Philosophie

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Entretien pour la télévision grecque

Extraits de l'article paru dans la revue papier

1. Qu’est-ce que la philosophie ?

C’est un genre. De même qu’il y a un genre littéraire, un genre théâtral, des genres esthétiques, des genres politiques. C’est un genre qui travaille avec la puissance de l’infini portée par ces objets particuliers que sont les concepts.
L’ami c’est celui qui se tourne vers, qui se tourne vers l’autre et qui constitue l’autre. Pas forcément dans un rapport d’identification parce que l’amitié est parallèle à un rapport agonique. Mais qui, dans ce rapport singulier à l’autre, déploie un certain univers. Dans la complicité amicale, il y a toujours un troisième terme qui est le monde qu’on est en train de tisser, qu’on est en train de travailler. Et l’amitié socratique, ce n’est pas quelque chose qui se résout dans une identification homosexuelle, dans une incorporation de l’autre, c’est quelque chose qui est là pour tendre un filet qui dépasse complètement les rapports interpersonnels et qui donne une consistance à un certain type d’objets qui seront des objets conceptuels.

Entretien avec Jean-Clet Martin à propos de « Plurivers »

 

Extrait de l'article paru dans la revue papier

"[...] J.-P. C. : Le chapitre IV est consacré à ce qui serait une politique radicalement empiriste, une politique du « plurivers » et s’appuie sur une analyse de Star Wars tournant autour de l’idée d’un « ordre des associations, plus que des similitudes ou des identités définitives ». Vous partez de l’idée, reprise de différentes manières dans le livre, que ce que l’Homme est, il ne l’est pas naturellement ou par essence, mais qu’il doit être pensé relationnellement, en fonction des relations qu’il établit et rend possibles. D’où, d’un point de vue politique, l’importance et le renouvellement de la notion de contrat. Pas d’instinct, pas d’essence a priori mais un contrat par définition fragile permettant des relations métastables. Il me semble important qu’une telle réflexion politique intègre nécessairement le minoritaire : la dimension politique n’est plus pensée comme réalisation d’une nature ou d’une essence universelles mais comme un ensemble de relations métastables entre hétérogènes, une pluralité de relations entre ce qui devient des minorités sans modèle transcendant englobant. La réalité politique devient un ensemble hybride, disjoint et mobile, provisoire, toujours à refaire, à réinventer. Alors que la philosophie politique classique, même chez Marx, semble chercher les conditions d’une stabilité, d’un ordre pérenne et totalisant adossé à une identité, vous posez au contraire au fondement du politique la précarité des relations, leur caractère relatif, la bigarrure et l’hybridation : l’étranger, le minoritaire ne sont plus l’autre du citoyen, ils sont par avance inclus dans cette politique du dehors et du multiple. C’est très intéressant comme point de vue, cette idée d’un corps politique comme corps monstrueux, hybride, artificiel. Le film de Lucas met en scène une telle politique, qui est peut-être pour lui l’expression de ce que sont les USA, mais qui dans le film prend une autre dimension. Star Wars montre une République mais de monstres en tous genres, animaux et humains et machines et extra-terrestres en même temps, sans nature commune, sans essence universelle qui justifierait leur communauté, mais cette République réunit un ensemble d’êtres et de natures et de dimensions hétérogènes, comme beaucoup des personnages de la saga incluent dans leur corps, dans leur personne, des ensembles hétérogènes qui pourtant fonctionnent ensemble. De ce point de vue, si la notion de contrat et d’artificialité du contrat prend une nouvelle importance, la notion de multitude pourrait prendre aussi une nouvelle valeur, comparée par exemple aux analyses de Negri et Hardt. Il me semble que tout ce chapitre n’est pas simplement l’énoncé de ce qui devrait être mais est bien une analyse descriptive du monde qui est réellement un ensemble hybride, comme dans Star Wars, sauf que sous certaines conditions, et c’était aussi le sens de ma question précédente, les relations y sont pensées à partir d’une nature ou d’une essence impliquant une identité totalisante qui exclut la minorité, le dehors, l’étranger, le devenir...

J.-C. M. : Dans Protagoras, le mythe de Prométhée montre que du point de vue de la nature l’Homme n’est rien. Il n’a rien reçu d’elle. Il n’est pas achevé lorsqu’il nait, ni ne marche, ni ne montre un cerveau fermé sur soi. Même la main qui pourrait le qualifier, il ne l’obtient qu’en libérant les pattes postérieures de la marche pour les laisser devenir des instruments artificiels, échappant à tout instinct. On comprendra que ce qui fait l’Homme ne peut se puiser dans la suprématie d’une race. Aucune race ne peut s’approprier ce devenir homme. Quand je parle de races, je ne confonds pas avec des ethnies. Prenons le cas de Cro-Magnon et Neandertal. Leur génétique n’est pas la même, l’accouplement serait, comme pour le mulet, sans avenir. Voilà donc des espèces différentes. Or, les uns comme les autres manifestent des comportements techniques, taillent le silex, montrent des préoccupations religieuses. Ils sont Hommes sans partager le même génome. C’est incroyable et personne n’en tire les conclusions anthropologiques qui s’imposent. Rien ne nous oblige à limiter ce qui fait l’Homme à une espèce particulière puisque l’humanité n’a rien de génétique, ne relève pas d’une donnée naturelle. Si Neandertal est Homme mais disparait, éliminé peut-être par Cro-Magnon, pourquoi ne pas supposer une extension du concept d’Homme vers d’autres espèces, comme Pierre Boulle dans La planète des singes ? Qu’est-ce qui interdit de penser qu’un androïde pourrait partager avec nous des expériences humaines ? C’est alors en effet une question de contrat entre hétérogènes qui nous ferait entrer dans une aventure commune, partager des notions communes entre les modes infinis d’un plurivers.

