N°64, Novembre 2007, ANTI

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Psychiatrie, trop antipsychiatrie

Fragments de l'article paru dans la revue papier

« Je suis psychiatre. Et je n’ai pas honte de l’être. Peut-être, en fin de compte, un peu quand même. [...]
En cette présente époque, dans notre pays (la France), l’antipsychiatrie n’est plus qu’un souvenir historique. La psychothérapie institutionnelle a gagné, contre elle, le combat mené dans les années soixante-dix : la psychiatrie de secteur a gagné celui de l’organisation de la santé mentale de notre glorieuse nation. Et le rêve de l’antipsychiatrie de voir les hôpitaux psychiatriques, et jusqu’aux psychiatres eux-mêmes, disparaître n’est, justement, resté qu’un rêve.

Nous sommes donc en 2007 et, tout professionnel de la santé mental vous le dira, la psychiatrie va mal. Les dits professionnels ne sont d’ailleurs pas les seuls à tirer la sonnette d’alarme : tout le monde l’affirme : la psychiatrie va mal ! Et l’hôpital, à nouveau, ressemble à l’asile, celui dont les psychiatres des années cinquante nous disaient qu’il ressemblait aux camps de concentrations. [...] »


Kamini, Psychostar Show

Antidote, philosopher en contrechamp

Début de l'entretien paru dans la revue papier

« Jean-Clet Martin : Où commencer… d’où partir pour faire œuvre de philosophie ?

 Isabelle Stengers : C’est une question d’une grande ampleur... Pour simplifier, parce que la question de savoir d’où on part ne peut se formuler que chemin faisant, j’ai essayé de « me présenter » dans Cosmopolitiques comme « double » : je suis entrée en philosophie comme « réfugiée politique » en définissant ce champ sur le mode de l’asile, là où des questions qui ne pouvaient être prises au sérieux dans mon « champ » d’alors, la chimie, pourraient être cultivées. Et j’ai rencontré l’efficace propre au texte philosophique qui a suscité un devenir-philosophe. Mais il faisait partie de ce devenir de ne pas oublier que j’étais aussi « réfugiée politique », de garder une position de non-amitié envers le mode de production contemporain des savoirs et de la pensée. [...] »

> Le blog de Jean-Clet Martin : STRASS DE LA PHILOSOPHIE : Hors-champs, Contretemps, Contrefaçons

> Pour un autre entretien paru dans la revue Vacarme : une politique de l’hérésie, réalisé par Stany Grelet, Philippe Mangeot & Mathieu Potte-Bonneville, printemps 2002

Extrait de l'entretien :"(...) À l’époque, j’ignorais encore que j’avais bifurqué vers la philosophie, après la fin de mes études de chimie, pour des raisons qui étaient également politiques. J’avais été déçue, certainement, mais il avait fallu un déclencheur : la lecture des Somnambules d’Arthur Koestler, qui parle de la transformation des conceptions du ciel et du cosmos, depuis les Anciens jusqu’à Newton, et qui se conclut par une mise en cause de la mécanique quantique. Koestler suppose que la physique quantique est dans un état aussi instable que l’était l’astronomie des épicycles née à Alexandrie : qu’elle attend un nouveau Kepler. Je venais de suivre des cours de mécanique quantique et je n’en avais rien soupçonné. Je me souviens m’être dit que s’il arrivait un nouveau Kepler, je serais du côté de ceux qui n’y comprennent rien. Je venais de comprendre que le type de formation que j’avais reçue ne m’éveillait pas aux questions ; elle me rendait simplement capable de résoudre ce que Kuhn appelle des puzzles, des casse-tête, des problèmes « normaux ».
C’est donc plus tard que j’ai vu qu’il y avait aussi là une question politique : la notion de « discipline » est liée à la structuration des communautés scientifiques. Sans doute les rend-elles efficaces et productives ; mais elle les empêche de penser, et de prendre du recul, elle les voue à la compétition et au refus de tout ce qui pourrait « faire perdre du temps ». Et puis de proche en proche, j’ai découvert de nouvelles questions, et rencontré des gens qui peuvent faire passer de la déception à l’intérêt, faire d’une déception une nouvelle prise qui permet de donner du sens..."

APPEL POUR LE NUMERO 64/65 - A N T I

Avis à la population !
Le numéro papier de Chimères (ANTI !) est sorti. Nous vous présentons son faux-jumeau "virtuel".
La revue (papier) est donc déjà dans toutes les bonnes librairies. Le numéro peut aussi être commandé directement à la revue (adresse et modalités sur le site : http://www.revue-chimeres.fr).

