Bernard Andrieu

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L’hybridation est-elle normale ?


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Extraits de l'article paru dans la revue papier

"[...] Car devenir hybride, c’est partager en commun avec un autre en moi une partie de mon identité sans jamais être certain de pouvoir attribuer à l’une ou l’autre part de moi-même ce que je suis en train de devenir. Cette incertitude dans l’être, contre une métaphysique de la substance, définit l’identité comme provisoire et la norme comme culturellement instable. En changeant d’habitus, l’hybride est moins une chimère qui subit sa double nature sans pouvoir la faire varier dans sa composition, qu’un être indéfini sans cesse recomposé. En s’attachant seulement à la forme et à l’image du corps, le vivant du corps est invisibilisé, alors même qu’il modifie à chaque moment les conditions de sa subjectivation. Le silence des organes signe autant la santé que l’activité du corps vivant. Le combat des intersexes à ne pas être assignés, sinon réduits chirurgicalement, à un sexe socialement acceptable, est une revendication d’hybridité, plus que de multiplicité et de dispersion. Ne pas être le même n’implique pas obligatoirement devenir entièrement un autre et être comme étranger à soi-même.

La technologie d’hybridation peut apparaître comme une sorte d’incorporation d’un « objet partiel inédit », car elle ne ferait pas appel à une subjectivité autre comme dans le métissage entendu classiquement, mais proposerait une sorte d’extension corporelle qui va offrir un autre rapport au monde. Pourtant toute technologie exprime dès l’ergonomie de son outil un type d’altérité. Ainsi le corset devait faire corps avec la femme pour la contraindre, dispositif fonctionnant avec la norme qui impose son altérité. Ou aujourd’hui le webphone implique un mode de relations avec les autres par l’immédiateté géolocalisée du réseau. Mais l’incorporation investit aussi les codes de la subjectivité en créant un nouveau paysage dans notre machine biologique. En devenant biotechnologique, notre corps transforme un objet partiel extérieur à lui-même en une partie de son organisation fonctionnelle par des usages subjectifs. Le corps se met en synergie avec l’objet technique, avec ce qui lui manque pour vivre de manière « normale » et/ou se ressentir dans un sentiment de complétude. L’hybridation transforme l’objet partiel non en objet complet, mais en objet complétant le processus de subjectivation, soit de manière objective comme la prothèse ou la greffe pour maintenir une normalité vitale, soit de manière subjective en attestant une mise en réseau du corps avec des objets techniques comme les auxiliaires nomades et autres avatars.

L’hybridation n’est pas pour autant une déshumanisation ou un acharnement technologique à s’externaliser comme l’affirment les post-humains les plus extrêmes. L’implémentation de techniques vient modifier non seulement l’image du corps et le schéma corporel, mais le vécu physique et psychologique. Toute hybridation confronte le corps à une coprésence qui doit être reconnue comme unité par le sujet. Faute de quoi, des techniques comme la dépigmentation de la peau ou la réduction de l’hermaphrodisme à un seul sexe  seraient imposées aux sujets  malgré eux. [...] "

Regard anthropologique en Prothèse Maxillo-Faciale : entre science et conscience

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Extrait de l'article paru dans la revue papier

"(...) De l’anthropologie faciale à l’anthropologie du visage

Nous qualifions souvent dans le monde médical d’ « anthropologie » ce qu’est seulement l’ « anthropologie physique » ou l’« anthropobiologie », c’est-à-dire cette science qui étudie les groupes humains d’un point de vue physique. Au-delà de cette vision « biologique » ou « naturelle » de l’homme, s’est individualisée, du côté des sciences humaines et sociales, parfois dénigrée sous les termes de « sciences molles », l’anthropologie socio-culturelle, discipline exceptionnellement vaste basée sur l’étude des cultures humaines allant de l’individu (son mode de pensée, son imaginaire symbolique) à la collectivité (l’organisation sociale, les rapports entre les hommes et la nature, les croyances déclinées sous forme de mythes et de rites, etc.). Complexe et complète, l’anthropologie socio-culturelle est devenue une véritable science grâce à des grands auteurs comme Claude Lévi-Strauss proposant des méthodes d’analyse permettant de redessiner l’ensemble des pratiques humaines. Cette anthropologie, basée sur la pensée et l’imaginaire, nous fait basculer peu à peu de la face (avec ses proportions anatomiques et ses données céphalométriques) au visage chargé de sens et de symboles. 

Prendre le parti de la chair !

Fragments de l'article paru dans la revue papier

 « En prenant le parti de la chair nous voulons devenir hybrides. Devenir hybride  exige d’abandonner la posture critique convenue selon laquelle les objets et la technique serait des dispositifs  aliénants [...]

[...] l’hybridité fonde la relation sociale sur la tolérance et le métissage. En incorporant, jusque dans la matière biologique, la part de l’autre, le sujet devient mixte : le corps n’est pas un adversaire à combattre mais une matière altérée par l’interaction environnementale. Plutôt que de devenir un autre, les autres deviennent une partie de moi en modifiant le fonctionnement et la subjectivité du corps. L’hybride reste mélangée et hétérogène : il parvient à l’unité par le brassage actif de ses propriétés [...]



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