Psychanalyse

warning: Creating default object from empty value in /var/www/vhosts/revue-chimeres.fr/httpdocs/drupal_chimeres/modules/taxonomy/taxonomy.module on line 1387.

La comitragédie de Baltasar. Neurosciences et psychanalyse

  
(Tous droits réservés)

Extrait de l'article paru dans la revue papier

"(...) 1993. Baltasar arrive très ponctuel, se cache derrière un visage austère et allume une cigarette. Il essaie de déguiser sa rigidité et ses rituels, il parle, d’une façon laconique, de son angoisse, me demandant que je lui pose certaines questions. « Vous êtes un Roi Magique un peu avare avec les mots », lui dis-je. Il sourit malicieusement, se relaxe peu à peu dans le fauteuil et, pendant les quatre premières séances, développe un récit de sa vie très ordonné et méticuleux, évidemment préparé à l’avance à chaque occasion.
Il avait fini sa carrière de fœtus pour se diplômer bébé en 1970. L’argonaute intra-utérin avait amerri sur les eaux opaques et menaçantes de la famille K (K de Kafka). Notre nouveau Champollion  était arrivé, tout au long de ses 22 ans, à la prouesse de faire le décryptage de l’histoire familiale, écrite avec des hiéroglyphes de la province mexicaine.

Le soit-disant « grand-père », le Général K était né en 1904 dans un village perdu de la montagne, où le calendrier et la planète Terre n’existaient pas. Il n’avait rien d’original : c’était un clone parmi ceux qu’avaient créé, involontairement, le roman latino-américain . Il était le fils unique d’une mère célibataire très pauvre. Son cerveau n’était pas lumineux, mais ses viscères possédaient une intuition presque infaillible. A l’âge de 16 ans, il se faisait incorporer dans l’armée. Les stratégies infantiles de survie dans son Macondo sous-développé et les années de carrière militaire et de guerres civiles s’étaient cristallisées en deux traits de caractère : le Général n’aimait personne, ce qui l’immunisait contre la tristesse, et il se méfiait de tout et de tous. Les combinaisons de charges de cavalerie victorieuses et d’accords secrets, de soumissions et de trahisons opportunes, l’avaient transformé en Général dés l’âge de 29 ans. La suite du scénario aurait pu le conduire vers la Grande Politique, mais sa boussole abdominale hurla de panique. Alors, le Général annonça sa retraite à la fin de cette année-là. Ses amis aussi bien que ses ennemis reçurent avec joie cette abdication, véritable cadeau à la concurrence. En contrepartie, on le récompensa d’un autre cadeau qui assurerait son exil : une ferme très riche (rancho) qui satisfaisait son rêve d’enfant, bien qu’il allait devenir le type même du fermier opulent que sa révolution avait combattu. Or, son schéma corporel avait incorporé un morceau de caserne qui devait l’entourer partout où il allait. S’il ne pouvait pas être Empereur de Chine (en majuscules), il arriverait toujours à se fabriquer une chine (en minuscules) où il serait Empereur, où il commanderait sans discussions et pourrait vivre selon son bon plaisir.
Le parcours de la misère suburbaine au pouvoir militaire, et du pouvoir militaire à la bourgeoisie moyenne exigeait une alliance avec une famille conventionnelle. Alors le Général se décida pour Cristina (de « Christ »), la fille adolescente d’une famille traditionnelle et arrangea le tout avec son père. En 1933, il était très dangereux de dire « non » à un Général en Chef des régiments de la capitale de cette province. D’autre part, pour une famille soupçonnée d’avoir été « cristera  », le mariage avec un commandant révolutionnaire signifiait la sortie de la marginalisation. Cristina se persuada que l’abnégation allait lui faire gagner l’argent chrétien indispensable pour un déjeuner avec Jésus dans le paradis catholique. Son mari l’aida « généreusement », il ne lui épargna aucune humiliation. Guidé par son intuition numismatique et par des accords corrompus, le Général mena une vertigineuse carrière économique et devint un homme riche, tout en conservant le contrôle financier de la famille, clé stratégique pour ne pas perdre le pouvoir. Son épouse et ses enfants profitèrent des maisons, des voitures et des emplois dans ses entreprises de façon arbitraire, mais ne furent jamais indépendants. Il ne partagea avec sa femme que ses microbes : il la contamina quatre fois de maladies vénériennes. Cristina était frigide par vocation. Le Général, quant à lui, pratiquait un hédonisme primitif, pour ne pas dire grossier. Sur le lit conjugal, il se montrait impatient et rude. Ajouté à cela, il agissait sans discrimination. Au moment où ses corps caverneux s’ingurgitaient de désirs troglodytes, les préjugés sociaux, les âges, ou les liens d’amitié ou de travail ne l’arrêtaient pas.

