Sexualité

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Pour un principe d’incertitude sexuel(le)

Extrait de l'article paru dans la revue papier

Selon Deleuze et Guattari, la distinction entre molaire et moléculaire repose sur l’acceptation ou le refus de l’imitation d’un modèle préexistant. Devenir-animal, devenir-enfant et devenir-femme sont des devenirs moléculaires puisqu’ils n’imitent aucun modèle. Si, cependant, une femme, conçue comme une certaine forme avec des organes et des fonctions assignés à un sujet déterminée, est une entité molaire, le devenir-femme est moléculaire parce qu’il ne présuppose aucune imitation d’un tel modèle. Devenir-femme signifie plutôt « émettre des particules qui entrent dans le rapport de mouvement et de repos, ou dans la zone de voisinage d’une micro-fémininité, c’est-à-dire produire en nous-mêmes une femme moléculaire, créer la femme-moléculaire. »  Mais, en même temps, ils ajoutent l’affirmation suivante : « On ne négligera pourtant pas l’importance de l’imitation, ou de moments d’imitation, chez certains homosexuels mâles ; encore moins, la prodigieuse tentative de transformation réelle chez certains travestis. »  Étrangement, bien qu’ils évoquent et qu’ils promettent de ne pas négliger la transformation du travesti, fondée sur l’imitation, son importance et sa différence n’apparaissent jamais plus dans le texte. Cette disparition du travesti pose les question suivantes : Deleuze et Guattari pensent-ils que le travesti imite « la femme » et qu’il rate donc le processus authentique d’un devenir-femme ? Ou bien peut-on concevoir autrement l’imitation du travesti, c’est-à-dire comme une action mimétique sans modèle ? Dans les deux cas, de quelle façon le travesti imite-t-il une femme, et où est cette femme, pourquoi n’apparaît-elle pas en tant que telle ?
Pour répondre à ces questions, et aussi pour élargir la fêlure, on pourrait considérer le devenir-femme dans la perspective du rapport entre plan de consistance et  plan d’organisation. Le corps structuré selon ses organes et ses fonctions résulte de la priorité donnée au plan d’organisation sur le plan de consistance. La forme que nous reconnaissons sous le terme de « femme » est constituée par une intervention masculine qui soustrait la jeune fille à son propre devenir, dans la mesure où la jeune fille constitue le premier sexe encore indifférencié duquel on soustrait des caractéristiques pour la modeler selon un plan d’organisation censé se conformer à un ordre masculin. Dans ce contexte, le devenir-femme désigne une imposition d’un plan d’organisation sur un plan de consistance qui au départ ne se conforme à aucun modèle déterminé. En d’autres termes, si le plan de consistance coïncide avec le corps sans organes, le plan d’organisation apparaît comme un principe d’organisation masculin qui, en privant la jeune fille de son devenir, vise à affirmer en même temps sa masculinité. Et si on définit ce principe comme masculin, il n’y a pas un devenir-homme de l’homme. Deleuze et Guattari peuvent donc affirmer que l’ « homme », ou le « mâle », se pose comme un modèle qui constitue une majorité. Tout ceci est satisfaisant si l’on s’accorde à reconnaître la majorité comme étant masculine. Mais si la majorité masculine est censée accepter son « être-homme » comme une donnée qui exclut tout devenir, tous les hommes finiraient par ressembler à Franco Nero dans Querelle de Fassbinder.

Vers des normes sexuelles globales. Micro et macro politiques de la dualité sexuelle dans le cadre de la globalisation


Extrait de l'article paru dans la revue papier

"(...) La globalisation capitaliste – qui devient effective avec la chute de l’URSS mais surtout depuis la fin des années 80 avec l’intégration à l’économie capitaliste des derniers pays au gouvernement communiste (Chine, Laos, Vietnam et désormais Cuba et Corée du Nord) – transforme profondément ces expectatives linéaires, tendanciellement millénaristes. Au fur et à mesure que la concurrence capitaliste s’accélère et fait consécutivement tomber en désuétude les mythes du progrès et du développement partagé, essentialismes et différentialismes font retour, affectant profondément la question des agencements sexuels. En effet, la période actuelle est animée de tensions idéologiques qui irradient les scènes nationales, modèlent une arène globale et se réfractent sur les femmes comme matrice symbolique ultime des affrontements. Analyser les maillons qui articulent aujourd’hui cette instrumentalisation idéelle des femmes apparaît d’autant plus nécessaire qu’une fois de plus, dans l’histoire politique et économique,les femmes font l’objet d’une emprise aussi violente qu’aveuglante.


