N°68 Don Quichotte 2008

SOMMAIRE N°68, Figures de Don Quichotte

 

APPEL POUR LE NUMERO 68 : FIGURES DE DON QUICHOTTE

Mathilde Girard, Editorial : Ecrire déloge

Politique

Henri Guinard, Actualité du mythe de Don Quichotte

Florent Gabarron-Garcia, Marx désirant

Christiane Vollaire, Le pied de la lettre

Philippe Boisnard, Biotope de la femme politique de 62 ans

Concept

Jacques Brunet-Georget, Don Quichotte performer : lost identity in la mancha

Alain Naze, Don Quichotte. L’échappée belle

Max Dorra, La chasse aux perroquets

Manola Antonioli, Don Quichotte : le réel et son double

Emilie Charonnat, « Nous, sorciers… »

Arrigo Colombo, Don Quichotte entre rêve et réalité

Clinique

Steves Charmeux, Denis, le criquet pélerin et la nébuleuse "blues"in"

Philippe Giesberger, Rencontre avec des adolescents en pédopsychiatrie

Paulo Roberto Ceccarelli, Constructions de la réalité

Félix Guattari, Considérations sur la schizo-analyse : de la sexualité

Esthétique

Ya no hay locos, Paco Ibanez

Nathanaël Wadbled, La performativité de Don Quichotte

Anne Decamps, El Trillo... Une robe de beauté

Terrain

René Schérer, Quelques mots pour Don Quichotte

Les insensés sensibles, Squatter et publier

Thierry Lafont, Perdre corps

Christian Lamy, Les moulins à vent de la normalité

Fiction

Stéphane Nadaud, Tout passe

Grégoire Courtois, Assis ! Debout ! Couché !

Olivier Verdun, Triptyque de la chair

Rodolphe Olcèse, Théodore la Morale

Daniel de Schepper, Extrait des Lettres à l’Imaginaire

Christophe Siébert, Batman

Agencements

Antonio Veronese, Entre peinture et abîme. Entretien

ZEVS, Action... la peur au ventre. Entretien

LVE

Alain Brossat, Emile perverti : ou des rapports entre l'éductation et la sexualité

Marc Mardochée, Pour une dialectique de l’Un et de l’autre

Stéphane Nadaud, Don Quichotte pour combattre la mélancolie

Elias Jabre, La bande à Bonnot. Mémoires imaginaires de Garnier

La bande à Bonnot. Mémoires imaginaires de Garnier

 

La bande à Bonnot. Mémoires imaginaires de Garnier
Editions du Monde libertaire, Collection Pages libres, 2008

"J'ai écrit ce texte à la demande d'un ami, Nicolas Corato, qui me proposa de participer à un recueil de nouvelles qui présentaient certaines grandes figures criminelles de l'histoire de France. Mes affinités me portèrent très vite à choisir deux personnages haut en couleurs, héros emblématiques de la cause anarchiste : Ravachol et Bonnot.

J'avoue avoir pris plus de plaisir à écrire sur Bonnot et sa bande à partir des nombreux textes collectés, et notamment des Mémoires de Garnier, choisissant ce dernier comme narrateur de cette aventure extraordinaire qui défraya la chronique à la veille de la première guerre mondiale. Je suis parti d'extraits de ses mémoires que j'ai complétées en prenant la liberté de les modifier pour les fondre dans une écriture inspirée du parler "apache" de l'époque. Ma jubilation tint en grande partie au travail que je consacrais à imaginer cette langue riche et croustillante, n'ayant d'autres outils que deux dictionnaires d'argot. "

Benoît Ladarre

Don Quichotte pour combattre la mélancolie

Don Quichotte pour combattre la mélancolie (voir le site Fabula)

Françoise Davoine, Edition Stock, Collection L’autre pensée.

Ni sage, ni tempéré, le psychanalyste est fou – mais il est « un fou entrelardé de lucidité ». Moderne Don Quichotte, il s’avance dans des contrées incertaines, qui sont souvent autant de zones de catastrophes, à la rencontre de mésaventures cuisantes où il peut lui arriver de prendre des coups. De ces voyages, il vient troubler et contredire leurs versions mièvres parfois, négationnistes souvent. Il vient raconter ce dont plus personne ne veut entendre parler : le bruit et la fureur.Dans une époque où les experts en communication ne cessent de répéter qu’il n’y a plus de soucis, que tout peut être réparé – les ordinateurs, les rides, le blues –, on en oublierait presque que nous sommes mortels ! Comment se fait-il que nous soyons si déprimés, nous qui sommes si riches, si libérés sexuellement, si instruits ? Et que penser de cette PMD (« Post Modern Depression ») ? C’est au fond la question qui parcourt ce livre. Françoise Davoine y répond d’une plume alerte par le refus obstiné de la victimisation, des schématisations simplistes, des vérités prêtes à penser, par la constitution d’un gai savoir issu des livres et de la vie, éloigné des molécules et du renoncement. Ce faisant, ce livre « enfant malingre, chétif et contrefait » devient, au fur et à mesure de ses pérégrinations, savoureux et vigoureux. Il fait s’esclaffer la mélancolie. Hommage à la psychanalyse en somme !