Transfert négatif

 
(Dessin issu du blog de Pierre Mosnier : http://pmosnier.free.fr/dotclear/
 tous droits réservés)

Extrait de l'article paru dans la revue papier

Je ne vous autorise pas à m’interrompre aujourd’hui. Assez de vos interventions inopportunes et faussement lumineuses. Si écouter est un art et une science, vous n’avez aucun talent. Mais cette fois-ci, vous allez la boucler et me laisser aller jusqu’au bout ! De toute façon, jamais une seule fois – excepté quand vous m’avez cité Nougaro (vu chez Fogiel), dans une émission où le poète décrivait à merveille ce qu’était réellement la poésie (cette métaphore où le poète en écrivant scie les barreaux de sa prison) – je n’ai eu l’impression d’approcher avec vous un échange intellectuellement satisfaisant. C’est sans doute la seule fois où je me suis dit que peut-être vous y compreniez un peu quelque chose, à la poésie et à la motivation qui pousse un homme comme moi et comme d’autres, à écrire. Bien sûr, c’est une lecture optimiste. Que faisiez-vous chez vous à regarder cette émission débile ? en est une autre…

De la pulsion de mort à la pulsion anarchiste - Quatre questions à Nathalie Zaltzman

Quatre questions à Nathalie Zaltzman (par Jc Polack)

1. Les pulsions freudiennes articulent (questions de limites, de frontières, mais aussi de liens) des poussées physiques partielles, localisées, avec leurs « représentations » ou effets psychiques « subjectifs ». La pulsion de mort, si nécessaire à la Métapsychologie, semble souvent utilisée comme un concept par défaut, une panacée explicative des désordres psychiques meurtriers (mélancolie, masochisme et suicides, tueurs en série…) ou de catastrophes collectives (émeutes de banlieue, fanatismes sacrificiels, guerres, conflits ethniques). Freud lui-même ironisait : « Singulière pulsion que celle qui s’occupe de la destruction de sa propre demeure organique !» La dialectique du sexuel et du Moi, puis celle d’Eros et Thanatos semblait buter sur une insoluble aporie. Le coup de force de votre pulsion anarchiste nous paraît donc aussi séduisant que l’hypothèse eleuzo-guattarienne d’un processus de production commun au Capitalisme et à la Schizophrénie. La pulsion anarchiste appartient en même temps au corps et au groupe, à l’organique et au social. Vous en usez d’ailleurs pour parler des expérienceslimite de l’univers concentrationnaire. Est-ce que la pulsion anarchiste serait une pulsion de mort non mortifère, une pulsion de survie ?

2. Vous paraît-il nécessaire de conserver ici la distinction fondamentale du Besoin et du Désir ? Pourrait-on dire, en inversant l’axiomatique freudienne, que le premier est le rejeton – la production – du second ? Est-ce que le besoin de survie n’est pas le « dur désir de durer » ?

3. Dans Différence et Répétition, Gilles Deleuze, bien avant le thème des machines désirantes – forgé avec Félix Guattari – peut dire qu’« Il y a moi dès que s’établit quelque part une contemplation furtive, dès que fonctionne quelque part une machine à contracter, capable un moment de soutirer une différence à la répétition. » Il met l’âme dans les comportements cellulaires, voire moléculaires… Est-ce que la pulsion anarchiste ne revendique pas une certaine autonomie des « subjectivités » partielles, dispersées mais utiles, qui résistent parfois, comme dans les psychoses, aux totalisations subjectives et vulnérables du Moi ? Est-ce une pulsion de multiplicité ?

4. La pulsion anarchiste ne cherche-t-elle pas à repenser les productions de subjectivité dans le contexte écologique des relations des humains avec la nature, au delà ou en deçà de leur capture par l’institution structurante de l’épreuve oedipienne ?

