Anne Querrien

Vers des normes sexuelles globales. Micro et macro politiques de la dualité sexuelle dans le cadre de la globalisation


Extrait de l'article paru dans la revue papier

"(...) La globalisation capitaliste – qui devient effective avec la chute de l’URSS mais surtout depuis la fin des années 80 avec l’intégration à l’économie capitaliste des derniers pays au gouvernement communiste (Chine, Laos, Vietnam et désormais Cuba et Corée du Nord) – transforme profondément ces expectatives linéaires, tendanciellement millénaristes. Au fur et à mesure que la concurrence capitaliste s’accélère et fait consécutivement tomber en désuétude les mythes du progrès et du développement partagé, essentialismes et différentialismes font retour, affectant profondément la question des agencements sexuels. En effet, la période actuelle est animée de tensions idéologiques qui irradient les scènes nationales, modèlent une arène globale et se réfractent sur les femmes comme matrice symbolique ultime des affrontements. Analyser les maillons qui articulent aujourd’hui cette instrumentalisation idéelle des femmes apparaît d’autant plus nécessaire qu’une fois de plus, dans l’histoire politique et économique,les femmes font l’objet d’une emprise aussi violente qu’aveuglante.


Des moments-évènements

 
(tous droits réservés)

Extrait de l'article paru dans la revue papier

"JE SUIS PARTIE pour le colloque Guy Hocquenghem avec quelques souvenirs ; des moments fugitifs même pas communs puisque rappelés de mon seul point de vue. Je n’aime pas le mot témoignage qui m’a été renvoyé comme si je me tenais devant le tribunal de l’histoire, ou de l’université. Je ne vais témoigner que sur quelques-uns de ces moments.
Guy Hocquenghem c’est d’abord une première apparition à l’automne 1962. Nous sommes à l’Assemblée générale de l’Union nationale des étudiants de France dans l’amphi en face de la Sorbonne. Chaque représentant d’une association générale d’étudiants doit aller signer la feuille de présence à la tribune en bas de l’amphi. Je ne me souviens plus comment s’appelait exactement l’Association que je représentais, celle des étudiants en préparation scientifique. Mais lui, c’était l’AGPLA, l’association des étudiants en préparations littéraires et artistiques. J’ai vu surgir, signer et disparaître par derrière, soit faire le service minimum, un corps immédiatement ami, qui ne ressemblait à aucune autre des personnes présentes dans cette pièce. Tous les autres étaient des jeunes hommes tendus par leur devenir homme, et leur désir d’être maître. Nous n’étions que deux femmes, Marie-Pierre représentante des étudiants en sciences de Paris, et moi. Nous étions évidemment des traîtres, dans quelque sens que nous nous tournions. Mais Marie-Pierre était la femme de Michel,un des membres du bureau national, et visiblement déchirée par ses affects, souvent en pleurs.
L’apparition de Guy avait été le signe qu’on pouvait être autre chose qu’un homme, et qu’une femme pouvait être autre chose que la femme d’un homme, ce que nous dirons plus tard au Mouvement de libération des femmes, avec Monique Wittig, être autre chose qu’une femme : la lesbienne n’est pas une femme. On pouvait être beau et libre, souscrire aux obligations locales juste le nécessaire pour s’en détacher.
L’apparition de Guy était certes aliénée à l’analogie grecque ; le pâtre grec, l’Hermès de Praxitèle, le personnage androgyne, en fait autre que tendu par l’affirmation obligatoire de son identité sexuelle de papier. Le MLF et le Fhar démultiplièrent ensuite les visages de ces sexualités construites sur des données changeantes au fil des passages d’un personnage à un autre. La masculinité écrasante et méprisante des militants n’était souvent qu’une espèce de gêne avec laquelle on frappait dans le décor pour voir où cela fait mal. L’ennui c’est que ce comportement construit la féminité comme la somme des souffrances qu’on reçoit en réponse, additionnée de tous les signes extérieurs de féminité décrits dans les magazines spécialisés.
Aucune différence soit dit en passant avec la construction de la féminité par le groupe psych-et-po, qui a mis fin à l’enchantement lesbien des premiers temps du MLF. Cela fabrique d’emblée un monde brisé. Je n’étais pas brisée de la même manière que les militants de l’Unef parce que j’étais socialement, et scolairement, plus forte qu’eux, alors on cherchait à s’attacher mes capacités. Je vivais dans ce milieu en sous-marin échoué sur une plage dont nous étions peu nombreux à connaître le nom: révolution. Le MLF a obligé le sous-marin à reprendre la mer. (...)"

LES CARTOGRAPHIES SCHIZOANALYTIQUES (MAJ AUDIO)

LES MARDIS DE CHIMERES - LE 24 JUIN 2008

PAR ANNE QUERRIEN

00’29 : Présentation par J-C Polack

01’10 : Anne Querrien. Les cartographies schizoanalytiques de Félix Guattari. Un livre génial, mais illisible. Un « Work in progress ».

