Extraits de l'article paru dans la revue papier
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Extraits du livre Anaérobiose de Mathias Richard, à paraître en automne 2008 aux éditions Le Grand Souffle (www.legrandsouffle.com)
"Les visages ne sont plus que des masques sur des êtres qui n’existent plus. Ne rien chercher, ne rien connaître, ne rien faire, ne pas penser, ne jamais réagir. Bienvenue dans la civilisation de la solitude, vivons à tout moment dans l'instant de notre mort, ouvrons les yeux à ce monde sur la banquette arrière d’un taxi, parmi les klaxons des embouteillages, nés pour mourir, nés pour la mort, condamnés à mourir, condamnés à mort, morts en venant au monde.
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Aller loin dans la nuit pour qu’il n’y ait plus jamais de matin, plus jamais de réveil, plus jamais de départ vers la mort du jour et ses spectres ricanants partout, ses spectres qui traquent, et auxquels on se présente et livre sa vie pour avoir le droit d’exister jusqu’à la nuit suivante et d’y parcourir les parkings et les tunnels, longeant les guérites de bunkers enténébrés, perturbé par des idées fixes, le pied vif, alerte, furieux et fureteur, promeneur à l’affût de flashes noirs, hanté par des logiciels psychiques pirates et mutants qui poussent à s’arracher à son placard tombal, hanté par des logiciels internes et se propageant dans l’air de façon aléatoire qui poussent à explorer, se hisser sur les montagnes au milieu des villes et s’y brancher sur les flux infinis pour se nourrir, vibrer, ne pas mourir les yeux vitreux, allongé sur une couche sale, un matelas au sol dans un cagibi à l’abandon, en train de zapper toutes les cinq secondes d’une station de radio à l’autre, pour capter des voix dans la nuit. Permettez d’être une machine, permettez d’être une machine, permettez d’avancer sans penser, d’être blessé sans saigner ; autorisez à ne plus vivre ni mourir, mais à continuer, à être remplacé, à ne plus être personne, à avoir ses pièces disséminées dans différents organismes robotiques comme des pétales éparpillés par le vent, d’où naissent de nouveaux perfectionnements et de nouvelles hybridations de systèmes ; l’organisme jalouse l’insensibilité des machines ; donnez-lui la froideur d’un mécanisme bien réglé et sourd ; retirez sa faiblesse humaine qui est un cancer sur lequel sur lequel prospèrent les parasites ; autorisations demandées : ne pas vivre, ne pas penser, ne pas sentir : anesthésie durable puis permanente nerfs-cerveau ; à terme, extraire et remplacer ceux-ci par appareils mieux conçus.
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(c’est les soldes à douleurprice)
Les supermarchés sont des cadavres donnés en pâture à des charognards dont le sang pulse et la mâchoire énorme pend et bave.
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Pourquoi les vampires fument
Fumer une cigarette rend visible la respiration. Un humain qui fume c'est de la vie qui clignote, c'est comme si les battements de son pouls étaient amplifiés par une chaîne hi-fi stéréo, comme si son sang devenait fluorescent et brillait sous la peau, se détaillant en veinules et alvéoles, c'est comme si son activité cérébrale, transformée en gyrophare, s'affichait en cristaux liquides sur son front.
Un humain fume pour rappeler aux autres et à lui-même qu'il respire, et qu'en conséquence il est vivant. Les vampires ne respirent pas vraiment ; leurs voies respiratoires ne leur sont d'aucun usage, sauf un : fumer. Ainsi, les vampires fument pour se donner l'illusion de respirer, oublier qu'ils sont vampires. Les vampires fument pour oublier que, sans être morts, il ne sont plus tout à fait vivants. Les vampires fument pour ressembler aux humains, et aussi par élégance, par goût du luxe et de l'absurde.
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La même chose, mais sans les battements de coeur s'il vous plaît.
