Francis Berezné

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Animo, entretien avec Michel Ndjar


(Tous droits réservés)

EXTRAIT DE L'ARTICLE PARU DANS LA REVUE PAPIER

Francis Bérezné - L’ouvrage auquel tu as donné le titre d’Animo rassemble un choix de tes travaux, les poupées, les dessins de masques, et les animaux proprement dits. En quoi tes poupées sont-elles aussi des animaux, quelle est leur part d’animalité ? Tes poupées ont une apparence inquiétante, une allure de larves, de chrysalides, est-ce que tu les penses comme des animaux ?

Michel Nedjar - C’est une bonne question. Je dis poupées, qu’il s’agisse de poupées ou de masques.

FB - Même s’il s’agit des masques que tu dessines?

MN - Pas ceux que je dessine, mais les masques en tissu. Ce doit être à cause de leur matière. Pour les dessins, je ne sais pas.

FB - Est-ce que tu penses animal, quand tu fais une poupée ?

MN - Elles ont toutes quelque chose d’archaïque, j’en suis sûr, qui remonte à l’enfance. Les poupées font partie d’une même strate de l’enfance. La poupée et l’animal sont liés, étroitement, et j’ai toujours dessiné des animaux.

Un élève indiscipliné reçoit du bâton

« révolutionnaire, il faut l’être jusqu’au bout du sexe » propos d’un lycéen, qui, dans les années soixante, nourri de littérature, ignorait jusqu’à l’existence du préservatif.


      I
Elle est mal foutue cette maison : on entre, on sort par la douche, on ne circule pas autrement. Je déteste la douche, et je déteste l’eau. Depuis des temps immémoriaux, depuis l’adolescence, j’ai une pensée pour la mort en ouvrant le robinet. S’il en sortait du Ziklon B. Car j’ai vu la faim et les corps squelettiques, mais de la chambre à gaz, je ne sais rien d’autre que la parole de mes parents, qui se prête à tous les détours de mon imagination.
On ne me fera pas croire que je dois à ce rien d’avoir reçu cent coups de bâton. Je veux dire d’avoir été arrêté sur la voie publique, en pleine bouffée délirante. Maîtrisé, allongé sur le plancher de fer d’un panier à salade, la botte d’un flic sur le visage. La semelle cloutée peut-être pas, pourtant les coups de bâton donnés, reçus, résonnent encore de ce rien, d’une insoutenable ivresse, paresse de la mémoire.

     II

Je m’essuie, je me sèche, je m’habille, je rejoins les autres pour le déjeuner. Comme chaque jour à la même heure, le même rituel : salade de tomates et d’olives, steak et fruit. La même soupe quoi. Puis la sieste, ou la peinture. A quatre heures et demie la Baronne arrive en taxi. Talons hauts, jupe courte, écharpe brodée sur les épaules, rouge à lèvres trop tapageur pour embrasser les joues fraîches de sa cadette, sa chérie : Honorine.
Pendant que mère et fille bavardent, je m’occupe à l’établi. Je bricole un fauteuil avec un vieux tonneau et quatre manches de pioche. Une solide assise pour écrire, pour peindre, pour méditer sous le pin parasol. A mes pieds un tapis d’aiguilles, qui crisse sous ma chaussure, que je scrute avec attention, dont j’attends qu’il me donne la solution. Car ce fouillis cache un ordre, j’en suis sûr, et ma vie en dépend. Si je le découvre, je suis sauvé, si dans l’instant je n’en ai pas la révélation, je suis perdu. Alors, pour ma punition, dans les branches basses du pin, Honorine taillera de son couteau trois badines pour me fouetter. Regarde, francis, regarde là-haut, tandis que tes copains te rentrent de force la discipline dans le corps, en tapant sur la plante des pieds, l’endroit le plus sensible, crois-moi, apprends ceci par cœur : les aiguilles de pin sont des petites mains vertes que la nature a soigneusement rangées dans sa boîte de fantaisie, (une boîte de terre cuite des années soixante). Bien sûr, Honorine, mais pas tout de suite, pas encore, pas toujours.
Ca ne va pas, francis ? La Baronne se penche, elle m’a cru sur le point de tomber. Je la rassure, mais non Madame, je rêvassais seulement à propos des aiguilles de pin par terre. Je voulais les voir de près. Ah mon garçon, vous m’inquiétez. Venez donc prendre le thé avec nous. Puis en revenant vers la table, son bras passé sous le mien, Tu sais, Honorine, ton jeune ami, ton élève, il a de drôles d’idées. Celles d’un artiste, maman.

Où dormir ?

 

Extrait du texte paru dans la revue papier

I

Quand je suis descendu de la camionnette qui me ramenait après une si longue absence que je ne m’en vante pas, en posant le pied sur le sol, j’étais encore tout étourdi d’avoir été conduit par un pensionnaire, par un fou quoi, à qui l’on confie les clés d’un véhicule pour le transport des pensionnaires. Si l’on compare avec la plupart des hôpitaux psychiatriques, certains dont j’ai malheureusement connu les rigueurs et l’infinie connerie, la différence est telle, le jour et la nuit, qu’il faut bien à cette différence de précieuses raisons théoriques. Sans doute y a-t-il une relation entre le principe de la libre circulation, trop généralement réprimé, qui organise la vie à La Borde, et ce qu’enseigne Jacques Lacan sur la parole, le discours, le langage, qu’il a parfois énoncé dans des formules qui me hérissent le poil. Mais il voulait peut-être que sa pensée ait la force d’un théorème, et il traçait en avant un chemin. D’ailleurs, chacun trace comme il peut son chemin. 

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