03’57 : Concernant un article disant que “le déterritorialisation, ça consiste à tuer les indigènes.” Avec une déterritorialisation définie de cette façon, toutes ces cartographies s’effondrent. De même, l’armée américaine et israélienne qui étudieraient ces textes. Même erreur, le mixe des théories de Guattari-Deleuze et Karl Schmidt donnant l’idée qu’il s’agit pour l’Etat de lutter contre des populations déterritorialisées.

05’32 : On retrouve cette question de la cartographie sous des acceptations différentes à l’époque. Par exemple avec Deligny et les enfants autistes. Deligny propose à un soignant dessinateur de dessiner des cartes des déplacements des enfants. Dés qu’ils tournent en rond, il fait un rond sur sa carte. En superposant les cartes, ils se sont aperçus que les mouvements des gosses restaient à l’intérieur d’un territoire commun organisé autour des lieux des adultes. Il y avait un territoire commun entre les gosses et les adultes, alors que les adultes pensaient que les gosses faisaient n’importe quoi, disparaissaient n’importe où. Une cartographie qui produit du commun.

Antigenre / multisexe / anti-identité

Début de l'article paru dans la revue papier

« Le genre comme catégorie cognitive, dite scientifique, est aujourd’hui une norme de pensée dans les sciences sociales. Il s’agit d’une prescription intellectuelle et d’une prescription d’intelligibilité. On le retrouve dans tous les domaines et sur tous les champs sociaux : femme et développement, femme et politique, femme et ville, femme et théâtre. Le genre a envahi l’ethnologie, la démographie, la sociologie… La critique de cette catégorie de genre, et de la division de la société en deux, a été maintes fois faites. Le principal argument de cette critique a été le fait que ce recours à la seule fonction reproductive de l’homme et de la femme ne correspondait nullement aux rapports sociaux qu’on observait réellement sur le terrain. Le genre rigidifie et ontologise la dualité sexuelle, biologise le social, au détriment de la multitude sexuelle pratiquée et à inventer.

Le genre a été pensé par certaines, dont Judith Butler (voir Judith Butler contre la guerre des civilisations), moins comme une coupure sur le corps humain que comme une variation infinie de celui-ci. Nous sommes pour ce genre là et contre celui qui sectionne la société en deux moitiés fonctionnelles comme aux temps immémoriaux. D’ailleurs dans ces temps on ne sectionnait même pas, les femmes étaient hors de l’humanité politique et citoyenne. Malgré ses soubresauts révolutionnaires du temps d’Olympe de Gouges, la France est parmi les lanternes rouges du train des femmes vers l’émancipation politique, parce qu’elle subsume tous les genres sous un seul, l’universel, le genre humain. Les femmes sont la moitié du ciel disait le Président Mao pour qui le fait que l’un se divise en deux, et par là en plusieurs, était le ba à ba de la politique. Ici on a commencé à parler de parité quand il a fallu ramener les femmes à la raison, leur signifier que leur libération devait servir à quelque chose, à la politique des hommes bien sûr.

La parité parlons-en : où met-on les transexuelles ? Dans le genre qu’elles se donnent ? Dans la parade à laquelle elles se plient ? Et n’y a t-il pas de transexuels hommes, d’origine femme pour certains, d’origine homme pour d’autre ? Bref des mœurs à brouiller les genres, très minoritaires dira-t-on, mais bien significatives de la possibilité de se transformer apparemment en femme ou en homme, au choix. Tous les jours chacun, chacune prend le genre qui lui convient, celui qu’on lui a assigné par la naissance, mais plus encore celui que lui propose le marché des multiples emplois vers lesquels il ou elle court. [...] »

Sur le féminisme et la théorie Queer : le site http://www.lepeuplequimanque.org/category/textes/feminisme-et-queer

La joue d'Albertine

« UN INDIVIDU EST UN AGENCEMENT singularisant de traits distinctifs dispersés. Il forme un corps commun à ces traits. Il rapporte à une surface molaire d’inscription un espace moléculaire de sensations, en organise la perception.
Un événement résulte de la rencontre d’au minimum deux individus. Il consiste dans l’agencement singulier de traits distinctifs qu’opère la rencontre, l’intersection entre des espaces de sensations moléculaires dispersées et des surfaces molaires d’inscription, lorsque la redistribution des espaces et des surfaces en fait au moins partiellement disjoncter la configuration finale avec la configuration initiale.
Agencement individuel et agencement événementiel opèrent la traduction de l’imperceptible moléculaire dispersé en perceptible molaire unifié, selon des formes de composition inconnues, en tout cas fort différentes des lois de la représentation, et de la transmission homothétique des rapports, ou échelle, découvertes à la Renaissance [...] »

Fragment de l'article complet (voir PDF)

Syndiquer le contenu