nouveau but sexuel assigne aux deux sexes des fonctions très différentes, leur développement sexuel diverge considérablement » . Dans ce passage, l’insertion de la sexualité dans les rails préconstitués d’un développement différencié implique la fonctionnalisation de la pulsion et sa subordination au but naturaliste de la reproduction. C’est bien celui-ci, le moment de l’heureuse résolution du complexe d’Œdipe à l’égard duquel « chaque nouvel arrivant dans le monde humain est mis en devoir de venir bout » . Freud connectera par ailleurs la normalisation œdipienne avec l’intériorisation de la loi paternelle qui marque la condition humaine tant sur la plan ontogénétique que phylogénétique.
Certes, le texte freudien reste bien plus complexe et oscillant, mais la figure d’Œdipe semble être campée comme principe normalisateur du sexuel, des rapports humains et de parenté, formant donc le modèle, le chemin préconstitué dans l’agencement de l’ordre sexuel et socio-familial.
La notion d’Œdipe est devenue ainsi un critère puissant de démarcation nosographique permettant de distinguer le normal de l’ainsi dit anormal tant dans le développement de la psycho-sexualité singulière que – surtout récemment par la médiation d’une certaine expertise analytique – dans les débats sur les formes nouvelles de l’organisation parentale et des liens humains et affectifs.
En posant comme hypothèse de départ qu’Œdipe s’est mué en un principe normalisateur qui assigne à chacun une place précise, une identité stable et presque inéluctable, nous faisons références aux célèbres critiques de l’Anti-Œdipe de G. Deleuze et F. Guattari. En particulier, la critique au familialisme laisse penser qu’Œdipe constitue un de ces universels inamovibles, indépendants de toute production social-historique. Il incarne « le tournant idéaliste »  et presque ontologique de la psychanalyse qui prétend encadrer la fluidité de l’inconscient, ces flux multiples où toute identité nette se brouille, dans le cadre unique de la normalisation familiale. Œdipe est la représentation maîtresse qui exclut toute variation du scénario, toute autre version possible que celle qu’il vient ordonner. En opérant à travers la différenciation et la définition identitaire nette, Œdipe vient sacrifier ce qui forme pourtant la première découverte de l’analyste, à savoir « le domaine des libres synthèses, où tout est possible, les connexions sans fin, les disjonctions sans exclusive, les conjonctions sans spécificité, les objets partiels et les flux » . Il instaure ainsi l’ordre œdipien fait d’identités stables et binaires comme la différence des sexes, les rôles marqués de genres, en agençant l’histoire singulière et familiale selon un scénario pré-défini et univoque.

« L’anti-oedipe», un enfant fait par Deleuze-Guattari dans le dos de Lacan, père du« Sinthome »

Extrait de l'article paru dans la revue papier

Voir également Lacan contre Lacan et L’Anti-Oedipe, une progéniture “délirante” reconnue par Lacan

