« La perte de référence du sol originaire comme sol absolu ayant pour redoutable conséquence de renvoyer cette centration sur le corps propre, la corporéité du présent-vivant, dont parlait Ludwig Boltzmann dans sa lettre à Zemerlo (en 1887, Boltzmann écrit une lettre à Zemerlo – je n’ai pas la citation exacte où il dit : « dans le vide – au sens sidéral, dans “l’intervalle”, si vous voulez il n’y a non seulement ni ici, ni là, ni avant, ni après, il n’y a pas non plus de passé et de futur, il n’y a qu’un présent vivant. Je ne suis pas en déplacement ; que je me tienne tranquille ou que je marche, ma chair est le centre et les corps en repos et mobiles sont autour de moi. J’ai un sol sans mobilité »).
La perte de l’exo-centration territoriale développe et accroît l’ego-centration comportementale de l’homme, non seulement dans le vide, mais ici-bas, sur cette terre même, archétype de toute spatialité corporelle, arche perdue de l’expérience du mouvement. La voilà bien la décentralisation, déconstruction non seulement de l’aménagement du territoire ou de l’architecture, mais de l’environnement même de l’expérience humaine. Égotisme suprême, égocentrisme plus puissant que tous les anthropocentrismes et les égocentrismes qui façonnèrent naguère l’histoire et la géographie, et dont Copernic, Galilée, Kepler tentèrent vainement de nous délivrer [...] »
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TROIS CHAMPS DE PROblèmes sont à articuler dans une perspective éthique et politique : les rapports à la nature et à l’environnement qu’envisage l’écologie environnementale ; les rapports au socius, aux réalités économiques et sociales qu’envisage une écologie sociale ; les rapports à la psyché, la question de la production de subjectivité humaine qu’envisage une écologie mentale.
Les tentatives militantes ou professionnelles que nous avons connues jusqu’à présent choisissent toujours de privilégier un seul de ces trois axes, et rencontrent des blocages incontournables dans leur développement faute de travailler les autres dimensions. De plus ces tentatives se donnent toujours comme horizon soit la planète, soit l’individu ou quelque autre entité molaire qu’il s’agirait de réformer dans son entier, alors que la pratique est toujours partielle et se déroule au sein de groupes. Ces groupes peuvent être extensifs tant que la contrepartie de cette extension n’est pas la constitution d’une centralité et de frontières. Ils peuvent être intensifs tant que leur intensité reste poreuse, accueillante à l’environnement.
Dans ces conditions on constate un devenir groupe de l’individu à l’intersection d’un ensemble de composantes à surtout ne pas répartir en deux sous-ensembles antagoniques sous peine de paralysie ; on constate également un devenir individu du groupe ouvert et en mouvement, par l’usage de la répétition et de la différence. L’écosophie se propose de construire de nouvelles modalités de l’être en groupe à toutes les échelles.