Benoîte MICHEL-GRAZIANI, psychanalyste 

 

Action... la peur au ventre. Entretien avec ZEVS

Stéphane : J'aimerais te poser une question sur ce que je comprends de l'évolution (je ne sais pas si le terme est juste, j'y reviens) de ton travail tel que tu me l'as présenté et tel qu'on le comprend dans le catalogue de l'expo «Electroshock» que tu as faite à l'occasion d'une expo au NY Carlsberg Glyptotek de Copenhague.
Tu m'as raconté qu'enfant d'une dizaine d'années, tu faisais, «entre l'école et la maison», des tags de ta signature. Puis, dans les années 93-94 (tu as alors, si mes calculs sont bons, autour de 17 ans), devant la «seconde vague de tags à Paris» qui ne laissait plus suffisamment de place pour que tes tags soient visibles, tu as eu l'idée, t'inspirant de la force des publicités urbaines, de passer d'un nom de tag à un logo que tu as multiplié dans toute la ville - tu intègres donc alors ton activité de tagueur dans une démarche qu'on pourrait qualifier d'"artistique". Outre la séquestration d'une image de publicité pour un café italien qui t'as fait connaître du grand public, le nom de Zeus est maintenant associé aux ombres portées du matériel urbain (nous en avons reproduite une dans ce numéro) ou aux «logos liquidés» (comme celui du M d'un fast food franchisé que nous avons également dans ce numéro). Tu m'as dit, à propos de ce type de travail, que tu allais «dans le sens de la ville». Tu as également fait ce que tu appelles les «graffitis propres» où, à travers un pochoir, tu passes une partie de mur au Kärcher, le tag devenant la partie propre du mur - tu m'as d'ailleurs expliqué qu'il s'agissait d'un «retournement» obligeant notamment les entreprises de nettoyage des graffitis, pour effacer ledit tag, à nettoyer le mur entier (tu parles du «retournement» de la question de la «dégradation de la ville», le tagueur poussant les instances urbaines à poursuivre un début de nettoyage de la ville dont il est l'initiateur). Je suis désolé de ce long déroulement que j'opère, mais il est important pour te poser ma première question: le parcours que j'ai construit à partir de nos discussions est-il l'histoire (l'évolution?) d'un jeune tagueur lambda (comme les CHIZ et 1CPLK qui nous ont fait la couverture du numéro) qui est devenu un artiste reconnu comme tel (institutionnalisé) ?

Zeus: Oui. En 1992, j'évite de justesse de me faire écraser par un RER alors que je tague dans un tunnel en banlieue parisienne. Sur le train silencieux, je lis «Z-E-V-S». Ca m'avait vraiment marqué, c'était comme imprimé sur ma rétine. Du coup j'ai retourné la situation en me servant de ce nom pour marquer la ville. C'était un très bon tag pour s'inscrire haut et fort dans l'espace public.

Entre peinture et abîme. Entretien avec Antonio Veronese

 

Extrait de l'entretien paru dans la revue papier

Chimères: On vous connaît par votre action engagée auprès de jeunes des rues de Rio. Comment en êtes-vous venu à travailler avec ces jeunes? Pouvez-vous revenir sur votre parcours ?

Antonio Veronese: L’image de l’échec n’est pas obscène, obscène est l’indifférence… J’ai depuis toujours été touché par cette vulnérabilité de l’être humain. Notre perplexité devant la vie et la mort… J’imagine que ça a profondément influencé ma peinture. J’ai eu une enfance pauvre… autour de moi j’avais les visages de l’échec avec une puissance, une dramaturgie, une beauté qui surpassent la superficialité des visages de la bourgeoisie. Depuis l’âge de 11 ou 12 ans, je suis obsédé par ce théâtre expressionniste, ces personnages en dehors des règles esthétiques de la pub. En me regardant, enfant, peindre ces visages, mon entourage me croyait fou. Mais un jour, par hasard, dans ce petit village où j’habitais à l’intérieur du Brésil, j’ai découvert un livre de Modigliani et je me suis dit: voilà, je ne suis pas fou! Plus tard, à Rio, j’ai été invité à travailler avec les enfants en prison; une chance unique de rencontrer mes protagonistes. Je parlais de désespoir et pourtant je n’avais jamais touché, senti un désespoir tel que celui de ces enfants.

Ch.: Qu’est-ce qui vous a le plus marqué dans votre expérience avec ces jeunes prisonniers au Brésil ?

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