Stéphane Nadaud

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Les limbes ou l’anté-purgatoire : Qu’en est-il de la joute à la fin du XXème siècle ?



Extrait de l'article

"Pour Nietzsche, il n’y a que la lecture agonale de la philosophie grecque qui peut nous empêcher de sombrer dans le péjoratif humanisme qui n’est rien d’autre que « la réaction contre le goût ancien, le goût artistique — contre l’instinct “agonal” (…) » (1888, CI [Ce que je dois aux anciens, — VIII*, p.  . Lorsque Foucault développe dans son cours Il faut défendre la société, l’hypothèse selon laquelle « le fond du rapport de pouvoir, c’est l’affrontement belliqueux des forces », il l’appelle, « par commodité, l’hypothèse de Nietzsche » (M. Foucault, « Il faut défendre la société », Hautes Etudes, Gallimard, Paris, 1997, pp. 17-18). « Je voudrais essayer de voir dans quelle mesure le schéma binaire de la guerre, de la lutte, de l’affrontement des forces, peut effectivement être repéré comme le fond de la société civile, à la fois le principe et le moteur de l’exercice du pouvoir politique » .

Sodome ou Hocquenghem, fils de Vincennes... jusqu'à la mort




TINO, un film de Guy HOCQUENGHEM Et Lionel SOUKAZ 1985... L'HISTOIRE D ANTINOUS ET DE L EMPEREUR HADRIEN ET DE L IMPERIALISME UNIVERSEL...

Extrait de l'article paru dans la revue papier

Hocquenghem, fils de Vincennes...
Que Guy Hocquenghem soit un fils de Vincennes (de l’université de Vincennes), cela n’aura échappé à personne. Ses deux premiers livres qui sont pour le premier, le Désir homosexuel (1972), la partie sur travaux de sa thèse et le second l’Après mai des faunes (1974), des textes originaux collés à des articles déjà publiés pour cette même thèse titrée Volution sont profondément marqués par au moins deux figures vincennoises : Gilles Deleuze (avec Félix Guattari) dont l’Anti-Œdipe traverse de part en part le désir homosexuel, et Jean-François Lyotard dont une citation, extraite de son important article Capitalisme énergumène(consacré, dans Critique, à ce même Anti-Œdipe, 1972), ouvre sa thèse et l’Après mai des faunes. Citons l’incipit de Lyotard : «Attitude qui ne serait même plus révolutionnaire au sens du renversement, retournement (et de la spécialisation dans ces opérations théâtrales), et donc encore distribution de l’énergie selon l’édifice et l’artifice de la représentation, mais volutionaire au sens de la Wille, au sens de vouloir que soit ce qui se peut.» Dans cette phrase est opposée à la révolution la volution, proposition de traduction du Wille allemand, la volonté (de puissance par exemple (wille zur macht) qu’on pourrait alors, avec Lyotard et Hocquenghem traduire par volution de puissance). La volution serait donc une volonté qui n’est pas volonté de quelque chose– ce qui sous-entendrait sinon forcément le retour à un but prédéterminé – mais au contraire volonté tout court, volonté de tous les possibles, y compris les plus terrifiants pour nous, humains trop humains. Nous y verrons bien entendu la leçon qu’Hocquenghem retient de Mai 68, leçon qu’il renverra à la gueule de ceux qui ne l’ont pas entendue dans la Lettre ouverte à ceux qui sont passés du col Mao au Rotary Club : à savoir que la révolution revendiquée si haut et si fort par la france comme une capacité subversive qui lui serait propre, n’est en réalité que le signe de l’incapacité à changer. Hocquenghem forge, dans la Beauté du métis, le concept de francité qui reprend cette idée: «on fait une révolution en france [sans majuscule] pour se retrouver au point de départ.» Mai 68, en france, n’a pas échappé à cette triste et nationale règle, et Hocquenghem, mieux que quiconque, a compris le retour au point de départ que cette «courte après-midi d’été», ainsi qu’il appelle Mai 68 dans l’Amphithéâtre des morts, a été. C’est fort de ce constat qu’il affirme sa volonté d’ôter à révolution le re de trop et de faire sien le geste nietzschéen (Nietzsche : la véritable toile de fond sur laquelle se peint Vincennes): «nous ne voulons plus partager les préfixes qui amarrent l’envol des vouloirs, leurs épanchements corrodant les pouvoirs.» L’ambition d’Hocquenghem, en ouvrant sa thèse et l’Après mai des faunes par cette phrase, est commune à nombre de philosophes de la jeune université née des soubresauts de l’après 68 : il s’agit de lutter contre la «civilisation qu’on veut justement oublier» (abolir écrit-il encore plus abruptement dans le texte original de la thèse). Vincennes comme le lieu d’indistinction entre la théorie et la pratique, entre l’enseignement universitaire et la prise sur le réel (la politique), Vincennes comme l’espace où peut s’opérer une critique de ce que l’on entend habituellement sous le vocable de civilisation. Hocquenghem retient donc la leçon, lui qui écrit le Désir homosexuel comme une féroce critique de la conception freudienne de la civilisation conçue comme l’entité qui frustre, qui castre, qui rabote les passions sous le faux prétexte que, contre Fourier, Schérer et bien d’autres, ce serait la seule condition possible du vivre ensemble. Ainsi, l’Anti-Œdipe et l’université de Vincennes, fruits de Mai 68, sont-ils, pour Hocquenghem, la réinterrogation la plus radicale de la civilisation, une réinterrogation qui s’opère sur le terrain de la subjectivité: «il est question de partir dans toutes les directions. De semer, comme on sème un suiveur, le pouvoir civilisé. De creuser, partout où on peut miner l’édifice. Toujours surprendre l’ennemi par-derrière. Ne jamais être là où précisément il attend. Et que devienne pratique l’évidence : il n’y a pas de sujet révolutionnaire, pas de sujet du tout.» La volution qu’est Mai 68, l’expression d’une volonté (volution) de puissance, doit donc se jouer sur tous les terrains, et avant tout sur le terrain subjectif. Hocquenghem l’a compris qui s’est lui-même, comme Pasolini nous allons le voir, posé comme le terrain de ce combat.

