Alain Naze

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Don Quichotte. L’échappée belle.




(Extrait de Gigi, Vincent Minnelli, tous droits réservés)

Introduction de l'article paru dans la revue papier. 

Il se peut que le pire cauchemar consiste à être pris dans les filets du rêve d’un autre. Deleuze en évoquait l’éventualité, à propos du cinéma de Minelli. C’est possible. Etre happé au sein du récit d’un autre, ce serait alors être annexé à son désir. Car au fond, on sait bien qu’on ne peut désirer qu’au sein d’un récit, les histoires d’amour sont là pour en témoigner ; et les histoires d’amour qui commencent mal sont précisément celles qui ne parviennent pas à se constituer en récit, celles en lesquelles les protagonistes désirent au sein de récits parallèles. Don Quichotte, sous ce rapport, construit son désir en référence aux histoires de chevalerie, et en cela il fait œuvre singulière, chacun étant susceptible de s’emparer de ces textes pour en faire un élément de son propre désir, selon des agencements à chaque fois propres. Sauf à penser le désir comme émergeant ex nihilo, on peut considérer que Don Quichotte, se faisant « chevalier errant », n’est pas prisonnier d’un rêve qui n’est pas le sien, mais construit bien son propre rêve, à partir des récits de chevalerie qu’il a littéralement dévorés. Cette fiction semble cependant ne pouvoir fonctionner qu’à la condition que les éléments annexés à son propre désir ne manifestent guère de velléités d’autonomie, ou plutôt que celles-ci puissent être intégrées au récit, et ainsi digérées sans mettre en déroute cet univers. Mais après tout, l’amoureux lui-même ne réalise-t-il pas continûment de tels arrangements avec ce qu’on appellerait le monde extérieur, et qui pour lui est tombé dans cette indistinction intérieur / extérieur à laquelle on donne parfois le nom de folie, ou plus exactement de mélancolie (et qui serait le signe même par lequel on reconnaîtrait en l’œuvre de Cervantès le premier roman moderne) ? Sans doute, mais les aventures de notre « ingénieux hidalgo » sont malgré tout bien loin de réduire l’ensemble des personnages intervenant dans l’action à de simples ombres, à commencer par le fidèle Sancho, dont le propre désir se mêle intimement à celui du chevalier, sans pour autant se confondre avec lui. En ce cas, le pire cauchemar ne serait-il pas plutôt d’être sans possibilités de récit ?

Le temps des spectres


(Tous droits réservés)

Extraits de l'article paru dans la revue papier.

Il s’agirait, une fois encore, d’en revenir à la question du théâtre, ou plutôt de laisser revenir la question du théâtre, de laisser place au revenant, au spectre qui, de la scène, bien que ne s’adressant pas au spectateur, est entendu de lui. Il s’agirait d’en revenir, une fois encore, à la question du théâtre comme espace de la spectralité, parce qu’en lui se tisse ce nouage entre parole et apparition, cette conversion de la parole en images.




(Laurence Olivier in Hamlet, tous droits réservés)
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