Rodolphe Olcèse

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Théodore la Morale



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Extrait de l'article par dans la revue papier

"Un jour, sa rage n’était pas encore en lui grande et redoutable. Ce jour là il y eut une éclipse. Son existence se trouva transformée. Il y avait sa vie d’avant l’éclipse et sa vie d’après l’éclipse et ces deux vies n’avaient rien de commun, elles étaient sans commune mesure. Un jour, il y eut cette éclipse décisive et c’était avant la rencontre avec Eugénie et c’était également avant le renoncement à la poursuite des études et c’était également avant le second renoncement, celui qui plus tard avait touché au tabagisme. C’était un jour, d’une saison comme le printemps ou l’été et le soleil faisait la lumière de ce jour là et sitôt ce jour là ensoleillé, la lune décida de surgir à un moment précis et le soleil en fut éclipsé. Le soleil se levait à peine sur l’existence de Théodore la Morale et il y eut cette éclipse par quoi il devint invisible. Et il restait ainsi, Théodore la Morale, il restait dans cette invisibilité solaire pendant assez longtemps et même suffisamment longtemps pour que quelque chose lui arrive et bouleverse son existence dans cette nuit imprévisible, quelque chose dont, du fait de cette nuit imprévisible, personne n’avait pu être le témoin. Par après, il regardait cette éclipse qui lui était arrivée comme une lutte et plus singulièrement comme sa lutte avec l’ange. "Je me suis appelé Jacob le temps d’une nuit imprévisible", se disait-il souvent — et il me semble que cette remarque constitue les premiers mots de l’autobiographie qu’il projetait d’écrire — et effectivement, ça l’avait approché, ça l’avait serré de très près, puis ça l’avait empoigné et ça l’avait roué de coup et au sortir de cette lutte, il avait non pas une mais deux hanches déboîtées, et il pensait avoir bien lutté avec l’ange de dieu et il avait, ainsi que Jacob, demandé le nom de son agresseur, mais celui-ci ne lui avait pas répondu et à aucun moment il ne pensa qu’il avait lutté avec un brigand, non, il ne crut pas un seul instant que son agresseur en voulait à sa richesse, il ne se dit pas que son ange voulait lui subtiliser ses effets personnels et conséquemment que son ange pourrait bien n'être pas un ange mais bien un démon ou un voleur qui aurait profité de l’obscurité soudaine pour rouer de coups les ingénus comme lui, Théodore la Morale (il ne portait pas encore ce vilain sobriquet), et leur subtiliser leurs effets personnels et même leur argent s’ils en avaient et il préféra penser ensuite de cette agression qu’il avait traversé une grande épreuve spirituelle, que sa vie en était bouleversée et que, selon ses plans, il serait l'auteur d’une œuvre grande et belle."

Ecroulement de...

Extrait de l'article paru dans la revue papier

"Il est arrivé ceci. La mère parle. Au père elle dit : vois l’enfant qui vient, il est chargé d’un lourd fardeau. Le père dit : je n’y vois rien, tout ce brouillard empêche mon regard, es-tu bien certaine que l’enfant vient, qui se brise sous une lourde charge ? Oui, je sais le reconnaître entre mille autres de son âge, l’enfant, il est de moi, aussi je sais le distinguer entre mille autres de sa taille. Vois la silhouette, là, comme elle plie. Le père se rend à l’évidence. En effet, voici l’enfant. Il est épuisé. Une charge lui pèse sur les épaules. Le père parle. Il doit avoir encore cet air catastrophé depuis lequel il t’a adressé son premier sourire un peu résigné. Regarde. Le crois-tu encore très malheureux ? Et s’il l’est, l’est-il d’un malheur neuf ou de celui qui lui est une habitude et qui toujours nous prend en défaut ? Je ne sais quoi en penser, répond la mère au père qui sent l’inquiétude le gagner. Tout de même, ses épaules sont bien plus basses et son dos bien plus voûté que de coutume. Cette charge qu’il porte est neuve assurément, ou alors elle est une charge feinte, ou alors il fait la comédie. Penses-tu qu’il s’y entend, à faire la comédie, crois-tu que cette comédie qu’il nous fait, elle est pour nous blesser, est-il, l’enfant, est-il un enfant indigne qui fait la comédie à ses parents ? J’aime mieux la savoir vraie cette souffrance qui lui fait plier les genoux. Au loin l’enfant tombe. J’aime mieux la savoir vraie cette souffrance qui le fait tomber. Le père et la mère approchent de lui et de sa souffrance de préférence vraie, le ramassent, et, ensemble, le soutiennent, le délestent de son poids, et l’accompagnent dans sa marche jusqu’à la résidence. Et l’enfant, que sent-il ? Il sent que cela étouffe en lui, que l’étouffement agit en lui, se déploie en lui et s’applique sur tout lui-même, sur tout son être, avec bien plus de précision que celle que d’ordinaire il peut constater et supporter. L’enfant sent que, si n’étaient le père et la mère, il ne se serait pas relevé de sa chute, et il est très possible que là, contrairement aux apparences, il ne marche pas (...)"

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