Extraits de l'article paru dans la revue papier
Il ne s’agit d’ailleurs peut-être pas uniquement de comprendre, mais d’éprouver et sentir de quoi il s’agit. Comme si « ne pas comprendre » nous rapprochait d’une connaissance pathique, d’un ordre autre que celui des mots. Et il me semble que dans ce livre, Guattari approche ce qu’il désigne par subjectivité pathique, qu’il reconnaît dans les états schizoïdes ou psychotiques, mais aussi chez les artistes, chez les enfants, ou encore dans les états amoureux. Il semble que ces grandeurs intensives, ces intensités a-signifiantes, soient non seulement thématisées dans Chaosmose, mais d’une certaine façon à l’œuvre dans la syntaxe même du texte. Guattari met en acte la transitivité subjective dont il parle et active in libro quelque chose de « ces entités incorporelles qu’on détecte en même temps qu’on les produit ». Chaosmose le livre, c’est déjà la chaosmose : une dramaturgie subjectivante, théâtre de composantes pathiques qui traversent les différentes dimensions expressives de la vie. La plupart du temps rangées selon des catégories linéaires, cloisonnées, ordonnées, les différents niveaux d’expression sémiotiques deviennent ici communicants, coexistants et interactifs : l’adulte coexiste avec les intensités du nourrisson, l’enfant côtoie les devenirs animaux, les individuations de langage sont à la fois pré-personnelles et collectives et ne se dissocient pas de leurs champs d’énonciation. Cette transitivité traverse les espaces-temps virtuels des signes, du développement sensoriel du tout petit aux choix existentiels de l’individu, de ses ouvertures potentielles à ses processus névrotiques et leurs résonances dans les événements collectifs et politiques.
"[...] Ce texte s'adresse à tous ces enfants, à tous ces êtres pris dans la stupeur de la langue, les musiciens, les poètes, les écrivains, à tous ceux qui sont saisis par le son, le flux des sons,
A tous ceux qui sont sensibles aux flux des sons dans la précarité de l'instant, où les sons guettent les mots, à tous ceux qui se démettent de la signification fétichiste, à tous ceux qui ne dissocient pas contenu et expression."
" [...] Produire de la voix, c'est produire une éraflure sur le bruit du monde ; en quête de sons, d'images, elle fait surgir des images-sons. Elle devance, précède et fomente le langage, le pétrit, venant s'incarner dans un corps sonore qui ne se voit pas. "
" [...] Mouvante, errante, intense, constituée de vitesses et de lenteurs, elle nous fait sauter dans l'inconnu venant attester qu'il n'y a pas de savoir définitif, pas de raison raisonnante."
" [...] La voix expose, s'expose et expose le sujet à l'indétermination, dans le lieu où le désir est pris dans l'informulé, dans le désir qui oublie, qui s'oublie, qui est toujours là,... mais on ne pense pas que c'est le désir."
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Vie précaire, Judith Butler, Paris, Editions Amsterdam, 2005 |
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Le récit de soi, Judith Butler, Paris, PUF, coll. « Pratiques théoriques », 2007 |
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Vies ordinaires, vies précaires, Guillaume Le Blanc, Paris, Seuil, coll. « La couleur des idées », 2007 |
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Les Maladies de l’homme normal, Guillaume Le Blanc, Bègles, Editions du Passant, 2004, édition augmentée, Paris, Vrin, coll. « Matières Etrangères », 2007 |
« Le style c’est ainsi la ritournelle de vies ordinaires tremblantes. », G. Le Blanc, Maladies de l’homme normal, p. 167
Fragment de l'article paru dans la revue papier :
On se souvient de Deleuze évoquant la minorité pauvre des habitants des Pouilles (dont Carmelo Bene fit entendre la folle émeute de Campi Salentina), Deleuze qui rappelle la poursuite de l’informe et de l’informulé chez les damnés de Beckett, pour qui les voix sont des flux qui pilotent les corpuscules linguistiques… On se souvient de Bourdieu arpentant la rue des Jonquilles dans cette Lorraine abandonnée par les maîtres des forges, de misère de position plus que de condition, expérience douloureuse du monde social pour tous ceux qui, comme le contrebassiste de Patrick Süskind, occupent une position obscure à l’intérieur d’un univers prestigieux, Bourdieu qui lance à Grenoble la formule décisive : « La précarité est aujourd’hui partout »… On se souvient de Foucault qui dit le choc mêlé de beauté et d’effroi à la lecture de vies devenues cendres et croisées dans les pages d’un registre d’internement du 18ème siècle, Foucault qui reconnaît à travers les analyses des modes de subjectivation - la vie vécue, pensée, pratiquée comme une épreuve - les modes de constitution du sujet moderne, de l’homme précaire.
Le triangle sémiotique et le triangle énonciatif (voir PDF)