Don Quichotte pour combattre la mélancolie

Don Quichotte pour combattre la mélancolie (voir le site Fabula)

Françoise Davoine, Edition Stock, Collection L’autre pensée.

Ni sage, ni tempéré, le psychanalyste est fou – mais il est « un fou entrelardé de lucidité ». Moderne Don Quichotte, il s’avance dans des contrées incertaines, qui sont souvent autant de zones de catastrophes, à la rencontre de mésaventures cuisantes où il peut lui arriver de prendre des coups. De ces voyages, il vient troubler et contredire leurs versions mièvres parfois, négationnistes souvent. Il vient raconter ce dont plus personne ne veut entendre parler : le bruit et la fureur.Dans une époque où les experts en communication ne cessent de répéter qu’il n’y a plus de soucis, que tout peut être réparé – les ordinateurs, les rides, le blues –, on en oublierait presque que nous sommes mortels ! Comment se fait-il que nous soyons si déprimés, nous qui sommes si riches, si libérés sexuellement, si instruits ? Et que penser de cette PMD (« Post Modern Depression ») ? C’est au fond la question qui parcourt ce livre. Françoise Davoine y répond d’une plume alerte par le refus obstiné de la victimisation, des schématisations simplistes, des vérités prêtes à penser, par la constitution d’un gai savoir issu des livres et de la vie, éloigné des molécules et du renoncement. Ce faisant, ce livre « enfant malingre, chétif et contrefait » devient, au fur et à mesure de ses pérégrinations, savoureux et vigoureux. Il fait s’esclaffer la mélancolie. Hommage à la psychanalyse en somme !

Benoîte MICHEL-GRAZIANI, psychanalyste 

 

Tout passe


(Tous droits réservés)

La jeune fille regardait à présent avec attention la nuque lisse du vieil homme. Cela l'intriguait. Comment une tête aussi ridée, un visage aussi paysagé peuvent-ils conserver une partie aussi plane ? Une plaine au milieu de tant de montagnes, de vallées, de gouffres et de ravins. Cette absence de relief, paradoxalement, leur permettait de se perdre, elle et son regard, de s'éloigner l'un de l'autre, de séparer leur destin.

Don Quichotte, qui s'était arrêté pour permettre à son chef de pivoter, se retourna vers elle :

- Que regardez-vous ainsi ? Je sens une ombre sur mon dos.

- Ce n'est pas moi qui vous regarde répondit le corps aveugle.

(...)

- Tout passe.

Tels sont les mots que je crus comprendre de la conversation surréaliste qui se déroulait devant moi. Le petit bonhomme mal rasé, brun, sale et outrageusement râblé répétait comme un leitmotiv cette courte phrase.

- Tout passe.

(...)

EDITO DES NUMEROS 66 /67 - MORTS OU VIFS

 APPEL AUX MORTS ET/OU VIFS

Eux.

Ils sont des milliers, des millions. Légion. Ils avancent, comme un seul homme, ou plutôt comme une seule meute, sans chef apparent, sans cerveau directeur, mus par une sorte d’instinct qui les pousse inexorablement vers ce que les autres, auquel appartient celui qui les observe, imaginent être un but. Mais de but, ils n’en ont point. Leur trajet, comme celui d’une rivière, creuse son propre lit. Sont-ce les vents — propices, contraires — qui leur impriment telle ou telle direction ? Suivent-ils un mobile primordial, les entraînant dans son mouvement sans commencement ni fin ? Ou errent-ils au hasard, portés par une nécessité impossible à signifier ? Quelle que soit la puissance qui les caractérise, elle semble, véritable corne d’abondance, être une source intarissable. Sa constance n’a d’égale que son intensité.

Il serait bien vain de chercher le moindre individu dans ce flux. Et pourtant, l’observateur sus-cité semble repérer ici un corps, là un autre. Il lui semble même qu’il peut les suivre, un peu comme on tient prisonnier de son regard les vagues à la surface des flots, les isolant du fait même. Il y parvient, mais un temps seulement : car, très vite, ces corps individualisés par l’œil du voyeur retournent au flot ininterrompu duquel ils ont été, artificiellement, arrachés. Car les corps qui composent cette meute, les organes qui composent ce tout, ne se laissent guère individualiser, et de singularité ils n’ont que dans la perte de celle-ci au sein de ce « corps sans organes », comme diraient les deux autres reprenant le terme d’un troisième.

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