Ethnologie

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Déconstruction de l'identité nationale d'Etat dans le rap et le contre-modèle du Sud


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Extraits de l'article

"LA PRÉSENTE CONTRIBUTION s’inscrit dans le débat autour des « identités nationales d’État » déclenché par la création du Ministère dit « de l’immigration, de l’intégration, de l’identité nationale et du développement solidaire », dans le but de trouver une voie d’issue au « piège idéologique » (Bazin/Gibb/Selim 2007) qui apparaît dans cette évolution récente de la société française. Notre travail se propose de contester la validité  scientifique de la notion d’« identité nationale d’État » 2, telle qu’elle apparaît dans les discours sociaux  dominants, en « déconstruisant » l’identité de l’État-nation français qui, aux temps modernes, se veut « une et indivisible ». Pour ce faire, nous allons confronter cette construction identitaire, tant sur le plan culturel et religieux que linguistique, non seulement avec les phénomènes migratoires, mais aussi, et au même titre, avec la revendication occitane. (...)"

"(...) Certes, le potentiel conflictuel est aujourd’hui apaisé sur le plan culturel et linguistique, car l’émergence d’une variété régionale de la langue standard nationale à partir du substrat occitan correspond, du point de vue ethno-sociolinguistique, à la réintégration de l’identité régionale à l’identité nationale. Nous assistons à une sorte de « réinvention » de la nation. Toutefois, même si le défi occitan semble pour le moment désamorcé (cf. Jablonka 2008a), il persiste un potentiel conflictuel latent du fait de l’inévitable affaiblissement de la pression normative des institutions de l’État et de la prise de leurs vecteurs symboliques dans le cadre de l’unification européenne ; en même temps, au sein de l’Europe, les régions gagnent en importance vis-à-vis de l’État-nation, qui est pour ainsi dire pris en tenaille. De plus, si le conflit linguistique autochtone est apaisé en Occitanie, l’identité nationale semble devoir faire face à un nouveau conflit culturel et linguistique qui se « branche » sur le premier, du fait du ‘contrecoup’ postcolonial et donc de la forte présence d’anciens « colonisés » dans la « colonie interne » que représente l’Occitanie (Lafont 1971).
Migration, religion, enjeux langagiers En effet, l’histoire semble boucler la boucle, car nous sommes actuellement de nouveau en présence d’un processus lié au refoulement qui connaît des enjeux linguistiques – présence de langues d’immigration, notamment de l’arabe, ainsi que de variétés de contact émergentes – aussi bien que culturels et religieux : en premier lieu la présence de l’islam, qui se répercute dans les paroles de nombreux morceaux de rap, notamment du sud :
Red, black and green (IAM, album « De la Planète Mars ») : « Allahu akbar [= Dieu est le plus grand], protège-nous des ténèbres absolus/ Comme a dit King Raz à qui je dis salaam [= (que la) paix (soit avec toi)]/Ulémas [= savants islamiques] nous sommes, âmes de l’islam ».
Les cités d’or (Psy 4 De La Rime, album homonyme) : « On souhaite à vos familles les bon choix inch’allah [= si Dieu le veut] » ;
« Woulah [= je te le jure], ils sont trop beaux » ; « Mets-toi le hijab [= voile islamique]/Lé lé lé lady » [lé lé lé peut avoir le sens de ‘non non non’ en arabe dialectal maghrébin] ; « fais le rho [= frère]
(...)"

Chercheurs d’Ouzbékistan

Extrait de l'article paru dans la revue papier

"Issue de l’effondrement de l’URSS, l’Ouzbékistan est l’une de cinq républiques d’Asie centrale qui ont acquis leur indépendance en 1991. L’évolution dictatoriale des régimes politiques de ces pays récents est désormais confirmée et semble ne rencontrer aucun frein : la Chine et la Russie, après les sommets de Shanghai de 2006 et 2007 ont en effet appuyé ouvertement les gouvernements en place. Parmi ces Etats policiers, l’Ouzbékistan s’est distingué par une réputation sinistre de pratiques de torture particulièrement redoutables, de disparitions, d’écrasement de toute opposition, ainsi que l’a récemment montré l’armée tirant à bout portant en 2005 sur une manifestation à Andijan et faisant près de 1000 morts. C’est dans ce contexte de terreur politique, peu favorable à la recherche, qu’en 2004 et 2005 j'ai mené des investigations ethnologiques sur plusieurs instituts de sciences sociales et exactes. Il s’agissait de comprendre à la fois l’agencement actuel des rapports sociaux dans des collectifs scientifiques et le regard que portaient les intellectuels sur l’évolution du pays. L’exemple d’un petit groupe de femmes illustre bien le combat contre l’agonie dont le risque pèse sur des chercheurs isolés.