Mort ou vie dans le devenir-femme

Fragment de l'article paru dans la revue papier

"Que « changer de sexe » soit pour certains une question de vie ou de mort, c’est ce qui transparaît dans la demande parfois bouleversante de ceux qu’on appelle des « transsexuels », et dont le désir puise ses racines dans une conviction inébranlable. En mettant en doute la relation supposée primitive entre le corps et l’être, une telle demande, au-delà de l’urgence dramatisée à y répondre, touche à un point où nos intuitions les plus sûres portant sur ce que nous sommes en propre en viennent à vaciller. Mais elle nous confronte d’abord à l’énigme de la souffrance insupportable qui surgit lorsque le sentiment intime d’appartenir à l’autre sexe se heurte à l’identité anatomique, souffrance qui semble barrer les conditions mêmes d’une vie vivable. Sur ce phénomène, qui n’émerge comme réalité médicale que dans le cours des années 1950, la psychanalyse n’a pas manqué de développer des considérations dont certaines implications touchant le corps et la sexuation sont vertigineuses. A la suite de Lacan, de nombreux cliniciens ont tenté d’isoler une « jouissance transsexualiste » dont le modèle structural se laisse repérer dans le « délire de féminisation » de Daniel Paul Schreber, largement commenté par Freud : Président de Chambre à la Cour d’Appel de Dresde, Schreber publie en 1903 les Mémoires d’un névropathe (Denkwürdigkeiten eines Nervenkranken), autobiographie dans laquelle il décrit de manière précise un processus de « transsexualisation » intégratif de tout son être. En avançant une homologie entre un tel processus et certains mécanismes fondamentaux de la psychose, la psychanalyse d’orientation lacanienne tend à penser le transsexualisme sous l’horizon d’une « mort subjective », liée à une défaillance de la castration symbolique, et à laquelle la féminisation répondrait comme une sorte de suppléance. Confronté à une position impossible, errant dans un espace instable où le « symbolique » (le nom, l’identité) est détaché du « réel », le transsexuel tenterait de réaménager sa subjectivité sous la bannière du signifiant « La femme », en accédant éventuellement à la mutilation corporelle. Aux antipodes d’un tel abord diagnostique, on trouve chez Deleuze et Guattari une référence insistante au « devenir-femme » qui s’appuie notamment sur une relecture subversive du « cas Schreber ». La relation entre devenir et féminisation est pensée dans le sens d’une affirmation de la vie qui met en question toute réduction dans le cadre d’une psychopathologie normative. Encore faut-il s’entendre sur le sens à accorder au terme de « vie » et sur les modalités de sa mise en œuvre. Et si la « trans-sexualité » élémentaire que Deleuze et Guattari appellent de leurs vœux entre dans un rapport complexe - si ce n’est paradoxal - avec la figure clinique du transsexualisme, elle n’en conduit pas moins à jeter les bases d’une réévaluation de la clinique qui fasse la part belle à la logique singulière du sujet. C’est dans ce sens que nous voudrions tracer les linéaments d’un « agencement Deleuze-Lacan » qui n’aspire pas à une synthèse unitaire, mais qui ouvre, par ses résonances et ses discontinuités, la possibilité de penser l’avènement d’une vie vivable à partir des ressources subjectives, en tenant compte des aléas de la jouissance et de la part d’innommable qui mine dans son fond même la prétention de chaque vie à se totaliser elle-même."

Sur une mise en relation Deleuze-Guattari / Lacan, voir également le séminaire de François Peraldi, notamment : http://www.geocities.com/b1pnow84/Peraldi/1990-1991/cours11.htm 

(« Le problème qui se pose au sujet est celui de l'engendrement mais aussi de la limitation de sa pensée par ses machines désirantes. Je crois qu'on doit beaucoup à Deleuze et Guattari de nous avoir montré cela dans l'Anti-Oedipe et Mille-Plateaux qu'il est peut-être nécessaire de relire maintenant, et de nous l'avoir montré non pas tant contre Lacan, que contre ceux des lacaniens qui ne savent rien faire de leurs dix doigts - même pas cuire un oeuf comme disait Dolto - qui se perdent dans le monde illimité des agencements signifiants, sans aucunement tenir copte de l'injonction de Lacan :  faites des nœuds, construisez des machines topologiques, fabriquez vos machines désirantes - comme Freud son montage optique inspiré de l'appareil photographique à plaques dans l'Interprétation des rêves - ces machines ne sont pas seulement des représentations métaphoriques plus ou moins analogiques des instances psychiques (le moi, le sujet, l'Autre, l'autre et les objets) elles sont, lorsqu'on sait retrouver après-coup les structures topologiques sur quoi elles sont construites l'inconscient même du sujet.  Il ne s'agit pas de prendre ces machines pour une représentation de l'inconscient, certes, mais pour autant de formations de l'inconscient, ce qui peut nous conduire à la conception Deleuzo-Guattarienne d'un inconscient machinique conçu en termes de machines désirantes qui n'est peut-être pas tellement éloigné de la phase terminale de la conception lacanienne de l'inconscient = la topologie c'est l'inconscient. » )

J’y suis ! Pourquoi j’y reste ?

Fragments de l'article paru dans la revue papier

Un groupe de psychanalystes, membres de la « Fédération des Ateliers de Psychanalyse », a tenté, lors des Journées de travail de leur association, de décrire  son fonctionnement,ses limites et ses projets. Cette expérience, tout a fait singulière dans le paysage polémique des Ecoles freudiennes ou Lacaniennes, met radicalement en question les formes de pouvoir et de dogmatisme qui s'y exercent. Les auteurs de cette présentation critique font ici un bilan provisoire du travail collectif d'analyse institutionnelle en cours.
Jean-Claude Polack

A la question « pourquoi j’y suis » peut être faut-il répondre que l’on se reconnaît dans cette forme d’organisation en fédération. Nous avons beaucoup réfléchi à ce mot et à ses conséquences. Cette manière horizontale de fonctionner reflète notre manière de composer avec le pouvoir. Notre projet est conçu dans l’intention qu’aucun d’entre nous ne puisse prendre le pouvoir sur les autres à quelque titre que ce soit. Il appartient à chacun d’entre nous et est idéalement régulé par le partage actif du pluriel de nos discours. Malgré cela, il existerait, au sein de notre association, ce que nous avons appelé une phobie du pouvoir. On ne peut pas éviter pour notre avenir de se poser cette question très embarrassante.
Bien évidemment il n’est pas question de rester sur cette impression négative des choses et peut être faut-il poser une autre question : pourquoi j’y reste ? [...]
Simon Perrot

> Le site de la Fédération des Ateliers de Psychanalyse

Syndiquer le contenu