Sujet

L’esthétique déterritorialisée

Extraits de l'article paru dans la revue papier

Il ne s’agit d’ailleurs peut-être pas uniquement de comprendre, mais d’éprouver et sentir de quoi il s’agit. Comme si « ne pas comprendre » nous rapprochait d’une connaissance pathique, d’un ordre autre que celui des mots. Et il me semble que dans ce livre, Guattari approche ce qu’il désigne par subjectivité pathique, qu’il reconnaît dans les états schizoïdes ou psychotiques, mais aussi chez les artistes, chez les enfants, ou encore dans les états amoureux. Il semble que ces grandeurs intensives, ces intensités a-signifiantes, soient non seulement thématisées dans Chaosmose, mais d’une certaine façon à l’œuvre dans la syntaxe même du texte. Guattari met en acte la transitivité subjective dont il parle et active in libro quelque chose de « ces entités incorporelles qu’on détecte en même temps qu’on les produit ». Chaosmose le livre, c’est déjà la chaosmose : une dramaturgie subjectivante, théâtre de composantes pathiques qui traversent les différentes dimensions expressives de la vie. La plupart du temps rangées selon des catégories linéaires, cloisonnées, ordonnées, les différents niveaux d’expression sémiotiques deviennent ici communicants, coexistants et interactifs : l’adulte coexiste avec les intensités du nourrisson, l’enfant côtoie les devenirs animaux, les individuations de langage sont à la fois pré-personnelles et collectives et ne se dissocient pas de leurs champs d’énonciation. Cette transitivité traverse les espaces-temps virtuels des signes, du développement sensoriel du tout petit aux choix existentiels de l’individu, de ses ouvertures potentielles à ses processus névrotiques et leurs résonances dans les événements collectifs et politiques.

Frédéric Gros : sur l’œuvre de Foucault des dernières années (à partir de 1980)

Association « Pratiques de la folie »


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Frédéric Gros : sur l’œuvre de Foucault des dernières années (à partir de 1980)

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I) le sujet, II) la vérité, III) la philosophie, IV) Discussion avec Jean Allouch.

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1’40 / Introduction: Franck Chaumon introduit la séance. Quelle est notre actualité ? Le regard évaluateur s’est étendu au champ de la santé : une évaluation comptable de l’activité réelle (institutions et activités libérales) qui repose sur une adéquation entre actes et chiffres. Plutôt qu’une simple position de résistance face à ce phénomène, comment lancer une offensive : « comment parler de nos pratiques de paroles ? » dans un autre espace, dans le champ du politique ! Rendre des comptes, c’est poser cette question. Parole, vérité, politique. Foucault nous est d’une aide irremplaçable pour montrer comment la vérité du sujet ne peut se dissocier du régime de vérité dans lequel se déploie le discours. Actualité de Foucault qui réinvestit la question politique à travers la parole subjective et la vérité du sujet : la parrhesia, le dire vrai, le courage de la vérité. Jean Allouch est à côté : un des rares psychanalystes qui travaille avec Foucault.

14’47 / I) Le sujet : une nouvelle conception du sujet qu’il déplace et qui déstabilise le sujet essentiel, a priori, et transcendantal (Descartes, Kant, Husserl).

1) Les techniques de soi : techniques historiques à travers lesquels le sujet se construit dans un rapport déterminé à lui-même. Mais le sujet n’est pas produit par ces techniques.
2) Les pratiques de subjectivation sont des programmes de stylisation de l’existence (non du conditionnement). Le sujet peut être appelé à se transformer. Le soi éthique contrebalance le sujet a priori kantien de la critique de la raison pure qui ne peut pas se transformer. C’est un sujet de l’expérience.
3) Le souci de soi : n’allez pas croire que le « connais-toi toi même » socratique soit la parole grecque fondamentale ! Se soucier de soi, c’est se soumettre à des exercices, non pour mieux se connaître, mais pour intensifier le rapport à soi. Il n’y a pas d’intériorité, ni d’intimité grecque. L’intimité du sujet se construira dans les pratiques de confession chrétienne. Les techniques stoïciennes, quant à elles, construisent une extériorité éthique, sujet de l’action politique.

Ces notions ont comme intérêt de nous faire sortir de deux grandes matrices :
- la matrice pratique de la confession chrétienne qui va du côté du « qui suis-je ?», d’une construction d’une intimité, d’une psychologie, d’une quête de l’identité de soi,
- la matrice théorique du questionnement transcendantal qui va du côté du « que puis-je connaître ? », d’une certaine histoire de la philosophie, du sujet comme instance de connaissance.

Le sujet, entre risque et transgression

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Improbable rencontre entre Bataille-Blanchot et Deleuze-Guattari sur fond de Nietzsche-Sade

Début de l'article paru dans la revue papier

Présentation de l’exercice

L’exercice auquel nous nous prêtons ici est celui d’une rencontre de hasard, de deux individus pris au risque d’auteurs et de pensées qu’ils ne pensaient pas pouvoir partager.
Cet essai se voudra donc ouvert, se laissera désarticuler s’il le faut, car de risque il ne prendrait qu’à perdre un peu de son sens, et n’en découvrirait que mieux la multiplicité et l’écart de ses débordements.
Le risque, justement, comme nouveau discours, est l’endroit dont nous partirons pour penser la possibilité d’une contestation du sujet.

H. et h. ou la métaphysique du boulanger

« Supposons qu’en 1933, deux amis aient combattu côte à côte pour un certain Reich, le troisième dans la computation de l’histoire. Vaillamment, ces deux amis avaient décrit le temps nouveau comme celui du grand accomplissement. L’un d’entre eux, celui qui porte la lettre “H” (et qui n’est pas tout à fait celui auquel vous pensez, même si tous deux – le mien et le vôtre – brandissent la hache), avait eu le privilège de dire que le grand H. était vraiment « la réalité d’aujourd’hui et de demain ». Il avait même souligné le mot « est », ist, pour montrer que l’« être » lui-même était en cause. La « révolution » de 1933, de son propre aveu une contre-révolution, n’était ainsi rien d’autre que le « retour à l’essence de l’être », le WiederLehren Wesen des Seins… [...] »

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Computo, ergo sum

« NOUS SOMMES, JE CROIS, DANS UNE ÉPOQUE où non seulement il y a le retour de l’« observateur » dans les sciences physiques, mais aussi le retour du « concepteur », de l’« observateur-concepteur ». Ceci pose indirectement le problème du sujet, particulièrement dans la question des sciences dites humaines.
Or, il faut tout d’abord remarquer que dans la conception classique de la science, l’idée de sujet ne peut être que du bruit. Noise, dans le sens de la théorie de l’information, est ce qui perturbe, ce qui perturbe la connaissance. Ainsi, pour avoir une vision objective des choses, il faut chasser rageusement le sujet, ce perturbateur perçu comme humeur, impression fausse, affectivité, voire délire. Et l’expulsion du sujet est absolument inévitable dans le sens où on obéit au paradigme fondateur, très bien formulé par Descartes : le monde de la scientificité est le monde de l’objet et le monde de la subjectivité est le monde de la philosophie, de la réflexion.
Voici donc deux univers, l’un et l’autre légitimés et l’un et l’autre s’excluant mutuellement : d’un côté, un sujet métaphysique, mais absolument non intégrable dans la conception scientifique, et de l’autre côté, bien entendu, le problème de l’objectivité scientifique non intégrable dans la conception métaphysique du sujet.
Effectivement, il s’agit d’une question paradigmatique et un paradigme, ça ne se renverse pas en un jour [...] »

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