Situé à une des extrémités du parc d’un grand hôpital de Tachkent, un minuscule bâtiment délabré abrite au premier étage depuis deux ans le laboratoire où une vingtaine de salariés sont supposés encore travailler. Ils étaient auparavant installés dans l’hôpital lui-même. Le sous-sol est occupé par une morgue et le rez-de-chaussée dédié à l’autopsie. L’ordre d’un nouveau déménagement du laboratoire pour s’installer dans un bâtiment encore en chantier met gravement en péril son existence, après d’innombrables péripéties institutionnelles. Fondé en 1971, il comportait encore en 2002 56 employés. Mais l’échec d’un projet d’Etat a conduit au départ de nombreux chercheurs, particulièrement les jeunes et les hommes. Le domaine de spécialisation du laboratoire est très pointu en microbiologie et rassemble des chercheurs médecins, biologistes et biochimistes. Bien que sous la tutelle du ministère de la santé, il ne fonctionne que sur des financements de projet et a perdu le service d’hospitalisation de 40 lits qui constituait une part importante de son activité. Corollairement le nombre de patients en quête d’analyses pour eux-mêmes ou leurs enfants a diminué. Les petites sommes d’argent qu’ils donnent en échange de leurs analyses permettent d’acheter le minimum nécessaire à leur réalisation. La vice-directrice d’origine juive russe, âgée de près de 70 ans, se démène auprès des services ministériels pour que le laboratoire ne soit pas fermé. Cette célibataire courageuse, microbiologiste, est renommée pour une "découverte" que l’on dit reconnue par les instances scientifiques hollandaises. Elle est la seule anglophone du laboratoire et ses capacités d’interprétariat lui permettent d’obtenir des compléments de ressources indispensables. C’est elle qui dirige en fait le laboratoire, même si elle n’en a pas le titre : la directrice a en effet plus de 80 ans et elle est entourée d’un immense respect même si elle ne se penche plus guère sur les problèmes théoriques et pratiques qui se posent dans la vie du laboratoire. Le laboratoire est dans sa forme présente un authentique gynécée avec une matriarche à sa tête, entourée de femmes – plus jeunes mais déjà d’âge bien mûr ! – en position filiale. Les rapports mettent en scène considération et affection réciproques. Les désignations de parenté symbolique sont en usage mais non les adresses et la directrice est nommée en son absence avec son prénom suivie du postfixe traditionnel apa. Ce groupe de femmes – dont cinq travaillent ensemble depuis trente cinq ans – est extrêmement soudé : "on est comme l’os" dit l’une d’entre elles. Deux hommes apparaissent dans ce paysage typé : le chauffeur de la directrice qu’il conduit de son domicile au bureau et vice versa, quotidiennement depuis trente ans dans une volga noire datant de 1986. Un étrange célibataire d’environ quarante ans, biophysicien, qui vient au laboratoire lorsqu’il le souhaite et préfère souvent méditer tranquillement chez lui, avec la lecture d’ouvrages de philosophie. Les frais de transport quotidien dépasseraient en effet son salaire. Les femmes mangent ensemble dans la pièce où les analyses sont faites, et dans celle adjacente qui est le bureau de la vice-directrice : chacune apporte quelques plats et denrées qui sont tous partagés après avoir été dressés sur du papier journal. Les prêts d’argent entre les femmes sont fréquents, à la mesure du nombre de journées que chacune affronte sans même de quoi acheter un beignet. Cette communauté féminine – dans laquelle l’entraide est une prescription autant qu’une pratique journalière – comporte néanmoins un pôle négatif qui renforce sa cohésion interne : une femme de ménage d’environ quarante-cinq ans, ex-infirmière et célibataire qui refuse ostensiblement de se mêler au groupe. C’est le long d’un unique couloir que les bureaux se distribuent. Les toilettes sont souvent hors d’état de marche. L’atmosphère est pourtant plutôt joyeuse dans ce laboratoire féminin où l’armature collective fonctionne pour chaque membre sur le mode d’un étayage face à des défaillances subjectives. Les drames et les évènements heureux de chacune alimentent des conversations pleines de conseils judicieux. Le laboratoire pourrait être comparé à un îlot de tendresse dans un environnement global de plus en plus hostile aux femmes. Ainsi, en mai 2005, les enseignantes se voient interdire le port du pantalon, devant s’habiller en jupe et corsage ; la fille de la laborantine qui effectue les analyses s’exclame alors que bientôt il faudra se réjouir de ne pas encore être obligées de porter le voile ! Conscientes de leur condition partagée de dominées, lucides sur les transformations sociales, politiques et morales qui aboutissent à restreindre tous les jours un peu plus leur liberté d’action, ces femmes d’origines ouzbèke, russe et tatare, ont élaboré une sorte de défense groupale qui conserve de surcroît leur bonne humeur. Un bon nombre d’entre elles ont dépassé l’âge de la retraite et trouvé là un autre revenu. Elles habitent presque toutes dans les environs du laboratoire ce qui limite les frais de transport. [...]"

