Homosexualité

warning: Creating default object from empty value in /var/www/vhosts/revue-chimeres.fr/httpdocs/drupal_chimeres/modules/taxonomy/taxonomy.module on line 1387.

Nos subjectivités, concrètement, entretien avec D. Halperin

Extrait de l'article parue dans la revue papier

ENTRETIEN AVEC DAVID HALPERIN

Voir aussi Défendre la culture gaie.

(...)

J.-P. C. : La sexualité et la subjectivité gaies sont toujours pensées en termes de déficience, de pathologie, quelque chose ne tourne pas rond…

D. H. : Oui, on revient sans cesse sur cette question : qu’est-ce qui ne va pas chez eux, qu’est-ce qui cloche chez les gays, pourquoi se comportent-ils tellement mal, que veulent-ils ? Je ne veux pas évacuer toutes ces questions, car on n’arrive toujours pas à endiguer l’épidémie et je ne suis toujours pas prêt à voir cette épidémie s’éterniser. On est confronté à des problèmes difficiles et urgents. Mais, en même temps, ce qu’on nous demande est quelque chose d’assez inouï. Normalement, on ne cherche pas à endiguer une épidémie par des moyens purement comportementaux. Lorsqu’il y a eu la grippe H1N1, on nous a dit qu’il fallait nous désinfecter les mains, mais on cherchait en même temps à faire vacciner les gens, on n’essayait pas d’endiguer cette épidémie uniquement en appelant à la responsabilité des personnes. Pour le sida, comme il n’existe pas de vaccin ni de remède définitif, on privilégie des moyens comportementaux. Ce qui met l’accent sur la conduite des individus. Mais il faut aussi dire qu’on vit depuis plus de trente ans au centre d’une épidémie : donc des gens vont être infectés, c’est cela que signifie une épidémie, non ? Donc, beaucoup de gens vont être infectés sans que ce soit forcément « de leur faute ». Toutes les pratiques qu’il faut adopter pour se protéger touchent des plaisirs qui sont parfois fondamentaux pour beaucoup de gens. De plus,  tout ce qu’il faut faire pour se protéger serait plutôt facile à accepter s’il s’agissait de le faire pendant six mois, mais pour toute une vie, ce n’est pas du tout évident. On sait désormais que faire la morale aux gens, essayer de leur faire peur, s’ériger en autorité morale pour dicter aux autres les comportements à suivre, ce n’est pas quelque chose qui marche pour la prévention sur le long terme. Donc, je voulais contrecarrer un discours psychologique qui a tendance à responsabiliser les victimes de l’épidémie pour voir si, en revanche, on ne pourrait pas aborder la prévention autrement. Je ne suis pas un militant de la prévention, de la lutte contre le sida, bien que j’y aie participée. Je ne prétends pas dicter aux militants les moyens à mettre en œuvre. J’ai été suffisamment militant pour savoir que ces décisions doivent être prises dans des contextes spécifiques, avec toute l’astuce qu’il faut avoir dans ces choses pratiques. Je crois que l’utilité de mon livre dans ce contexte c’est plutôt de déblayer toutes ces théories à la con qui font obstacle à la prévention, certaines affirmant même que la prévention n’est même pas possible, n’est pas praticable, comme le dit ce lacanien gay dont je parlais, Tim Dean : le sexe est toujours risqué en tant que tel, donc il n’est pas possible de le rendre « sans risques », etc. 

J.-P. C. : Ces discours qui concernent la prévention, et les pratiques dites à risques chez les gays, brandissent comme modèle un sujet que tu qualifies de libéral, un sujet volontaire, conscient, rationnel, maître de soi, responsable. Ce sujet libéral, moderne, à la fois condition et effet d’une stratégie de pouvoir, est le moyen, comme l’écrivait Foucault, de gérer, distribuer et hiérarchiser les conduites, les individus. Comment analyses-tu la fonction de ce sujet dans ces discours ?

