Flore Garcin-Marrou

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Editorial

Extrait de l’édito
Lorsque nous nous sommes intéressés à un tour du monde des groupes se réclamant de la pensée de Gilles Deleuze et Félix Guattari, nous avons découvert l’activité schizoanalytique collective de Gregório Baremblitt et les différentes institutions qu’il a créées. De plus, nous sortions d’une année de lectures collectives de Chaosmose et de philo-performances qui nous avaient alertés sur l’affinité entre certains théâtres et la pensée de Guattari. Nous avions commencé à redécouvrir le théâtre de Félix Guattari.
Apprendre que Gregório Baremblitt avait mis au point le schizodrame comme dispositif de recherche et d’intervention clinique nous semblait s’inscrire dans la suite logique des travaux en cours de Chimères. Ne peut-on percevoir notre société comme un entremêlement de schizodrames, comme un champ de forces opposées dans lequel chacun ou chaque groupe ont à construire sa propre dramatisation, sa propre ligne de fuite ? La théâtralisation récente des manifestations politiques, notamment des manifestations altermondialistes, avec l’usage de masques, de marionnettes, de slogans satiriques, indique cette nouvelle importance de la dramatisation dans le traitement des situations politiques.
Nous avons baptisé notre numéro « Squizodrame et schizo-scènes » pour rassembler dans une même production la pratique latino-américaine du squizodrame (transcrit squ-) et la diversité des tentatives théâtrales qui se sentent proches de la schizoanalyse de Deleuze et Guattari (notée sch-) sans se concevoir comme des applications. 
Créations théâtrales avec des prisonniers et/ou des fous, accueil de Rroms, théâtres-forums sur des questions politiques complexes, poésies, images, textes, corps, villes, rêves, concepts dialoguent avec l’interventionnisme latino-américain pour tracer une nouvelle cartographie partielle du deleuzo-guattarisme tel qu’il se pratique de part et d’autre de l’océan atlantique.
Symptomatologie de dramaturgies qui nous aident à penser un « théâtre clinique », un « schizo-théâtre » et le renouveau d’un théâtre politique, dont s’emparent d’autres générations de militants, en écho aux soulèvements des populations arabes, sud-américaines, européennes, appelant à l’agencement des inconscients et à l’émancipation des consciences.
Anne Querrien, Flore Garcin-Marrou, Marco Candore, rédacteurs en chef du n° 80 de la revue Chimères. 

Théâtre(s) clinique(s)


La Borde 2009-représentation théâtrale-15 août-copyright Flore-Garcin-marrou


(…) c’est aussi dans la Présentation de Sacher-Masoch que s’agencent tout particulièrement la critique et la clinique. Alors que les écrits de Sade se prêtent à l’analyse structurale de Barthes, l’énonciation à l’œuvre chez Masoch, selon Deleuze, s’y refuse. Pourquoi ? Deleuze entreprend une classification, une symptomatologie à la recherche, non pas de ce qui fait système, mais plutôt de qui fait symptôme, et qui dénote d’une participation de la clinique à un certain type de critique littéraire : on pourrait alors parler d’une critique-et-clinique.
(…) Alors que la critique littéraire utilise la grille d’analyse structurale statique, binaire, l’attachement à une symptomatologie littéraire permet de rompre avec la représentation structurale, de se détacher du tout signifiant. Alors que Sade envisage le désir comme une représentation mimétique (en imaginant des tableaux), Masoch envisage le désir comme productions de conflits, où un contrat est passé entre le dominant et le dominé. Il ne s’agit plus de représentations de saynètes, de théâtre de la répétition sadienne, mais de rites, traduits par un langage performatif, ponctué de mots d’ordre traduisant la violence de la sexualité et du monde : un théâtre de la différence, où Masoch possède « l’art du suspens », qu’il soit esthétique (les personnages subissent des suspensions physiques) ou dramatique (la femme-bourreau prend toujours une pose avant d’ouvrir ses fourrures)...
(…) Il n’est pas rare de lire que le théâtre du corps s’oppose au théâtre de textes, qu’un théâtre critique (brechtien) s’oppose à un théâtre clinique entendu comme théâtre laboratoire où prime l’expérience, où le geste est authentique, où le corps ne ment pas : un théâtre qui se méfie des mots et de l’intellectualité. (…) Cette opposition clinique/critique (…) mérite d’être discutée : un tel dualisme pouvant être rapidement contesté par l’inter-relation deleuzienne entre critique et clinique. Si le théâtre clinique rend visible les symptômes des passions, des rapports humains, un tel diagnostic du corps humain, du corps social contribue à éveiller les consciences citoyennes. La critique et la clinique sont bien les deux faces d’une même chose.


Flore Garcin-Marrou est docteure en Littérature française de l’Université Paris-Sorbonne, auteur d’une thèse sur « Gilles Deleuze, Félix Guattari : entre théâtre et philosophie ». Elle a créé un laboratoire, le LAPS, dédié à l’étude et à l’expérimentation de cette relation théâtre/philosophie : http://labo-laps.com/. http://floreblog.com/
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