Les Mardis de Chimères, le 17 décembre 2008
La crise des « subprimes » est une crise de la gouvernementalité, et non une incapacité à réguler la monnaie
Par Maurizio Lazzarato (Voir http://fr.wikipedia.org/wiki/Maurizio_Lazzarato)
(Sur Multitudes : Puissances de la variation, Interview avec Maurizio Lazzarato : http://seminaire.samizdat.net/Puissances-de-la-variation.html)
Jean-Claude Polack : Maurizio a travaillé sur la pensée de Tarde et la conception de la valeur. La question de l’économie à partir de la psychologie.
La valeur est le résultat d’une conjonction entre l’invention, l’association, et la répétition. Pour aborder la crise aujourd’hui : la monnaie qui est capable d’anticiper, prévoir et ordonner nos conduites.
M. Lazzarato : On laisse à penser que la crise actuelle est seulement une incapacité à réguler la monnaie et qu’il suffirait d’introduire une régulation pour résoudre la crise. Moi, je pense que la crise est quelque chose de plus profond : c’est une crise de la gouvernementalité dans le sens où en parle Foucault : la gouvernementalité, c’est la façon de gouverner le comportement et les conduites des différents acteurs économiques et sociaux.
Quelques points de repères autour de la crise financière actuelle
Extrait de l'article paru dans la revue papier.
La crise financière actuelle marque une nouvelle convulsion dans l’histoire du système financier international. L’été 2007 a été ainsi marqué par l’irruption des « subprimes » dans notre univers médiatique.
En premier lieu, un surendettement massif fragilisant les ménages américains dans leurs investissements immobiliers ainsi qu’un défaut de mutualisation du système de crédit : les emprunteurs les plus « risqués » ont eu un accès à des financements particulièrement coûteux octroyés par des institutions spécialisées au-delà de leurs capacités de remboursement.
L’histoire, déjà préoccupante, ne s’arrêta pas là. Les prêts octroyés par les créditeurs se sont trouvés être transformés en de multiples innovations financières, titres dérivés, créés et négociés sur les marchés financiers depuis plusieurs années. Les promesses de rendement élevées ont pu se réaliser tant que les prêts aux ménages américains étaient performants. Mais voilà, la situation financière des ménages s’aggravant, le remboursement des prêts s’est avéré significativement plus difficile, et les défauts de paiement, nombreux, entraînent des pertes de valeurs significatives de ces nouveaux titres.
Par un effet de contamination extraordinaire, les difficultés sociales et financières des ménages américains et leur surendettement se sont retrouvées diffusées au sein des marchés financiers.
Fragments de l'article de la revue papier
« J’entendais hier une émission sur Arte, intitulée : « Haro sur les patrons », à vrai dire fort critique en ce qui concerne la situation et l’orientation de Europe libérale. Là se trouvait un jeune économiste [...] dont certain propos m’a appris ce que j’ignorais et apporté une pierre « de taille » à des pensées que j’essaie depuis quelque temps de mettre au point, en leur donnant une formulation claire et maniable. C’est que l’actuelle société dite « postindustrielle » est celle où n’importe que la distribution, et non la fabrication. Ou, en d’autres termes, que, pour le capitaliste moderne, à la page et qui veut prendre son rang dans le mouvement du profit, ce qui compte est exclusivement la conception d’un produit et la possibilité de le vendre. Quant à sa production, peu importe comment, par qui et où [...] »
« Je me vois mal aussi raconter, par exemple, l’histoire de la pensée économique. Il me semble que la seule chose qu’il m’intéresse de partager avec vous, c’est une interrogation que j’ai par rapport à la fonction de la pensée. J’improvise réellement. Je n’ai pas préparé de notes. Je fais confiance au climat qui peut régner ici pour m’inspirer, et essayer de poser le problème, en vous demandant tout simplement : là, je suis dans une sorte d’impasse, qu’est-ce que vous en pensez, les uns et les autres ?
En gros, je ne crois plus du tout à la vertu de la pensée. Mais alors, plus du tout. La pensée, c’est purement une fonction de mensonge, au sens où elle est faite pour nous tromper. Je vais essayer de faire un grand détour, puisque j’improvise. Je pose le thème, là [...] »
Fragment de l'article complet (voir PDF)