Complexité

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Machines, comment ça marche ?


Jean Tinguely's Requiem pour une feuille morte, 1967

Extraits de l'article paru dans la revue papier

Ainsi, la machine ne concerne plus un sous-ensemble de la technique, et certainement pas un progrès technique vis-à-vis de l’outil. C’est la problématique de la technique au contraire qui est placée sous la dépendance des « machines », au sens où Guattari l’emploie : la machine est préalable à la technique au lieu d’en être l’expression. En s’appuyant sur les historiens et sur les philosophes de la technique comme Leroi-Gourhan, Détienne, Mumford ou Simondon, Guattari indique qu’un individu technique, outil ou machine, un marteau, un avion, ne peuvent pas être étudiés isolément, sans prendre en considération le milieu d’individuation qui les englobe et les fait fonctionner. Nulle machine ou outil technique n’a d’existence par soi-même, car ces artefacts ne fonctionnent que dans un milieu d’individuation agencé, qui en forme la condition de possibilité : pas de marteau sans clou, et donc interaction entre une multitude d’objets techniques permettant la fabrication des marteaux et des clous, mais aussi les conditions de leurs utilisations et de leurs usages. Simondon le disait : tout individu technique renvoie ainsi à un système technique associé, qui fonctionne comme une condition transcendantale de possibilité.
Cette condition ne se limite toutefois pas au domaine technique car marteau et clou supposent aussi la main qui tient le marteau pour enfoncer le clou, c’est-à-dire la motricité du geste, la qualification du travailleur, la division du travail dans son ensemble de production, autant d’ailleurs que le mur, bois ou surface dans lequel enfoncer le clou, etc., contexte opératoire d’un devenir du geste moteur dans son territoire existentiel culturel, impliquant son agencement de production spécifique. Il n’y a donc aucune indépendance entre un individu technique et l’ensemble social dans lequel il s’insère. Bien plus, c’est l’agencement social qui détermine le technique, non l’inverse. Détienne le formulait avec netteté : « la technique est en quelque sorte intérieure au social et au mental » . Impossible par conséquent d’analyser le moindre individu technique, marteau ou avion, sans prendre en compte les montages sociaux qui le rendent possible.

Art, paradigme esthétique et écosophie

Le site des Jardins format A4 - Pierre Bernard

Ces expériences justifient l’hypothèse que l’art est en train de réfléchir à son rôle dans le monde d’aujourd’hui. Peut-on penser que l’art est en soi « écosophique » ? Peut-on penser qu’il l’est par sa force de rayonnement, par sa capacité à inventer des espaces subjectifs et collectifs et à activer des relations à visée transversale, pluri-dimensionnelle et complexe ? L’obstacle, essentiellement de nature sociopolitique, implique la participation inéluctable de l’art au système marchand. Cependant, dans la pratique artistique, il y a des îlots de dissidence créative comparables à ce que Gilles Clément appelle le « délaissé ». Dans une société qui se désagrège sous la pression des rapports marchands, l’art est souvent une manière d’exprimer une solidarité proprement sociale : un engagement de proximité, une mise en action concrète de certaines valeurs en manière de lutte, des pratiques collectives contre la sur-individualisation de l’art, la gratuité contre le tout marchand, un réinvestissement de l’imagination, des expériences de partages humains et de participation, d’échanges dans l’espace public.

Si l’écosophie est un terrain d’intervention d’une méthodologie de la transversalité, et nous pousse à réfléchir par-delà les structures de pensée prédéterminées, un projet qui a été pour nous exemplaire, parmi beaucoup d’autres, a été en ce sens celui de l’artiste Pierre Bernard et de ses Jardins format A4. Le projet sur le thème du micro-jardin, engagé depuis 2004, propose aux classes de l’école primaire de réaliser et de prendre soin de petits jardins de la taille d’une feuille de format A4. Ce travail ouvre un espace expérimental de sensibilisation au monde du vivant, un lien à construire localement entre réel, perception et représentations, des échanges à favoriser dans le cadre d’un projet commun qui se développe en tenant compte du temps de la plante qui pousse. Ainsi faisant, Pierre Bernard transpose sa créativité et l’imaginaire du jardin dans un contexte urbain. Et enfin, la diffusion et la gestion de l’oeuvre sur Internet permettent de dépasser les procédures traditionnelles et les relations avec les institutions du système de l’art.

Computo, ergo sum

« NOUS SOMMES, JE CROIS, DANS UNE ÉPOQUE où non seulement il y a le retour de l’« observateur » dans les sciences physiques, mais aussi le retour du « concepteur », de l’« observateur-concepteur ». Ceci pose indirectement le problème du sujet, particulièrement dans la question des sciences dites humaines.
Or, il faut tout d’abord remarquer que dans la conception classique de la science, l’idée de sujet ne peut être que du bruit. Noise, dans le sens de la théorie de l’information, est ce qui perturbe, ce qui perturbe la connaissance. Ainsi, pour avoir une vision objective des choses, il faut chasser rageusement le sujet, ce perturbateur perçu comme humeur, impression fausse, affectivité, voire délire. Et l’expulsion du sujet est absolument inévitable dans le sens où on obéit au paradigme fondateur, très bien formulé par Descartes : le monde de la scientificité est le monde de l’objet et le monde de la subjectivité est le monde de la philosophie, de la réflexion.
Voici donc deux univers, l’un et l’autre légitimés et l’un et l’autre s’excluant mutuellement : d’un côté, un sujet métaphysique, mais absolument non intégrable dans la conception scientifique, et de l’autre côté, bien entendu, le problème de l’objectivité scientifique non intégrable dans la conception métaphysique du sujet.
Effectivement, il s’agit d’une question paradigmatique et un paradigme, ça ne se renverse pas en un jour [...] »

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Le défi de la complexité

« IL Y A DEUX DIFFICULTÉS PRÉLIMINAIRES pour parler de la complexité. La première difficulté est l’absence de statut épistémologique du terme. Les philosophes des sciences et les épistémologues l’ont négligée à l’exception de Bachelard. La seconde difficulté est sémantique : si on pouvait définir clairement la complexité, il est évident que ce terme ne serait plus complexe.
De toute façon, la complexité surgit comme difficulté, comme incertitude et non pas comme clarté et comme réponse. Le problème est de savoir s’il y a une possibilité de répondre au défi de l’incertitude et de la difficulté. [...] »

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