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L’immobilité ne m’a pas donné faim et je préfère marcher près des arbres, torche de sommeil, torche noire dégageant de la fatigue, des cernes, des regards vitreux, torche de neurones en pleine dilapidation sans objet, tout flashe blanc aveuglant, bref coma, black-out blanc, fais zapping télé dans tête, toujours surpris par nombre de conneries qui s’y trouvent et y défilent sans cesse en boucle, cerveau c’est fox tv france info, l’cerveau l’est chaîne d’info continue diffusant tout temps l’mêmes pensimages, l’mots percent des trous du cul de babouin dans l’orgue de barbarie qui d’file sous pupilles dilatées, cerveau vau-l’eau mâche morve d’un regard torve, z’yeux sont deux écrans de télé bousillés, brouillés ; disponibilité : indécise ; position : informe ; non-devenirs en série, anti-devenir, sans identité fixe, « naissant des états qu’il consomme et renaissant à chaque état », inch aléa, des capteurs reçoivent indirectement les multiples réflexions à l’intérieur de ma cavité chaotique, « le caractère chaotique d’un matériau favorise le passage de l’onde sonore partout sur sa surface », grésillements, « les poteaux haute tension dans les champs ou les clairières, leur bruissement d’insectes », je suis catadioptre si tu m’envoies lumière je la démultiplie, et si tu m’envoies pas lumière je démultiplie la noirceur, je fais de la confiture de poubelle et n’arrête pas le regret, meurs devant la télé avec comme seule pensée : « quelle est la suite du film ??? », Identité-minute : *changez d’air*, Identité-minute : *sans les menottes*, Identité-minute : *pour un stroboscope mental*, Identité-minute : *pour un stroboscope comportemental* (je milite), Identité-minute : *5€ les 4*, Identité-minute : *vous allez passer des nuits blanches…*, Identité-minute : *pour un comportement stroboscopal*, Identité-minute : *sortez léger*, Identité-minute : *voyagez léger*, Identité-minute : *pour un mental stroboscopique* "
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Voir également le site des éditions Caméras Animales : http://www.camerasanimales.com/
http://www.myspace.com/mathiasrichard + http://iinviidatiion.blogspot.com/
Fragments de l'article paru dans la revue papier
« En prenant le parti de la chair nous voulons devenir hybrides. Devenir hybride exige d’abandonner la posture critique convenue selon laquelle les objets et la technique serait des dispositifs aliénants [...]
[...] l’hybridité fonde la relation sociale sur la tolérance et le métissage. En incorporant, jusque dans la matière biologique, la part de l’autre, le sujet devient mixte : le corps n’est pas un adversaire à combattre mais une matière altérée par l’interaction environnementale. Plutôt que de devenir un autre, les autres deviennent une partie de moi en modifiant le fonctionnement et la subjectivité du corps. L’hybride reste mélangée et hétérogène : il parvient à l’unité par le brassage actif de ses propriétés [...]
Début de l'article paru dans la revue papier
« Le genre comme catégorie cognitive, dite scientifique, est aujourd’hui une norme de pensée dans les sciences sociales. Il s’agit d’une prescription intellectuelle et d’une prescription d’intelligibilité. On le retrouve dans tous les domaines et sur tous les champs sociaux : femme et développement, femme et politique, femme et ville, femme et théâtre. Le genre a envahi l’ethnologie, la démographie, la sociologie… La critique de cette catégorie de genre, et de la division de la société en deux, a été maintes fois faites. Le principal argument de cette critique a été le fait que ce recours à la seule fonction reproductive de l’homme et de la femme ne correspondait nullement aux rapports sociaux qu’on observait réellement sur le terrain. Le genre rigidifie et ontologise la dualité sexuelle, biologise le social, au détriment de la multitude sexuelle pratiquée et à inventer.
Le genre a été pensé par certaines, dont Judith Butler (voir Judith Butler contre la guerre des civilisations), moins comme une coupure sur le corps humain que comme une variation infinie de celui-ci. Nous sommes pour ce genre là et contre celui qui sectionne la société en deux moitiés fonctionnelles comme aux temps immémoriaux. D’ailleurs dans ces temps on ne sectionnait même pas, les femmes étaient hors de l’humanité politique et citoyenne. Malgré ses soubresauts révolutionnaires du temps d’Olympe de Gouges, la France est parmi les lanternes rouges du train des femmes vers l’émancipation politique, parce qu’elle subsume tous les genres sous un seul, l’universel, le genre humain. Les femmes sont la moitié du ciel disait le Président Mao pour qui le fait que l’un se divise en deux, et par là en plusieurs, était le ba à ba de la politique. Ici on a commencé à parler de parité quand il a fallu ramener les femmes à la raison, leur signifier que leur libération devait servir à quelque chose, à la politique des hommes bien sûr.
La parité parlons-en : où met-on les transexuelles ? Dans le genre qu’elles se donnent ? Dans la parade à laquelle elles se plient ? Et n’y a t-il pas de transexuels hommes, d’origine femme pour certains, d’origine homme pour d’autre ? Bref des mœurs à brouiller les genres, très minoritaires dira-t-on, mais bien significatives de la possibilité de se transformer apparemment en femme ou en homme, au choix. Tous les jours chacun, chacune prend le genre qui lui convient, celui qu’on lui a assigné par la naissance, mais plus encore celui que lui propose le marché des multiples emplois vers lesquels il ou elle court. [...] »
Sur le féminisme et la théorie Queer : le site http://www.lepeuplequimanque.org/category/textes/feminisme-et-queer