Concept

Don Quichotte performer : lost identity in la mancha

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« Où l’on rapporte l’aventure du braiement et la gracieuse histoire du joueur de marionnettes, ainsi que les mémorables divinations du singe devin »


Lost in la mancha (Tous droits réservés) 

Lost in la Mancha… Tel est le titre du making of retraçant la tentative avortée de Terry Gilliam pour adapter le Don Quichotte de Cervantes. Chronique d’un naufrage, ce documentaire décline l’expérience de la perte sous tous ses aspects (ratages d’organisation, manque de confiance et conflits personnels, tempête catastrophique, blessures…). Le livre lui-même, si dense qu’il semble impossible à ramasser dans un tout, invite à un tel sentiment de perte : perte d’orientation dans le voyage et dans l’errance, perte de la raison - ou du réel - dans les extravagances chevaleresques, perte de sens dans l’ambiguïté même de la quête… Je me suis, moi, laissé perdre dans les méandres de la lecture, d’une lecture qui m’amène au seuil d’une étrange hôtellerie, celle des chapitres vingt-cinq à vingt-sept de la seconde partie (...)

Lisons ces trois chapitres à l’aune d’une catégorie éminemment contemporaine, celle de performativité. (...)

les performatifs sont des énoncés qui produisent une action, étant entendu qu’il ne suffit pas de prononcer des mots pour considérer l’acte comme exécuté, mais qu’il est nécessaire que les circonstances soient appropriées. Les énoncés performatifs doivent donc être replacés dans les circonstances dans lesquelles ils sont prononcés pour qu’on puisse juger de leur succès ou de leur échec. Reprise au-delà du cadre de la pragmatique linguistique et considérablement modifiée, la question du performatif se trouve au cœur de certains projets critiques contemporains. Je voudrais déployer, sur la crête du texte de Cervantès, les harmoniques véhiculées par le concept de performativité en le mettant en tension avec la compréhension de l’identité subjective. Croisant la psychanalyse, l’analyse logico-linguistique et certaines hypothèses deleuzo-guattariennes, il s’agirait de dégager la force spécifique et les équivoques des modes de subjectivation - y compris de subjectivation corporelle - corrélés au performatif. En restant suffisamment à l’écoute du texte pour le laisser mettre à l’épreuve les catégories qui orientent sa lecture (...)




De-vir - Fauller - Cia. DITA (Tous droits réservés)

Emile perverti : ou des rapports entre l'éductation et la sexualité

 
Emile perverti : Ou des rapports entre l'éducation et la sexualité
"Selon l'auteur, la pédagogie moderne s'est fondée sur l'exclusion du désir dans la relation enseignante. Ce refoulement, sous-tendu par toute une littérature psycho-pédagogique, a un effet normatif sur la psyché et le corps des adultes en devenir, érigeant en modèle la famille nucléaire, à fonction reproductive."

Extrait de l'article paru dans la revue papier

"Ce que j’admire en tout premier lieu chez toi, cher René, c’est une qualité que je situerais volontiers au delà du courage ou de l’esprit de résistance et que je nommerais volontiers, à mes risques et périls « innocence ». Je dis « à mes risques et périls », parce que je n’ignore pas ce que ce mot « innocence » peut avoir de suspect ou de malsonnant, surtout dans ce discours où je m’adresse à toi en tant que tu es mon aîné et m’as précédé de plusieurs pas dans l’emploi que nous occupons tous les deux – celui de préposé à la philosophie.
Mais « innocent », je veux dire, il faut l’être, dans un sens radical, pasolinien si l’on veut, pour rééditer comme tu le fis en 2006, et avec une préface offensive encore, un livre aussi insupportable à l’époque que ton Emile perverti. Et innocent veut dire ici doté d’une si souveraine indifférence à l’ordre des discours dans son état présent, aux dispositions actuelles du public,  que l’on en vient à se demander si ce sang-froid ou cette superbe ne se confondent pas, tout simplement, avec une pure et simple ignorance ou méconnaissance des dangers encourus. Ce que je nomme innocence ici, ce serait cet état d’indistinction entre courage, vaillance, et, disons, une forme d’ « inconscience » que je tendrais à rapprocher (à mes risques et périls à nouveau) de ta bien connue « sourde oreille » : ne percevant que de manière lointaine, sélective ou tamisée la rumeur du monde, tu serais mieux immunisé que le commun d’entre nous contre le bruit agressif de la Bêtise (Flaubert, Deleuze…).

Don Quichotte. L’échappée belle.




(Extrait de Gigi, Vincent Minnelli, tous droits réservés)

Introduction de l'article paru dans la revue papier. 

