N°65, Novembre 2007, ANTI

Les Bienveillantes (en forme de réponse à l’article d'Alain Brossat)

Je ne puis m’empêcher, à la lecture du brillant texte critique d’Alain Brossat (Le plus grand roman du XXIe siècle), de dire quelques mots sur Les Bienveillantes, auquel la revue a consacré récemment une soirée de discussions animées. Il ne s’agit pas ici d’un plaidoyer, sur le fond ou la forme ; tout au plus d’un commentaire.
Nous avons pris le parti, dans la revue, de ne citer ou critiquer que des oeuvres que nous trouvons intéressantes ou belles, invitant ainsi ceux qui nous lisent a leur accorder leur attention et y chercher leur plaisir. Nous nous en voudrions, dans le cas contraire, de contribuer au succès d’un texte que nous jugeons négligeable.
L’article de Brossat réagit sans doute à la déferlante d’éloges et de prix déclenchée par le roman de Jonathan Littel, et veut démonter la supercherie de cette fausse Guerre et Paix du XXIe  siècle. Pour obéir à sa propre injonction de ne pas lire, Brossat décide de donner l’exemple, et de résoudre l’aporie par un exercice de style. Il accorde donc tout son intérêt à quelques signifiants choisis dans le texte de 900 pages : le titre, le début, la fin. Il tient le livre du bout des doigts, se pince le nez, et déduit le contenu du paquet de son enveloppe et de son étiquette.

La procédure est amusante, mais discutable. L’exercice auquel nous convie Pierre Bayard, cité par Brossat, est une recette  mondaine plus qu’un moyen de comprendre ; une façon de briller en société, à moindres frais.

Antis hors champ

Fragments de l'article paru dans la revue papier.

"Créer un « vide qui dure » ou inscrire un moment d'Histoire à la télévision, aussi volontairement, aussi catégoriquement, n'est désormais plus à la portée du premier (ni du dernier) Président de la république venu [...]

Inutile d'occuper la télé, elle n'oppose aucune résistance. Elle monte elle-même la garde : elle réglemente et comptabilise les temps de paroles, ce qui n'empêche pas certains de rester parfaitement inaudibles. Il est inutile désormais qu'elle vienne filmer un meeting politique puisque le candidat fournit lui-même les images, puisqu'il choisit pour elle les meilleurs moments à diffuser [...] 

A quoi bon ritualiser un bon coup sa présence, alors même qu'il [le président] n'existe en somme que par la télévision ? Alors même que chacun de ses gestes, chacune de ses paroles, sont conçus comme un rituel immédiatement télé-diffusable (et recyclable dans tous les médias), et créent une sorte de mythologie à la petite semaine, renouvelable selon les circonstances, suffisante pour incarner la fonction dans l'ici et maintenant du flux télévisuel ? [...]

La mise en scène confirme cette rhétorique. Elle fait de lui l'élu avant même qu'il le soit, celui qui aménage le champ, qui occupe tout le champ. Celui qui par exemple prend en compte avec compassion ceux qui sont contre (il faut bien un peu de contre-champ), qui respecte leur différence, qui reconnaît même la valeur de leur candidate (c'est l'adversaire qu'il s'est choisi), mais qui surtout accueille chaleureusement les convertis et les repentants pour les ajouter à la masse grandissante de ceux qui sont pour, qui sont dans le champ, dans son champ, dans son camp. Il est le champ [...]" 

Quelques illustrations de l'usage de la télévision par le Président de la république

Références, liens, extraits.

19 mai 1981 : les adieux de Valery Giscard d'Estaing 

« Il y a des choses rares à la télé. Un président sortant se laissant filmer en train de sortir, c'est rare. Un plan vide à la télé, c'est rare. Un plan vide et silencieux, c'est encore plus rare. Il y a eu un grand moment mardi soir, un peu après 20 heures, entre l'instant où la grande silhouette giscardienne est sortie du cadre (par le bord gauche, en haut) et celui où retentirent les accents (pompiers) de La Marseillaise... »

Serge Daney, Libération, 21 mai 1981, repris dans Ciné journal 1981-1986, Paris, Ed. Cahiers du cinéma,  1986

In extenso :http://www.ina.fr/archivespourtous/index.php?vue=notice&id_notice=CAB00018244

La Question Humaine

Fragment de l'article paru dans la revue papier

"Avec La Question humaine, Nicolas Klotz et Elisabeth Perceval ont réalisé le dernier opus de leur trilogie sur la violence du monde contemporain.
Pour Paria (2000), ils étaient allés au plus près des corps en marge, des « sans domicile fixe » ; ils les avaient fait apparaître, dévoilant avec eux les modalités biopolitiques par lesquelles le pouvoir s’exerce aujourd’hui sur les rebuts de la société libérale. La Blessure (2004) nous associait à la temporalité déréglée des demandeurs d’asile en suspens, et accusait avec force les mesures d’exception mises en place dans les zones d’attente des aéroports français. On sait combien la législation s’est depuis endurcie, le droit d’asile et le regroupement familial figurant parmi les dernières mythologies de la patrie des Droits de l’Homme. L’écoute d’Elisabeth Perceval et le regard de Nicolas Klotz mobilisent le spectateur, l’interpellent depuis sa position subjective face à ces sujets délaissés qu’il côtoie quotidiennement ; leurs films nous sont adressés, mais c’est sans stratégie d’empathie que nos regards sont retenus, entre désir et distance, proximité des corps et séparation par le langage [...]

Requiem pour un massacre

 

Coup de pouce à la sortie d’un DVD édité par POTEMKINE (qui se définit comme un « magasin très indépendant consacré au DVD ») tout autant pour encourager cette tentative d’édition indépendante qui prend acte, autrement que sur un mode consumériste (toujours plus de « bonus », d’« inédits », d’« interviews » le plus souvent inutiles et ridicules), de la modification que le DVD a entraîné pour les cinéphiles, que pour conseiller de voir ce film rare, mais néanmoins indispensable, Requiem pour un massacre réalisé en 1985 par le russe Elem Klimov dont J.G Ballard disait, à juste titre, qu’il est « le meilleur film de guerre jamais réalisé ».

Magasin Potemkine — 30 rue beaurepaire 75010 Paris
http://www.potemkine.fr/

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