 

Il n’est plus temps. Plus temps de se plaindre / de pleurer sur soi / d’attendre la réalisation d’idéaux qui n’ont jamais existés que dans la tête des prêtres.
Il n’a jamais été temps.
Ou, peut-être, est-il plus que jamais temps. Temps d’exiger / de se battre / de rêver et d’espérer.

Ce que nous voulons ? Tout !

Nous ne sommes pas actuels. Mais nous refusons l’assignation de l’inactualité faite par le temps présent. Nous refusons de nous plier aux conditions du présent. Nous refusons de lui dire, parce que nous n’aurions pas le choix, oui. Si nous sommes inactuels, c’est de par notre seule volonté.
La seule question qui importe : est-il encore temps de dire non ? Nietzsche nous a enseigné qu’en disant non, nous faisons encore et toujours ce que nous sommes. Aussi avons-nous la volonté de ne pas seulement dire non. Aussi affirmons-nous notre désir de construire.

N’être ni contre quelque chose ou quelqu’un, ni pour quelque chose ou quelqu’un. Pas d’objet à notre désir.

Ce contre quoi nous sommes ? Tout !
Ce pour quoi nous sommes ? Tout !

Deleuze a écrit quelque part qu’aucun livre contre quoi que ce soit n’a jamais d’importance, que seuls comptent les livres « pour » quelque chose de nouveau, et qui savent le construire.

ANTI !

EDITORIAL n°64

(...) « Nous n'avons plus le choix, nous devons être des conquérants, puisque nous n'avons plus de pays où nous soyons chez nous, où nous souhaitions "maintenir une pérennité". Non, vous le savez fort bien, mes amis ! Le "Oui" secret est plus fort en vous que tout "Non" et tout "Peut-être", ces maux dont vous souffrez et dépérissez avec votre époque ; et s'il vous faut prendre la mer, ô migrants, c'est une foi  qui vous y force... »[1]. Ainsi donc nous prenons la mer. Et c'est sur des mers chimériques que, ce jour, nous voguons. En ces jours et ces lieux où chacun défend fermement son morceau de territoire, refusant aux autres (sauf à les « choisir ») une quelconque jouissance de son sol, en cette période où l'hospitalité, pour reprendre ce si beau mot que René Schérer a su exhausser[2], où l'hospitalité ne semble plus parler aux dirigeants de ce monde (et à leurs électeurs lorsqu'ils en ont), comment pourrait-on, encore, valoriser les termes de conquérants et d'envahisseurs ? Et pourtant, ô combien sentons-nous le besoin d'être envahis, ne serait-ce que pour nous permettre de réinterroger une subjectivité qui, sinon, ne se pense (et ne se construit) qu'en terme de territorialisation paranoïaque.

Le philosophe ne danse pas, il pense. Enfantillages philosophiques.

Début de l'article paru dans la revue papier

"Qui n’a pas un jour vécu la terrible expérience d’être accusé publiquement de mal connaître la philosophie d’Heidegger ? Qui ne s’est pas senti, une fois au moins, frémir au voisinage du savoir philosophique ? Que celui qui ne s’est jamais vu reprocher d’être un mauvais métaphysicien nous jette la première pierre !
Hériter de la philosophie après Sartre et Bataille, c’est hériter d’un conflit que Nietzsche avait déjà soulevé : celui de l’art et de la philosophie, de la littérature et de la philosophie. Mais entendons ainsi ce conflit, cette mésentente : la philosophie contre la littérature – tout contre. Car « anti » ne signifie ni contre, ni avec, mais et contre, et avec. Contre et avec, dans le mouvement qui les oppose et les expose.
Rappeler Sartre auprès et contre Bataille prend sens ici pour nous dans un cheminement anachronique par lequel il s’agirait d’observer la nature de leurs oppositions, de leurs différends, en même temps que la nécessité de ceux-ci. S’ils peuvent partager le même langage philosophique, si la philosophie est le savoir où ils se rencontrent, elle accuse d’emblée pour Bataille le mouvement de sa perte, de sa transgression, de sa négation. Et c’est en elle-même, face à elle que le savoir se déshabille.
Plusieurs scènes seront ainsi relatées, plusieurs situations d’échange entre les deux hommes : « Le Philosophe » Jean-Paul Sartre, « l’artiste », l’hétérologue, Georges Bataille. Des échanges de thèses, des propositions philosophiques, et des images. La relation Sartre-Bataille est productrice d’images et de gestes. Non seulement par ce qu’ils furent l’un pour l’autre des images de l’altérité absolue, mais parce que seule l’expérience métamorphique de l’image et du mouvement put rendre compte et réaliser la complexité de ce contact d’opposition nécessaire à la pensée de l’autre. (...)"

Voir également : La revolte enfantine: on Georges Bataille's "La Morale de Miller" and Jean-Paul Sartre's "Un Nouveau Mystique"

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