Extrait de l'article paru dans la revue papier.
Dans Mille plateaux, Gilles Deleuze et Félix Guattari affirment l’exigence de percevoir l’imperceptible. Or une telle perception paradoxale met au jour en même temps qu’elle maintient le statut immédiatement problématique de la notion d’« invisibilité ». Que les termes mêmes d’invisible ou d’imperceptible existent pose effectivement un problème. Comment peut-on désigner quelque chose qui ne peut être perçu ? Si l’imperceptible n’est pas seulement renvoyé à la relativité de la perception, autrement dit renvoyé à ce qui serait perceptible pour autrui, ou en vertu d’un seuil différent de perception (l’œil de l’aigle ou celui du microscope par rapport à l’œil humain), s’il est envisagé en tant que tel, alors il faut penser quelque chose qui n’est, en quelque sorte, ni être ni néant, ou bien les deux à la fois, qui existe et n’existe pas, mais qui pourtant « insiste », « subsiste ».
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Extrait de l'article paru dans la revue papier

Extrait de l'article paru dans la revue papier.
Tiré du « Dictionnaire de Réalité Stratégique » de Konrad Becker (à paraître chez Autonomedia, 2008). Traduction par Ewen Chardonnet.
"Enterrés vivants
Il y a quelques siècles, le développement de l'imprimerie, qui permettait la copie en grand nombre de tracts et d'affiches, n'était pas très bien vu par les autorités. Les pamphlétaires considérés comme trop zélés finissaient vite sous la potence. Ainsi, en essence, l'introduction du « copyright » fut une privatisation de la censure qui permettait de répondre à l'invention de la presse à imprimer. Et pour faire taire les révoltes et les révolutions qui tiraient avantage de ce nouveau médium, le « Statute of Anne » de 1710 (ou Copyright Act mis en place par Anne Ière d'Angleterre pour rémunérer les auteurs, ndt) accorda des licences de monopole d'impression aux compagnies d'imprimerie et aux marchands de livres.
Aujourd'hui la capacité qu'offrent les réseaux numériques de produire et distribuer des copies, permet des possibilités incroyables d'échange virtuel illimité de contenu culturel et de circulation de la connaissance pour le bénéfice de l'émancipation des êtres humains. La même technologie autorise les nouvelles élites féodales de l'âge de l'information à créer des disettes et à retourner la situation contre le public. Alarmées par les idées, les images et les sons qui se disséminent en suivant leur propre cheminement au lieu d'être scellés dans les caveaux des monopoles intellectuels, elles utilisent les nouveaux outils de partage comme des armes d'exclusion contre les biens culturels communs. Exploitant les possibilités structurelles de commande et de contrôle de technologies qui furent à l'origine pensées selon des objectifs militaires, elles gèlent la connaissance dans les abîmes sombres des portfolios privés.
Le contrôle hégémonique de la peur et du désir des sociétés basées sur la connaissance dépend des technologies de contrainte de l'autonomie de la mémoire. Les technologies de gestion des restrictions sont construites sur des modèles de contrôle des entrées et des sorties plutôt que sur l'imperméabilité des frontières. Ce qui passe et pourquoi, quel quota pour quel effet autorisé – sont les variables définissant des régimes d'exclusion.
Au-delà de la tâche qui consiste à fabriquer de la croyance, comme dans le spectacle de la représentation, le pouvoir consiste de plus en plus à imposer le silence. La relation ritualisée de la représentation consiste en la fabrication de la croyance en contrôlant la forme de ce que les personnes voient et entendent. Les nouveaux systèmes de contrôle sont basés sur des abstractions médiatiques qui produisent du silence, en prévenant les personnes de répondre et en éliminant les processus d'échange. Ainsi, le contrôle social est de nos jours basé sur des techniques pour faire taire plutôt que sur le déploiement de représentation persuasive, contraignant au silence non seulement les voix, mais également les esprits. Au lieu d'induire des états d'esprits névrotiques ces Contes de la Crypte provoquent des schémas dépressifs. Les zombies ne font aucun commentaire quand un mort se lève et marche. Le Maintien de la Paix Culturelle impose le silence des tombes dans les guerres inavouables de la paranoïa publique où chaque bruit fait illusion de subversion. Nous sommes enterrés vivants par les technologies culturelles et les systèmes de domination symbolique et notre silence signifie notre défaite. (...)"
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Voir aussi : Konrad Becker : http://t0.or.at/ + http://world-information.org/
Sur Ewen Chardonnet, son traducteur : http://semaphore.blogs.com/ + http://ellipsetours.free.fr/)
Extraits de l'article paru dans la revue papier.
Il s’agirait, une fois encore, d’en revenir à la question du théâtre, ou plutôt de laisser revenir la question du théâtre, de laisser place au revenant, au spectre qui, de la scène, bien que ne s’adressant pas au spectateur, est entendu de lui. Il s’agirait d’en revenir, une fois encore, à la question du théâtre comme espace de la spectralité, parce qu’en lui se tisse ce nouage entre parole et apparition, cette conversion de la parole en images.
Extraits de l'article paru dans la revue papier.
"Les deux versions de l’imaginaire
En 1955, dans L’Espace littéraire, Blanchot place l’écriture littéraire sous le signe de la fascination provoquée par l’image. La fascination est ainsi opposée à la maîtrise traditionnellement attribuée à la vue : voir suppose une distance qui évite le contact et la confusion, qui permet la rencontre et la maîtrise de l’objet ; la fascination relève au contraire du domaine d’un voir qui ne saurait plus se soustraire à un contact saisissant, où ce qui est vu s’impose au regard. D’après une conception courante, l’image viendrait après l’objet qu’elle re-présente, dans un après qui suppose une subordination ontologique en même temps qu’un rapport chronologique, tout comme le langage poétique ou littéraire viendrait après le langage quotidien destiné à la « communication » et à la transmission de messages. Le questionnement de l’image littéraire conduit Blanchot à une réflexion plus vaste sur le statut théorique de l’image, qui vise à mettre radicalement en question justement l’après qui semble marquer son destin philosophique. Le déplacement de la notion d’image, requis par une réflexion sur l’expérience littéraire, aboutit au concept d’une image caractérisée par sa capacité d’introduire l’absence au sein de la présence et par une ambiguïté fondamentale.
Dans son texte sur « Les deux versions de l’imaginaire » Blanchot s’inscrit dans le sillage d’une analyse phénoménologique de l’imaginaire dont on trouve des indications chez Husserl, reprises et développées ensuite par Sartre dans L’Imaginaire, en 1940. (...) "
" (...) La caractéristique essentielle de l’image « c’est une certaine façon qu’a l’objet d’être absent au sein même de sa présence » . La conscience imageante présente un surplus de spontanéité par rapport à la conscience perceptive, puisque l’image est produite par une activité consciente, traversée de part en part d’un courant de volonté créatrice. Même quand la conscience semble être fascinée par l’image (comme dans les images hypnagogiques, que Sartre analyse longuement), sa captivité est toujours une captivité consentie : elle peut toujours choisir de résister, « il reste en mon pouvoir de secouer cet enchantement, de faire tomber ces murailles de carton et de retrouver le monde de la veille » . Dans tout l’essai, il s’agit pour Sartre de sauvegarder la dimension d’activité et de spontanéité de la conscience, face à des expériences qui semblent la mettre radicalement en question, comme les images nées du sommeil ou de la lecture d’un roman. S’il établit une différence essentielle entre la perception et l’image, il insiste également sur la proximité entre image et concept, et définit à plusieurs reprises l’image comme « une conscience dégradée de savoir ».