N°73 meutes tiques larves

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N°73 tiques meutes et larves

Appel à textes - Meutes, tiques, larves

Sauvagnargues, Anne, Editorial

Politique
Auzias, Claire, Ciganos saudade
Brossat, Alain, Nous sommes tous des voleurs de poules roumains !
Turbarek, Laura, Les deux nomadologies et l'eurasisme

Terrain
Creton, Pierre, Secteur 545
Cormery, Anne-Claire, Ethologie de l’institution

Agencement
Heuzé, Bruno, Du devenir-insecte de l’Ipodiste
Aracagök, Zafer, Pour un principe d’incertitude sexuel(le)

Concept
Martin, Jean-Clet, Des esprits-animaux
Juffé, Michel, La descendance des bactéries
Bardini,Thierry, Devenir animal et vie aérienne. Prolégomènes à une biologie transcendantale

Fiction
Cabanis, Daniel, Sacrifice du Vacucochère
Jocz, Krystyna, Scarabée

Esthétique
Entretien avec Michel Nedjar par Francis Bérezné, Animo
Stercx, Pierre, Les émulsions gothiques deWim Delvoye
Bazin, Philippe, Larry Clarke : Le corps du délit
Pieraggi, Ange Henri, Les motifs de Vuillard
Vadori Gauthier, Nadia, devenir-animal et formation de meutes

Clinique
Bérezné Francis, A hauteur de visage
Vollaire, Christiane, The dreamers

LVE
Schaepelynck, Valentin, LVE Lapassade
Manola Antonioloi, « LVE sur Eduardo Viveiros de Castro, Métaphysiques cannibales, PUF

devenir-animal et formation de meutes


>>>>>>>>>>>>> http://www.leprixdelessence.net/
>>>>>>> images extraites de la vidéo 4 Jaune/yellow, série monochrome animals. Nadia Vadori Gauthier - Le corps collectif

Le devenir n’est pas imaginaire, ni abstrait. Il ne peut pas se concevoir de l’extérieur par succession d’images. Il est affect, désir, multiplicité. Il est le plan de consistance. Il passe par l’expérience directe du mouvement, il suit une ligne dérivative qui déferle, inclut dans son mouvement l’ensemble de la création. Elle crée des continuums d’alliances entre les règnes et les espèces comme autant de plateaux d’intensités.

Le devenir-animal, ce n’est pas devenir-un-animal, ni faire l’animal, ou ressembler à un animal, ni imiter un animal, ou encore croire que l’on est un animal ou se déguiser en animal1. L’animal n’a pas besoin d’être identifié. Ce n’est en aucune façon représenter l’animal. Nul besoin d’ailleurs de savoir de quel animal au juste il s’agit. 

 

Secteur 545

Pierre Creton
Cinéaste, ouvrier agricole
Une trilogie en pays de Caux : Paysage imposé - Secteur 545 - Maniquerville : trois films de Pierre Creton, éditions Capricci, coll. « que fabriquent les cinéastes » (DVD à paraître)

Secteur 545

Le secteur 545 désigne dans le pays-de Caux les limites dans lesquelles Pierre Creton, peseur au contrôle laitier, exerce son activité auprès des éleveurs qui en font la demande. Par ailleurs cinéaste, Pierre Creton, occupant donc à la fois la place d’acteur et de témoin, enregistre les moment d’une vie rurale au plus loin de tous les clichés pittoresques. Sa familiarité, son attention et sa patience permettent qu’au milieu des vaches se glissent bien des interrogations. L’une d’entre elles, explicitement adressée aux éleveurs, sert de fil conducteur au film: entre l’homme et l’animal, quelle  différence?