Genre et médecine

 Introduction de l'article paru dans la revue papier

"ON CONSIDÈRE souvent que la médecine aurait « offert à l’espèce humaine les premiers outils véritablement libérateurs qui autorisent la dissociation entre sexualité et reproduction », permettant aux femmes de s’émanciper, échappant à leur rôle de reproductrices. Ce phénomène est censé s’accentuer du fait de la féminisation de la médecine.
Au contraire, cette idée courante participe au « paradoxe de la doxa », c’est-à-dire au fait que l’ordre établi se perpétue facilement, et que certaines inégalités devant les soins peuvent souvent apparaître acceptables, voire naturelles. Ainsi, nous verrons comment la médecine et les autres sciences de la nature contribuent non seulement au maintien de la domination masculine, mais ont aussi donné un fondement en apparence naturel à la vision androcentrique, par le biais d’une construction arbitraire du biologique et en particulier du corps masculin et féminin.
Nous examinerons tout d’abord des exemples de ce qui en médecine peut être symptomatique de la domination masculine,
notamment concernant la biologie de la reproduction et les soins faits aux femmes. À l’instar de Françoise Héritier, j’ai choisi d’étudier les articles consacrés à la médecine dans le journal Le Monde entre 1999 et 2004, en plus de certains livres de médecine, pour avoir accès au propos médical, mais aussi à ce qu’il devient lorsqu’il est transmis au grand public. La presse est considérée comme une « source partagée d’informations, de savoirs, de représentations […] aussi digne de foi que celle des observateurs sur le terrain. » Puis, nousanalyserons la féminisation de la profession et tâcherons de savoir si celle-ci peut parvenir à émanciper la médecine du paradigme de la domination masculine. Enfin, nous étudierons la thèse avancée par Thomas Laqueur qui décrit un chan -
gement dans la construction sociale du corps humain avec le passage d’un modèle unisexe à un modèle « des deux sexes ». Nous verrons si Thomas Laqueur considère que l’avancée des connaissances scientifiques peut être considérée comme première dans la transition d’un modèle à l’autre. (...)"

Emile perverti : ou des rapports entre l'éductation et la sexualité

 
Emile perverti : Ou des rapports entre l'éducation et la sexualité
"Selon l'auteur, la pédagogie moderne s'est fondée sur l'exclusion du désir dans la relation enseignante. Ce refoulement, sous-tendu par toute une littérature psycho-pédagogique, a un effet normatif sur la psyché et le corps des adultes en devenir, érigeant en modèle la famille nucléaire, à fonction reproductive."

Extrait de l'article paru dans la revue papier

"Ce que j’admire en tout premier lieu chez toi, cher René, c’est une qualité que je situerais volontiers au delà du courage ou de l’esprit de résistance et que je nommerais volontiers, à mes risques et périls « innocence ». Je dis « à mes risques et périls », parce que je n’ignore pas ce que ce mot « innocence » peut avoir de suspect ou de malsonnant, surtout dans ce discours où je m’adresse à toi en tant que tu es mon aîné et m’as précédé de plusieurs pas dans l’emploi que nous occupons tous les deux – celui de préposé à la philosophie.
Mais « innocent », je veux dire, il faut l’être, dans un sens radical, pasolinien si l’on veut, pour rééditer comme tu le fis en 2006, et avec une préface offensive encore, un livre aussi insupportable à l’époque que ton Emile perverti. Et innocent veut dire ici doté d’une si souveraine indifférence à l’ordre des discours dans son état présent, aux dispositions actuelles du public,  que l’on en vient à se demander si ce sang-froid ou cette superbe ne se confondent pas, tout simplement, avec une pure et simple ignorance ou méconnaissance des dangers encourus. Ce que je nomme innocence ici, ce serait cet état d’indistinction entre courage, vaillance, et, disons, une forme d’ « inconscience » que je tendrais à rapprocher (à mes risques et périls à nouveau) de ta bien connue « sourde oreille » : ne percevant que de manière lointaine, sélective ou tamisée la rumeur du monde, tu serais mieux immunisé que le commun d’entre nous contre le bruit agressif de la Bêtise (Flaubert, Deleuze…).

Considérations sur la schizo-analyse : de la sexualité


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Deux modes d’organisation sexuelles - génitales des machines désirantes :
· un mode à proprement sexuel disjonctif,
· un mode pseudo-sexuel conjonctif.

I.
La recherche d’un mode de jouissance disjonctive amène une subordination de l’exercice des machines désirantes à la séparation des sexes. Un couple polaire homme-femme constitue une structure de représentation qui hante la « sexualité ».
C’est à ce niveau qu’on rencontre effectivement le roc de la castration et le phallocentrisme : tout est polarisé sur une sexualité mâle comme signe polarisé de puissance.
Sur un pan de consistance polarisé homme-femme s’exerce la puissance phallique - qui peut être tenue aussi bien par une femme, un enfant, un chien, une automobile, une collection de timbres...
Donc, un territoire artificialisé, une alliance polaire  de personnes et de choses. Un corps d’alliance, un pan coupé.
Sur ce corps d’alliance tout s’inscrit selon la loi du phallus polaire biunivocisant. Le père n’est un terme second. D’abord : l’exercice dominant de la double articulation. La machine sémiotique produira secondairement du père, de l’homme, du nègre...
Tous les flux sont sous la dominance de la machine de différenciation sexuelle = machine d’alliance : les flux d’argent, les flux de femmes, les flux de caresses, la force, etc. tout concoure à rétablir et renforcer l’ordre biunivoque de la séparation manichéïste des sexes (comme pôles distributifs).

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