L’Anti-oedipe consiste en un dialogue critique et serré, parfois provocateur, mais le plus souvent plein d’humour avec la psychanalyse constituée. A la différence de la dispute que mène Robert Castel , qui lui est de peu contemporaine, il ne se fera pas de l’extérieur du champ analytique ou au nom de raisons sociologiques, mais au nom de la clinique . Il s’agit de renouer : « avec l’inventivité première de la psychanalyse (…)» comme le rappelle l’édito fondateur de Chimères . Il ne s’agit pas de faire de l’anti-psychanalyse, mais de construire une « machine de guerre » contre l’arraisonnement clinique auquel certaines pratiques psychanalytiques donnent lieu, notamment, lorsqu’elles traitent de la psychose.
       Pourtant c’est bien à un motif anti-psychanalytique qu’est réduite le plus souvent cette œuvre dans le champ psy. Aujourd’hui, des étudiants de psychologie s’étonnent que l’anti-oedipe ne figure pas dans la bibliographie du « Livre noir de la psychanalyse ». Pour certains psychanalystes L’anti-oedipe est un livre « où l’on voit bien » que « les auteurs n’ont rien compris à Lacan et à la psychanalyse », ou encore qu’ils en « reviennent » à une conception de l’inconscient antérieure à l’avènement de la psychanalyse . Les propositions anti-oedipiennes seraient « datées », voire « ringardes » politiquement . Cliniquement antérieur à l’avènement de la psychanalyse, et politiquement suranné, l’Anti-oedipe serait à la fois une régression du point de vue métapsychologique et un fourvoiement politique. Ce livre est mis au ban de la « légitimité psy ». Avec l’anti-psychiatrie et le freudo-marxisme, il participe, aujourd’hui, à constituer la frontière de ce qui relève du champ de la recevabilité épistémologique et de ce qui n’en relève pas. Il vient silencieusement délimiter la positivité de l’espace du savoir légitime et sceller l’accord métapsychologique fondé sur son exclusion. Une étude psy récente qui ose quelque peu braver l’interdit en prenant pour objet le « Corps sans organes » ne se risque, malgré tout, jamais à citer  L’anti-oedipe .
     Finalement il s’agirait en réalité d’un « livre de philosophie ». Mais c’est ainsi que le couperet de la suprême disqualification psychopathologique tombe définitivement. Est-ce en effet  un hasard si le nom de Gilles Deleuze, philosophe de son état, éclipse sans cesse celui de Félix Guattari, qui était psychanalyste et clinicien ? Pourtant, si Deleuze n’était pas clinicien, il connaissait bien la psychanalyse. Sa présentation de Sacher-Masoch , est aujourd’hui devenue un classique, et plusieurs de ses ouvrages lui ont valu les compliments de Lacan . Enfin, son œuvre est parsemée de références à la psychanalyse avec laquelle il dialogue sans cesse. Pourquoi dès lors ne lirait-on que certains de ses ouvrages, ou les seuls passages indiqués par Lacan, en excluant a priori la critique qu’il adresse  ? Cela est d’autant moins pertinent que si cette critique est  « malveillante », comme l’assument Deleuze et Guattari, cela n’est pas tant d’abord à l’égard de la psychanalyse qu’à l’égard de ses mésusages. Une lecture rapide et simpliste tendrait à faire croire que leur critique consiste essentiellement à dire que la psychanalyse se fourvoie dans les fictions du mythe de l’oedipe. Or ils veulent montrer patiemment comment une certaine clinique et une certaine théorie de la psychanalyse constituée en dogme transforment cette dernière en piège réacionnaire. « Qu’on ne croie pas que nous fassions allusion à des aspects folkloriques de la psychanalyse. Ce n’est pas parce que du côté de chez Lacan, on se fait une autre conception de la psychanalyse, qu’il faut tenir pour mineur ce qu’est le ton régnant dans les associations les plus reconnues : voyez le docteur Mendel, les docteurs Stéphane, l’état de rage où ils entrent, et leur invocation littéralement policière, à l’idée que quelqu’un prétende se soustraire à la souricière d’oedipe. »  

      Du « côté de chez Lacan » on ne procèderait pas ainsi : « on se ferait une autre conception de la psychanalyse ». Quel est « ce côté de Lacan » ? S’agit-il de Lacan lui-même, ou s’agit-il de lacaniens qui « se feraient une autre idée de la psychanalyse » ? Le projet Deleuzo-guattarien ne relève pas, a priori, d’un anti-lacanisme (et encore moins d’une anti-psychiatrie). Guattari fait partie des premiers compagnons de Lacan. Il était en analyse avec lui et il était membre de l’école freudienne de Paris . Il en est de même de la plupart des collègues avec qui il travaille dans le cadre de la psychothérapie institutionnelle . Ainsi, si « du côté de chez Lacan on se fait une autre conception de la psychanalyse » c’est, certainement qu’on pratique une autre clinique de la psychose .
       C’est au nom de la complexité politiquement fracturée du champ théorico-clinique de la psychanalyse et de la psychiatrie que la critique anti-oedipienne est menée. L’Antioedipe ne relève pas d’une rupture épistémologique avec le champ psy et la psychanalyse, mais d’une précipitation de l’oeuvre de Lacan catalysée par les évènements de mai 1968 ( que les répressions de tous ordres vont progressivement résorber : «  Mai 68 n’a pas eu lieu » écrivent Deleuze et Guattari le 15 Févier 1984, au cœur des Années d’hiver).


 La forclusion ou l’échec de la psychanalyse.

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