Juillet 2001. Je réponds à une petite annonce dans l’Union Agricole : Organisme de Conseils Laitiers et de Contrôle de Performances en Elevage de Haute-Normandie cherche agent de pesée sur le secteur 545 entre Goderville et Fauville-en-Caux. Peser, j’ai vu faire ça chez un ami. C’est exactement le travail que je veux faire. Aller dans vingt à vingt-cinq fermes par mois, toujours les mêmes, à l’heure des traites, matin et soir. 
Jean-François Plouard, le contrôleur laitier de ce secteur m’engage comme agent de pesée.
 Jean-François :
 - Alors, vous avez posé votre candidature pour le poste de peseur ?
 Pierre :
- Oui.
 Jean-François :
- Vous savez de quoi il s’agit ?
 Pierre :
- J’ai vu quelqu’un faire ça chez un ami. C’est exactement le travail que je veux faire.
 Jean-François :
- Et vous avez une expérience dans l’agriculture ?
 Pierre :
- Je viens d’être embauché comme vacher de remplacement.
 Jean-François :
- Ah oui, d’accord. Oui, donc vous connaissez la vache laitière.
Peser consiste à l’aide d’appareils True-test à savoir combien une vache produit de kilolitres de lait. Elles peuvent produire pour les plus rentables jusqu’à soixante litres de lait par jour. Un échantillon de chacune est prélevé et analysé en laboratoire. Ainsi l’éleveur sait précisément la quantité et la qualité du lait de chaque vache de son troupeau. Ce service s’effectue à la demande de l’éleveur.
True-test-camera, combien une caméra numérique DV produit-elle d’images par seconde ? Qualité : basse définition. Je décide d’utiliser cette camera comme un crayon mine de plomb 6B. Noir et blanc.
De plus ces petites caméras numériques, machines de guerre, permettent de travailler seul et à peu de frais, sans avoir recours à l’industrie lourde du cinéma. Pas de « on tourne », pas de « couper ». Un atelier léger, dehors, ouvert sur le réel. Plans fixes, camera sur pied ou à main levée, la trace d’un geste qui saisit la forme, dans un mélange de rigueur et de négliger.
Très vite après l’embauche au Contrôle Laitier j’ai le désir de filmer les éleveurs, je demande à tous sans exception de participer, sans faire de tri, de casting. Ce ne sera pas le cinéaste qui les filme, mais le peseur, celui qui partage leur quotidien.
Le travail de Jean-François consiste à passer chez l’éleveur après la pesée pour un service technique: des conseils d’alimentation, de génétique et logistique de production. Le secteur où nous travaillons est socialement assez large, allant de la plus petite exploitation, vingt vaches (en dessous ce n’est plus vivable) à une centaine de vaches. Le matin après la traite nous nous retrouvons dans la cuisine, l’éleveur, Jean-François et moi autour d’un petit-déjeuner, moment intermédiaire entre travail et intimité (la maison, la famille ou le célibat, le revenu, les habitudes de vie).
Les plans auxquels j’ai le plus pensé avant de commencer ce film (presque une année - période de repérages) sont les plans fixes dans les salles de traite. La camera est à ces moment-là est un outil parmi ceux de la pesée, posée sur pied à l’entrée de la fosse. Je sais à peu près tout ce qui peut se passer au premier plan, et ce qui apparaîtra surprenant, le passage des éleveurs et des bêtes. Je répète ce cadre presque systématiquement dans chaque ferme ; l’aspect mécanique et régulier, accentué par les pulsations rythmiques de la machine à traire me semble très important. Les vaches m’intéressent comme troupeau, et les éleveurs comme communauté.

Devenir animal et vie aérienne. Prolégomènes à une biologie transcendantale



("Ça manque encore d’air, et pourquoi donc ne pas s’élever, et filer vers l’aérien? ")

Extrait de l'article paru dans la revue papier

« Mes réflexions avaient suivi une pente que je décrirai plus tard et j’avais déjà tiré de la ruse apparente des fleurs une conséquence sur toute une partie inconsciente de l’œuvre littéraire, quand je vis M. de Charlus qui ressortait de chez la marquise ».
Marcel Proust, Sodome et Gomorrhe I.

Meutes, tiques, larves, énumère le thème de ce numéro, pour une injonction : « passer de l’animal à la pluralité des meutes, aux différences disqualifiées, imperceptibles, à l’immature. » Un numéro, donc, sous le signe du devenir animal, puisque ce passage est déjà anticipé dans Mille Plateaux :
(1) « Dans un devenir animal, on a toujours affaire à une meute, à une bande, à une population, à un peuplement, bref à une multiplicité »  (MP, 292),
et
(2) « Chaque multiplicité est déjà composée de termes hétérogènes en symbiose » (MP, 305).

De ce « toujours », de ce « chaque », on déduira aisément cette troisième proposition syllogistique :

 (3) Un devenir animal, c’est une histoire symbiotique entre termes hétérogènes.

Les deux nomadologies et l’eurasisme




Voir aussi le site : esprits nomades

Extrait de l'article paru dans la revue papier

(...)

Par tragédie du multiple ou, mieux, de la multiplicité, j'entends la situation d'un individu qui s'est retrouvé en marge. Car, quand on parle d'une meute humaine, être exclu de la meute est une angoisse sociale, une horreur. L'historien russe Lev Gumilev, qui a écrit au cours des années 1960-1990 des ouvrages consacrés à l'histoire des relations entre la Russie (sédentaire) et la steppe (nomade), a décrit l'ethnos comme une sorte de meute humaine, comme un pont entre meute et société, entre nature et culture. Les formes sociales dites tribus ne sont à ses yeux que des ethnos purs. Puisque la société nomade a une composition tribale, il choisit d’analyser sa dynamique comme étant proche de la dynamique naturelle. La théorie gumilevienne de la biosphère et de l'« ethnogénèse » prend en compte la dépendance de la société  vis-à-vis de son environnement.

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