« Qu’est-ce que la « Beauté », la « Laideur » de la figure humaine, du visage humain, malgré les impossibles énoncés des premières ou dernières heures ? Quelle est la spécificité de ce spectacle, par rapport à celle d’un ciel étoilé ou bien celle de la surface d’un marbre rare ? Ou même par rapport à celui des objets « d’art », toile peinte ou rampe d’escalier ? Voilà la question autour de laquelle nous allons tourner ici. – Il faut préciser que « Beauté » et « Laideur » sont ici entendus comme dans la rue, sur la place publique, avec leurs sens trop évidents et communs de « belle femme », de « sale gueule », etc. ; nous n’étudions pas ici l’usage sophistiqué, paradoxal, et minoritaire, qui trouve « beau » une blessure sanglante, le ventre d’un poisson mort, etc., entre autres objets « sublimes » ! [...] »
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« Au début, bien sûr, il y a eu Fontaine signée « R. Mutt ». Il n’est pas indifférent que l’oeuvre inaugurale, fondatrice de l’art conceptuel ait été un urinoir. Il faut donc se rendre à cette évidence que Marcel n’a jamais considéré la thématique de l’urine comme tabou, répugnante ou indigne de l’histoire de l’art. Pas plus d’ailleurs, que Rembrandt, Rubens, Jordaens, Saraceni, avant lui, ou Picasso et Matta après lui. D’ailleurs le portrait « Matta-rébus » – que Duchamp fit de son ami Matta – « Tout-à-l’égout, son dans la natte, ur » se réfère probablement aux peintures murales exécutées par Matta pour le bar de l’hôtel de Caresse Crosby, à Long Island (que Duchamp et ses amis new-yorkais ont fréquenté pendant les années 40), peintures dont les titres « botaniques » étaient aussi éloquents qu’explicites : Pisse-t-il ? et Pisse-t-elle ? [...] »
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JEAN DUBUFFET AVAIT QUALIFIÉ D’« ART BRUT » une période historiquement datée de la production plastique des malades mentaux internés dans les hôpitaux psychiatriques. Période approximativement clôturée par l’invention des « tranquillisants » au milieu des années cinquante. Indépendamment du jugement que l’on pourrait porter sur cette façon de circonscrire un courant d’expression artistique, il faut bien admettre que beaucoup de choses changèrent, par la suite, dans le domaine de la psychiatrie et de ce qu’il est convenu d’appeler « l’hygiène mentale ». Les H. P. furent relativement humanisés ; leurs portes s’entrouvrirent et la psychiatrie devait tenter, avec plus ou moins de bonheur, de s’implanter dans la cité.
De leur côté, l’art et la culture, sous leurs formes quelquefois les plus contemporaines, telles que la photo, le cinéma, la vidéo, firent une timide entrée dans le monde des institutions psychiatriques, voire même dans les traitements. De tout cela il résulte qu’aujourd’hui il ne paraît plus tout à fait fondé de séparer les productions faites au sein des institutions psychiatriques et celles des artistes et des amateurs ordinaires, je veux dire sans qualité psychopathologique attestée ! Et peut-être même que l’Art et la Folie, ou plutôt les folies, car elles sont nombreuses et relèvent de « genres » bien différents, sont appelés à traverser, plus qu’à n’importe quelle autre période, de secrètes zones d’affinités, qu’il leur appartient de transformer en entreprises d’explicite complicité.
« VOICI QUELQUES EXTRAITS d’une discussion publique, à Tours, le 14 février 1987, lors de la semaine du cinéma…
Ces quelques réponses, dans un débat public, ne sont que de brèves remarques. Il faudrait, bien sûr, les développer. Mais est-ce bien le lieu, le moment de le faire ? Reprendre quelques points, ouvrir un peu plus quelques fenêtres sur un site toujours à questionner, toujours à déblayer, à débarrasser des scories d’idéologies lourdes, faussement naïves, lourdes d’habitudes ancestrales entretenues.
« L’émergence » ne devrait être que la manifestation du paraître d’un retrait : l’« élan retenu », dont parle Francis Ponge à propos des herbes de sa « Fabrique du pré ». Aller là où se passe quelque chose qui ne soit pas morne répétition, dans le pur « rassemblement » du rythme. Matériau le plus « matériel » qui soit, ce avec quoi on doit compter pour ne pas glisser vers des constructions intellectualistes, grumeaux d’aliénation sordide qui pavent le discours moderne.
Il s’agit ici d’un « commerce », dans tous les sens du terme : Umgang, comme le dit Viktor Von Weizsacker, où un va-et-vient maintient le rythme de « l’homme qui marche » de Giacometti, évoqué quelque peu dans ces réponses. Garder les pieds au sol afin de s’accorder avec ce qu’on nomme le « pathique » ; « lieu par excellence », comme nous le disait une jeune schizophrène encore toute surprise de son bouleversement existentiel. Tout est encore à dire, même dans un silence entendu. Peut-on encore créer le sentier du sens ? Il s’agit en effet de création, de rythme, de mise en forme, « d’enforme », comme le disait Lacan. [...] »
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« Ces dernières semaines, j’ai terminé les tableaux de cette série commencée en septembre — 70 toiles au total — tout en réfléchissant à ce que signifient pour moi ces peintures où « il n’y a presque rien » pour reprendre l’expression de Fromanger. Je dirais que ce « presque rien » est un « rien-libéré ». Un peu comme ces blancs du langage qui le rythment, l’interrompent, de ces accidents, ces lapsus, ces actes manqués, que j’ai tant de mal à assumer, à oser faire.
Parce que l’expérience de cette peinture — qui penche, me semble-t-il, du côté d’une certaine minimalité — est d’abord à la fois jouissance et douleur : excitation de faire, d’envisager des propositions, puis douleur au fur et à mesure qu’on les réalise car on s’apercoit qu’on est atteint de cécité, qu’on n’a pas grand-chose à dire, qu’on a du mal à regarder, voir, percevoir et concevoir d’une autre manière : avec et sans l’aide de nos bâtonnets et cônes. [...] »
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