Voir aussi : http://www.rsf.org/article.php3?id_article=20700

http://www.crisisgroup.org/home/index.cfm?l=2&id=1256

 

Hospitalité, une politique du discours


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Fragments de l'article paru dans la revue papier

« Lors la mise au point d’un problème vécu dans une institution de traitement d’adolescents narco-dépendants dans l’état de Rio de Janeiro (Brésil) un croisement entre des pratiques de langage et des processus de subjectivité a été remarqué. [...]

“Ça donne que [de la violence] quand on laisse la drogue dominer, alors ça donne. Si on laisse dominer, ça donne. Ça donne la drogue, ça donne la mort, ça donne la violence, ça donne tout, ok? Si t´es un mec  ‘barge conscient’, mec, ah, alors y t´arrive rien.” [...]

“Moi j’ai trouvé ça hyper lâche, tu m’suis? Alors y’a aussi beaucoup d’ce genre, tu m’suis? Par ici ou à Rio aussi, y’a le Comando Vermelho , alors eux comme ça; si y s´passe quek chose, ils savent pas c’qu’ils font, c’est pas assez, tu m’suis?”

Histoire de lieu, histoire de peur

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Début de l'article paru dans la revue papier

« Une région : l'Auvergne. Un territoire : le Mont Mouchet, 1465 mètres d'altitude, dans le massif granitique de la Margeride. Et là, dans une très vaste forêt, deux lieux tout proches : les ruines d'une maison forestière, ultime réduit du maquis d'Auvergne les dix et onze juin 1944 ; et à quelques encablures, le sous-bois fangeux où, le 19 juin 1767, fut abattue la Bête du Gévaudan. La superposition géographique de ces deux drames a de quoi intriguer. Ici, à deux siècles de distance, la peur, la violence, la souffrance. La Nature en folie (l'animal carnassier, incontrôlable), puis la société en folie (la barbarie guerrière, aveugle).

La Bête venait de loin. Partie de haute Ardèche, à cinquante kilomètre plus au sud, elle planta ensuite ses crocs dans la forêt de Mercoire, puis aux abords des hameaux lozériens, avant de venir errer dans les pâturages qui ourlent les sapinières du Mont Mouchet. Alors repérée, elle fut ensuite abattue par un chasseur au lieu dit "La sogne d'Auvers "- sogne ou sagne en occitan, zone de prés marécageux - sur la commune du même nom. A ma demande, un garde-forestier dont la famille officie ici depuis six générations me conduisit sur l'emplacement exact de la mise à mort : un tapis de myrtilliers et de framboisiers d'où émerge un enchevêtrement de branches cassées, de troncs d'épicéas et de fayards tombés à terre. A proximité, encore visibles, mais pour un œil très averti, trois fosses à loup. [...]

Peaux de Peuls

« Se fixer un but, agencer un transit, s’adonner à un lieu, se donner un nouveau nom ou le même nom d’ailleurs. Tant d’usages même du nom propre même. Et peut-être moins de prise à la simulation, à la redondance, spéculaire ou réfléchie, moins de prise à l’hystérie quand ça dérive singulièrement. Toponymies, humanisées, d’usages, déshumanisées, désertées. Ici un Mooga qui découvre dans l’évitement dont il souffre qu’il était yaralentîiga, sans le savoir installé dans une transgression qu’il n’a pas voulue, et qui ainsi coupé ne peut manquer de s’exiler ; sinon c’est la mort qui irréversiblement révèlera son destin, redistribuant le groupe en l’obligeant à faire convoyer son cadavre de limite de terroir en limite de terroir jusqu’au village de Renea où il sera non pas enterré mais abandonné « suspendu dans les arbres », parmi « ceux qu’on suspend dans les arbres » (yaralentîise).
Là les Iklan, serfs de Tamacheq, peuvent migrer, de migration pionnière ou de migration déliée. J’ai même rencontré des nomades qui font les vagabonds. Et Abidjan pouvait former un temps leur nouvelle frontière, avec aussi la carte de ses usages et de ses épuisements. Des points d’ancrage, de relances, des relais aussi ; car aussi un frère mort peut appeler à l’autre bout du pays, avec encore l’oncle chez qui je pourrais m’arrêter et me reposer. Pourquoi il est si mobile et si labile d’usages, le nomade vagabond ? Et tout ce qui file d’errances peut-il se reclore aussi aisément ? [...] »

Fragment de l'article complet (voir PDF)

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