D. H. : Foucault, dans sa critique de la normalisation, montre comment le pouvoir hiérarchise les individus. Contrairement à la société féodale, on ne classe plus les individus selon les rangs et les statuts sociaux mais on hiérarchise et on normalise des personnes censées appartenir à un seul et même rang, voire politiquement identiques. On part d’une société d’individus prétendument égaux et libres, qu’on qualifie et normalise selon des critères hiérarchisants. Ceci est la normalisation selon Foucault. On a affaire maintenant à quelque chose d’autre qui est la montée de la pensée néolibérale qui veut que chaque individu prenne sur lui les fonctions du gouvernement. Le gouvernement ne prend plus soin de chacun de nous, c’est à nous d’être responsables pour notre bien-être. Par exemple, aux Etats-Unis, on propose que les assureurs présentent des tarifs différents selon le mode de vie des gens : si on fume ou si on ne fume pas, le tarif n’est pas le même. C’est comme la conduite, pour les voitures : si on n’a pas de contraventions, si après cinq ans on n’a pas eu d’accident, on peut payer moins. Il est question de faire quelque chose d’identique pour les assurances, pour la couverture médicale : si on mange ses légumes, si on fait du sport, on devrait payer moins – pourquoi payer pour le comportement déraisonnable de certains ? Dans ce contexte, on voit une distinction entre le sujet rationnel, libre, maître de soi et son opposé démoniaque, le sujet bordélique, jouet de ses pulsions, de ses désirs, qui ne se maîtrise pas et s’éclate à tout moment, et qu’il faut, et ça c’est le volet politique, qu’il faut redresser.

J.-P. C. : Ce sujet néolibéral est un modèle qui ne correspond évidemment à aucune réalité, mais qui sert à classer et hiérarchiser les individus, les comportements, à développer des moyens de les contrôler.

« BACK IS BEAUTIFUL »



Backroom
(Tous droits réservés)

Publié le 9-15 mars 1985, dans GAI PIED HEBDO, n°160

D’APRÈS MES CALCULS astrologiques, ces lignes devraient paraître à la clôture de la cantonale. Il est donc encore juste temps de demander à tous les partis de se prononcer sur le seul point programmatique qui intéresse vraiment « la commu nau té homosexuelle » (cinq millions de votes): êtes-vous pour ou contre l’éclairage des back-rooms? J’ai bien dit : l’éclairage. Allumer une backroom, c’est la fermer. Backroom: le mot demande explication. De même que speaker ne désigne en anglais que le dignitaire en perruque qui préside à la Chambre, et non le présentateur de radio, « backroom » n’a acquis son sens, n’est devenu un idiotisme sexuel qu’en français. Les Américains, pour ce genre d’endroit, disent dark room, pièce noire, obscure, ou orgy room. Notre « Backroom » franglais laisse échapper des relents d’arrière-salle de café ou d’arrière-cuisine, reléguant l’activité sexuelle derrière les fagots.
Les premières back-rooms parisiennes n’ont été ni back (c’était au premier étage, au Daytona-La Villette) ni même room séparée (au Bronx, en 1974, c’était le couloir devant le bar). Aussi bien la connotation de « derrière, à l’arrière », a valeur inconsciente: ce qui est caché, ce que, pour en savoir l’existence, il faut deviner. L’endroit où l’on ne parvient qu’en traversant une première salle, Mystères d’Eleusis, la grotte initiatique de l’Ida.
« The only thing you have in the back of your mind » : ce slogan, apposé sous une bouteille de Coca-Cola, a servi (au temps du pop’art) de publicité pour la célèbre firme gazeuse. L’arrière du cerveau, justement c’est l’inconscient, donc le sexe. Une coupe longitudinale (disons, en suivant la suture sagittale) d’un crâne humain montre que l’inconscient est logé à l’arrière, comme un gros insecte caché dans son antre. La backroom, c’est l’inconscient du bar, de la disco, de la musique, de la lumière.
Comme la backroom est inconsciente, elle est indicible. Vous remarquerez qu’elle ne peut apparaître, dans les articles ou les discours, qu’indirectement, allusivement, injustifiable aux yeux du public non averti, la backroom l’est aussi aux yeux de ceux dont elle constitue l’inconscient (un pauvre inconscient j’en conviens): les homosexuels. D’où la gêne, lorsque les flics s’y attaquent. Comment défendre l’indicible, sans le dire? Gai Pied s’y est essayé il y a deux semaines. Sur dix pages consacrées aux « backrooms », il n’y a, pour un profane, qu’un détail qui manque : qu’est-ce donc au juste qu’une backroom ? Même ceux qui se mettent en croisade pour leur défense (les limonadiers pornocrates des Halles) n’osent franchir ce pas dans leurs « pubs ». Les Backrooms disparaîtront-elles avec leur mystère? S’il est, parmi les futurs élus, de sincères amis de la communauté, ils n’en demanderont pas plus. Ils feront éteindre les backrooms.