Quelques mots pour Don Quichotte



(Fumar Mata - tous droits réservés)

Fragments de lecture de l'article paru dans la revue papier.

" On n’aura jamais fini d’épiloguer sur l’alliance, qui est un trait libéralisme d’aujourd’hui, notre souci insidieux et l’objet d’analyses contradictoires, entre une idéologie du « risque » et les préoccupations de plus en plus tatillonnes de la « sécurité » (...) "

Frédéric Gros : sur l’œuvre de Foucault des dernières années (à partir de 1980)

Association « Pratiques de la folie »


(Tous droits réservés)

Frédéric Gros : sur l’œuvre de Foucault des dernières années (à partir de 1980)

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I) le sujet, II) la vérité, III) la philosophie, IV) Discussion avec Jean Allouch.

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1’40 / Introduction: Franck Chaumon introduit la séance. Quelle est notre actualité ? Le regard évaluateur s’est étendu au champ de la santé : une évaluation comptable de l’activité réelle (institutions et activités libérales) qui repose sur une adéquation entre actes et chiffres. Plutôt qu’une simple position de résistance face à ce phénomène, comment lancer une offensive : « comment parler de nos pratiques de paroles ? » dans un autre espace, dans le champ du politique ! Rendre des comptes, c’est poser cette question. Parole, vérité, politique. Foucault nous est d’une aide irremplaçable pour montrer comment la vérité du sujet ne peut se dissocier du régime de vérité dans lequel se déploie le discours. Actualité de Foucault qui réinvestit la question politique à travers la parole subjective et la vérité du sujet : la parrhesia, le dire vrai, le courage de la vérité. Jean Allouch est à côté : un des rares psychanalystes qui travaille avec Foucault.

14’47 / I) Le sujet : une nouvelle conception du sujet qu’il déplace et qui déstabilise le sujet essentiel, a priori, et transcendantal (Descartes, Kant, Husserl).

1) Les techniques de soi : techniques historiques à travers lesquels le sujet se construit dans un rapport déterminé à lui-même. Mais le sujet n’est pas produit par ces techniques.
2) Les pratiques de subjectivation sont des programmes de stylisation de l’existence (non du conditionnement). Le sujet peut être appelé à se transformer. Le soi éthique contrebalance le sujet a priori kantien de la critique de la raison pure qui ne peut pas se transformer. C’est un sujet de l’expérience.
3) Le souci de soi : n’allez pas croire que le « connais-toi toi même » socratique soit la parole grecque fondamentale ! Se soucier de soi, c’est se soumettre à des exercices, non pour mieux se connaître, mais pour intensifier le rapport à soi. Il n’y a pas d’intériorité, ni d’intimité grecque. L’intimité du sujet se construira dans les pratiques de confession chrétienne. Les techniques stoïciennes, quant à elles, construisent une extériorité éthique, sujet de l’action politique.

Ces notions ont comme intérêt de nous faire sortir de deux grandes matrices :
- la matrice pratique de la confession chrétienne qui va du côté du « qui suis-je ?», d’une construction d’une intimité, d’une psychologie, d’une quête de l’identité de soi,
- la matrice théorique du questionnement transcendantal qui va du côté du « que puis-je connaître ? », d’une certaine histoire de la philosophie, du sujet comme instance de connaissance.

Dionysos anté-Œdipe

Début de l'article paru dans la revue papier

« Le désir n’a pas pour objet des personnes ou des choses,
mais des milieux tout entiers qu’il parcourt,
des vibrations et flux de toute nature qu’il épouse.

Gilles Deleuze et Félix Guattari,
L’Anti-Œdipe

On peut considérer L’Anti-Œdipe comme un livre négatif, au sens hégélien du terme. Ce serait cependant s’arrêter trop pesamment sur la formulation même de son titre, qui voulait avant tout claquer tel un mot d’ordre, ameuter comme un slogan, porter une revendication en ces temps insurrectionnels. Car derrière la négation de l’Œdipe, il faut entendre la force affirmative que sa destitution libère. Au-delà du carcan de la structure, il faut capter l’élan cosmique qui anime les machines de désir, sous le système de représentation saisir le principe dionysiaque qui mobilise le processus traversant capitalisme et schizophrénie. Derrière l’appel à l’extinction du signifiant, nous sommes alors conviés à mettre en lumière la pensée résolument nietzschéenne qui irrigue tout le livre, et que chacune de ses pages scande et agence. Ainsi, depuis cet omniprésent devenir traversant les flux et les schizes, résonne avec force l’invitation à énoncer Dionysos avant Œdipe [...] »

D'autres articles sur l’Anti-Œdipe sont disponibles sur le blog : L’Anti-Œdipe en question, notamment sur la relation à Nietzsche.

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