Antonella Santacroce

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Esquisse d'un voyage parmi les bûchers des âmes

 Nihil humani a me alienum puto.
(Rien d’humain ne m’est étranger.)
( Térence )

Une parole folle… Qu’est-ce qu’une parole folle ? Que dire d’elle ? Par quel biais, à l’aide de quelles obscures tournures, pourrait-on la parler ? Et qui saura mieux la traduire, la traiter (au sens scriptural du terme), afin d’en déceler Secrets et Arcanes ? Celui qui l’a vécue en son propre cœur, et qui l’a parlée de ses propres lèvres, ou celui qui la suit ? Celui qui médicalement la suit, et la traite, selon mœurs et coutumes en usage aux temps d’aujourd’hui ? En d’autres termes, mœurs et coutumes de ce précis moment historique que nous vivons, ici, dans les confins de ces espaces et lieux, que nous voudrions à jamais nôtres ?
Je dis cela car, souvent, il arrive que, même l’humain qui rechercha la parole folle en son sein ardent, et qui la pourchassa avec passion, en s’y engageant d’une façon absolue (corps et âme, entendons-nous par là), lorsqu’il en sort, lorsqu’il atterrit de nouveau sur les rivages de ce que l’on a coutume de nommer le réel, il ne peut qu’avouer ne plus pouvoir (ne plus savoir ?) la parler, la conter, cette parole, que dans et par les mots que son nouvel état le lui consent. Des mots qui ne sont pas (qui ne sont plus ?) les mots de la folie. Sa parole à elle.
L’oubli, un oubli plus puissant et mortifère que les eaux  du Léthé, ayant enlacé ses anciens dires. Une sorte de silence froid, ayant enserré sa mémoire, et l’ayant, pour ainsi dire, sombrement éteinte dans son processus vital, depuis ce moment fatidique où il cessa de gambader à souhait par ces terres, qui sembleraient appartenir si jalousement à la fuyante parole, et qui apparaissent, aux yeux ahuris des humains les plus démunis, comme étant des domaines aux issues tout à fait aveugles. (Aveuglantes, sans doute ?). Car, une fois sorti de ces anciens chemins, même celui qui avait fixé de ses propres yeux, les pupilles brûlantes ou glaciales de la parole folle, en s’y égarant, même celui qui, après un long combat, serait sorti de sa médusante étreinte, se hâtera d’en oublier au plus vite l’essence. À savoir, son surgissement mordant et souterrain, tout comme ses  hauts cris de désespoir. Ou alors, ses rires et rites, mystérieux et enfantins.

L'amour (ardente) de la liberté

Extrait de l'article paru dans la revue papier

" (...) C’est un sentiment de nature éthique qui me pousse à tracer les lignes qui vont suivre, car moi aussi, par le passé, j’ai « sombré dans la folie », comme l’on dit. Et pas que ça.
Moi aussi j’ai été hospitalisée contre ma volonté, et je  me suis refusée d’une façon têtue aux « soins », m’obstinant (oui) à ne pas vouloir avaler ces médicaments qu’on me proposait. Moi aussi, je me suis violemment révoltée, et j’ai voulu m’enfuir – dans un état d’extrême souffrance et, en même temps, d’insoutenable panique. Et je me suis enfuie, et à plusieurs reprises, de ces lieux où je me sentais enfermée, et où l’on entendait résonner l’écho d’horribles trousseaux de clefs sécuritaires, les réalisant, ces fuites, avec une astuce et une adresse qui me stupéfient encore aujourd’hui, lorsque j’y songe, et qui m’étaient dictées par le désespoir.  M’enfouir, oui, hors, loin de toutes ces enceintes, de tous ces grillages, ce qui m‘aurait à coup sûr valu, à présent, par la force de ces nouvelles lois, une hospitalisation d’office décrétée par le Préfet, l’inscription dans un fichier, l’isolement, sans doute, et j’en passe…
Et pourtant… Pourtant le premier « délire » que j’abritai dans le creux de mon cœur, au beau milieu de  ma première jeunesse, ne fut (comme le dirait Nerval) qu’un « rêve » rêvé les yeux grand ouverts, baignant tout entier dans une « douceur » aux couleurs à jamais ludiques et enfantines, et incessamment escorté et nourri d’une multitude de songes – assurément donquichottesques –, tout comme de vivantes présences littéraires.  Une sorte de « quête d’amour », qui fit culbuter de fond en comble, le renversant d’un ironique revers de la main, le vif sentiment d’injustice ressenti par le dramatique choc dont j’avais été l’objet, ainsi que par l’insoutenable hypocrisie catholique qui m’entourait, et le manque de liberté cuisant, qui étaient le lot des jeunes filles, et des femmes, qui vivaient alors dans le Sud de l’Italie.

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