Trois Milliards de Pervers

 
Trois milliards de pervers, grande encyclopédie des homosexualités © 1973 Recherches/ Version numérique éditoriale © 2002 Criticalsecret & Revue Recherches.  « Recherches », inaugurée en 1966 et échue en 1982.

Avertissement : cet article était destiné à une commande du magazine gay gratuit http://www.babyboy.fr/ (non retenu) 

Extrait de l'article paru dans la revue papier

LE MILLION DE GISCARD

En 1977, Giscard d’Estaing promettait aux immigrés un million de francs s’ils rentraient au pays. Le journal Libération (pas celui qu’on connaît aujourd’hui, celui qui avait créé des pages de petites annonces de rencontres largement ouvertes aux gays et dans lequel travaillait un groupe de militants comme Guy Hocquenghem, Hélène Azera et Michel Cressole). avait laissé quelque temps auparavant le dessinateur Copi s’exprimer beaucoup plus librement que dans sa chronique du Nouvel Observateur : son personnage était un hermaphrodite libertin au doux nom de Libérett. Ce jour-là le million des immigrés fit la une de Libé. Copi s’empare du titre et fait dire à son personnage « mais par qui on va se faire enculer maintenant ». Le lendemain, plus de Liberett. D’ailleurs tout cela n’est que souvenir plus ou moins précis et je ne peux confirmer mes dires : je n’ai trouvé aucune allusion à cette affaire sur le net.
En 1973, la revue Recherches consacrait un numéro 12 conséquent à une « grande encyclopédie des homosexualités » intitulée « Trois Milliards de Pervers »  . Dès le début de cette décennie, le Front Homosexuel d’Action Révolutionnaire avait publié aux éditions Champ Libre (la maison d’édition des situationnistes – une tendance méconnue du mouvement homosexuel qui eut comme chef de file Alain Fleig et sa revue Le Fléau social) son « rapport contre la normalité » où on parodiait très brièvement le manifeste des 343 salopes  qui venait juste de paraître en le détournant ainsi « Nous sommes plus de 343 salopes. Nous nous sommes fait enculer par des arabes. Nous en sommes fiers et nous recommencerons. Signez et faites signer autour de vous. » Mais ce bref détournement  concluait un récit de deux pages intitulé « berges » du lieu où un jeune garçon frustré rencontre « une sale gueule d’arabe » un peu trop violent à son goût. Ce récit a choqué et il ne paraît qu’encadré d’un avertissement et d’un commentaire finissant par la contrition suivante : « Oui, nous sentons une solidarité d’opprimés très forte avec les arabes ».

(...) suite dans la revue papier

Considérations sur la schizo-analyse : de la sexualité


(Tous droits réservés)

Deux modes d’organisation sexuelles - génitales des machines désirantes :
· un mode à proprement sexuel disjonctif,
· un mode pseudo-sexuel conjonctif.

I.
La recherche d’un mode de jouissance disjonctive amène une subordination de l’exercice des machines désirantes à la séparation des sexes. Un couple polaire homme-femme constitue une structure de représentation qui hante la « sexualité ».
C’est à ce niveau qu’on rencontre effectivement le roc de la castration et le phallocentrisme : tout est polarisé sur une sexualité mâle comme signe polarisé de puissance.
Sur un pan de consistance polarisé homme-femme s’exerce la puissance phallique - qui peut être tenue aussi bien par une femme, un enfant, un chien, une automobile, une collection de timbres...
Donc, un territoire artificialisé, une alliance polaire  de personnes et de choses. Un corps d’alliance, un pan coupé.
Sur ce corps d’alliance tout s’inscrit selon la loi du phallus polaire biunivocisant. Le père n’est un terme second. D’abord : l’exercice dominant de la double articulation. La machine sémiotique produira secondairement du père, de l’homme, du nègre...
Tous les flux sont sous la dominance de la machine de différenciation sexuelle = machine d’alliance : les flux d’argent, les flux de femmes, les flux de caresses, la force, etc. tout concoure à rétablir et renforcer l’ordre biunivoque de la séparation manichéïste des sexes (comme pôles distributifs).

Syndiquer le contenu