Il se peut que le pire cauchemar consiste à être pris dans les filets du rêve d’un autre. Deleuze en évoquait l’éventualité, à propos du cinéma de Minelli. C’est possible. Etre happé au sein du récit d’un autre, ce serait alors être annexé à son désir. Car au fond, on sait bien qu’on ne peut désirer qu’au sein d’un récit, les histoires d’amour sont là pour en témoigner ; et les histoires d’amour qui commencent mal sont précisément celles qui ne parviennent pas à se constituer en récit, celles en lesquelles les protagonistes désirent au sein de récits parallèles. Don Quichotte, sous ce rapport, construit son désir en référence aux histoires de chevalerie, et en cela il fait œuvre singulière, chacun étant susceptible de s’emparer de ces textes pour en faire un élément de son propre désir, selon des agencements à chaque fois propres. Sauf à penser le désir comme émergeant ex nihilo, on peut considérer que Don Quichotte, se faisant « chevalier errant », n’est pas prisonnier d’un rêve qui n’est pas le sien, mais construit bien son propre rêve, à partir des récits de chevalerie qu’il a littéralement dévorés. Cette fiction semble cependant ne pouvoir fonctionner qu’à la condition que les éléments annexés à son propre désir ne manifestent guère de velléités d’autonomie, ou plutôt que celles-ci puissent être intégrées au récit, et ainsi digérées sans mettre en déroute cet univers. Mais après tout, l’amoureux lui-même ne réalise-t-il pas continûment de tels arrangements avec ce qu’on appellerait le monde extérieur, et qui pour lui est tombé dans cette indistinction intérieur / extérieur à laquelle on donne parfois le nom de folie, ou plus exactement de mélancolie (et qui serait le signe même par lequel on reconnaîtrait en l’œuvre de Cervantès le premier roman moderne) ? Sans doute, mais les aventures de notre « ingénieux hidalgo » sont malgré tout bien loin de réduire l’ensemble des personnages intervenant dans l’action à de simples ombres, à commencer par le fidèle Sancho, dont le propre désir se mêle intimement à celui du chevalier, sans pour autant se confondre avec lui. En ce cas, le pire cauchemar ne serait-il pas plutôt d’être sans possibilités de récit ?

La chasse aux perroquets


(Douanier Rousseau - Tous droits réservés)

Ébauche d’un dictionnaire des idées reçues et des formules absurdes employées dans les médias

Article paru dans LE MONDE en date du 13-14 juillet 08

Actionnariat salarié. Merveilleuse invention : plus les salariés seront exploités, plus leurs actions vont monter.

Classe politique. Cette formule absurde, constamment employé sur les grands médias, illustre bien le véritable négationnisme dont sont l’objet les classes sociales.

Communication. Manipulation. Les « experts » en « communication », transfuges universitaires à égale distance du marketing et de la psychanalyse, ont pris, auprès des hommes politiques, la place des astrologues de cour qui jadis conseillaient les princes. Cf. Image.

Détail. Tout ce qui a transformé le monde – découverte scientifique, théorie philosophique nouvelle – a surgi d'un fait particulièrement gênant que l'on s'était efforcé de méconnaître. Le XXe siècle, c'est peut-être autour d'Auschwitz qu'il a pivoté, ce « détail » comme dit l’infâme, monstrueusement éclairant. Cf. Retour du refoulé.

Dure [Position — ]. Confrontée à « position molle » lors d'un conflit, d'une négociation (« faucons » et « colombes »). Clivage paresseux qui, privilégiant les réactions de prestance, dispense d'analyser les données réelles d'un problème. Élites. Auto-désignation, par opposition aux « petites gens » ou aux « gens ». Cf. ces mots.

Don Quichotte : le réel et son double

 
Le chronotope ou «temps-espace » est une catégorie de forme et de contenu basée sur la solidarité du temps et de l'espace dans le monde réel comme dans la fiction romanesque. La notion de chronotope fond les «indices spatiaux et temporels en un tout intelligible et concret». C'est le «centre organisateur des principaux événements contenus dans le sujet du roman.
(Gardes-Tamine, J. / Hubert, M-C.: Dictionnaire de critique littéraire, Paris: Armand Colin, 1993 p. 35-36]

Extrait de l'article paru dans la revue papier

"(...) Pour Lukásc, le roman constitue cependant une réelle forme esthétique parce que, dans une perspective très hégélienne, il traduit « la véritable situation actuelle de l’esprit » et que l’inachèvement essentiel de son contenu n’exclut pas des formes multiples et disparates d’achèvement formel : « La composition romanesque est une fusion paradoxale d’éléments hétérogènes et discontinus appelés à se constituer en une unité organique toujours remise en question . » Les héros de l’épopée ont « les dieux comme compagnons de route » : les chemins qu’ils parcourent au cours de leurs aventures, même tragiques, sont tracés d’avance. Les dieux du roman sont des dieux déchus, des dieux interstitiels, donc des démons : leur pouvoir ne cesse d’agir, mais il ne réussit pas à pénétrer et à façonner le monde. Le chemin doit désormais être inventé, tout comme le langage et la position de l’auteur face à son récit, la forme singulière de son « exotopie » (pour utiliser une notion philosophique et narratologique de Mikhaïl Bakhtine). Pour Lukásc, le roman est donc « l’épopée d’un monde sans dieux », et la psychologie du héros romanesque est démonique. Dans le monde épique, le  héros et le lecteur savent d’avance que les dieux l’emporteront sur les démons (appelés les « divinités de l’obstacle » dans la mythologie indienne) ; les héros et les lecteurs du roman n’ont plus aucune certitude.
La nouvelle inadéquation du héros face au monde peut présenter ainsi deux formes principales : l’âme s’étrécit ou s’élargit, elle est plus « étroite » ou plus « large » que le monde extérieur. Si la deuxième forme caractérise les héros romantiques, pour lesquels le monde est toujours inadéquat et trop mesquin face à leur idéal, la première caractérise de façon exemplaire la position de Don Quichotte, héros de l’« idéalisme abstrait » selon Lukásc, victime d’une disposition intérieure « démonique » qui oublie toute distance entre l’idéal et le réel et croit que la réalité ne correspond pas à ses voeux parce qu’elle est ensorcelée. Privé d’intériorité, ce type de héros ne perçoit plus l’écart qui le sépare du réel, et vit dans l’illusion de pouvoir l’abolir sans le surmonter.

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