Psychose

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Transversalités, chaosmoses et cuisines


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Du même auteur, aux JOURNÉES DE CHIMÈRES Folies, Un travail fou

Extrait de l'article paru dans la revue papier

"[...] Quand on relit les textes importants du mouvement de psychothérapie institutionnelle, on peut constater que, si le nom de Félix Guattari est régulièrement cité, sa contribution est principalement retenue à deux titres : ses analyses des groupes sujets et groupes assujettis, et l’invention du concept de « transversalité ». On sait que, très tôt, la psychothérapie institutionnelle s’est penchée sur le fonctionnement des groupes au sein des institutions. En effet, la modification profonde de l’asile a eu pour présupposé la mise en place, au sein de l’institution, de multiples ateliers d’expression ou de gestion du quotidien, co-animés par des soignants et des soignés, prenant même parfois la forme juridique de l’association (les clubs). Leur trame servait alors de matrice aux dynamiques d’échange et posait les jalons d’une libre circulation des uns et des autres à l’intérieur ou à l’extérieur des lieux de soins. Chaque groupe, distinctivement, avait ses buts, ses règles propres et ses articulations à l’ensemble, dans un écheveau constamment retissé. Cette institutionnalisation d’ateliers en tous genres répond alors à un double objectif : 1° Offrir des surfaces de projection hétérogènes, adéquates au transfert dissocié de la psychose et qui étayent sa manifestation. 2° Construire un cadre propice à l’implication et l’initiative personnelle des soignants, en les délivrant aussi des contraintes hiérarchiques qui, dans l’ancien asile, définissaient étroitement leurs rôles et leurs fonctions (contrôler, contenir, surveiller). Evidemment, ce qui s’expérimente, c’est à dire cette interférence constante entre action institutionnelle et modification subjective, sera théorisée : analyse critique des facteurs de chronicité, mise en lumière des phénomènes d’ambiance pathoplastiques (aggravants  ou curatifs), exploration de ce que l’on repère comme transfert dans l’institution, études approfondies de la double aliénation sociale et psychopathologique qui cèle d’ordinaire le destin de la folie. Mais dans le grand foisonnement d’idées des années 60, le structuralisme a le vent en poupe. Un grand nombre de psychanalystes, inspirés par Lacan, vont suivre cette orientation. La tripartition structurale — psychose, névrose et perversion — s’impose comme grille de lecture clinique. L’anthropologie structurale de Lévi-Strauss semble offrir des outils à la compréhension des modalités d’échange qui régissent les sociétés fermées et donc, pourquoi pas les groupes et les institutions. La linguistique Saussurienne sert de modèle aux décryptages sémiotiques qui commencent à proliférer. Au sein du mouvement de psychothérapie institutionnelle, cette influence va infléchir les théorisations, comme en témoignent la thèse de Claude Poncin  ou le livre de François Tosquelles Structure et rééducation thérapeutique . C’est dans ce contexte que Félix Guattari va prendre position, car à ses yeux, la lecture structuraliste n’explique ni ne donne les ressorts du changement dans les institutions ou les groupes politiques, ni ne rend compte de la créativité des acteurs, soignants et soignés ou militants, qui y concourent. 

« L’anti-oedipe», un enfant fait par Deleuze-Guattari dans le dos de Lacan, père du« Sinthome »

Extrait de l'article paru dans la revue papier

Voir également Lacan contre Lacan et L’Anti-Oedipe, une progéniture “délirante” reconnue par Lacan

L’Anti-oedipe consiste en un dialogue critique et serré, parfois provocateur, mais le plus souvent plein d’humour avec la psychanalyse constituée. A la différence de la dispute que mène Robert Castel , qui lui est de peu contemporaine, il ne se fera pas de l’extérieur du champ analytique ou au nom de raisons sociologiques, mais au nom de la clinique . Il s’agit de renouer : « avec l’inventivité première de la psychanalyse (…)» comme le rappelle l’édito fondateur de Chimères . Il ne s’agit pas de faire de l’anti-psychanalyse, mais de construire une « machine de guerre » contre l’arraisonnement clinique auquel certaines pratiques psychanalytiques donnent lieu, notamment, lorsqu’elles traitent de la psychose.
       Pourtant c’est bien à un motif anti-psychanalytique qu’est réduite le plus souvent cette œuvre dans le champ psy. Aujourd’hui, des étudiants de psychologie s’étonnent que l’anti-oedipe ne figure pas dans la bibliographie du « Livre noir de la psychanalyse ». Pour certains psychanalystes L’anti-oedipe est un livre « où l’on voit bien » que « les auteurs n’ont rien compris à Lacan et à la psychanalyse », ou encore qu’ils en « reviennent » à une conception de l’inconscient antérieure à l’avènement de la psychanalyse . Les propositions anti-oedipiennes seraient « datées », voire « ringardes » politiquement . Cliniquement antérieur à l’avènement de la psychanalyse, et politiquement suranné, l’Anti-oedipe serait à la fois une régression du point de vue métapsychologique et un fourvoiement politique. Ce livre est mis au ban de la « légitimité psy ». Avec l’anti-psychiatrie et le freudo-marxisme, il participe, aujourd’hui, à constituer la frontière de ce qui relève du champ de la recevabilité épistémologique et de ce qui n’en relève pas. Il vient silencieusement délimiter la positivité de l’espace du savoir légitime et sceller l’accord métapsychologique fondé sur son exclusion. Une étude psy récente qui ose quelque peu braver l’interdit en prenant pour objet le « Corps sans organes » ne se risque, malgré tout, jamais à citer  L’anti-oedipe .
     Finalement il s’agirait en réalité d’un « livre de philosophie ». Mais c’est ainsi que le couperet de la suprême disqualification psychopathologique tombe définitivement. Est-ce en effet  un hasard si le nom de Gilles Deleuze, philosophe de son état, éclipse sans cesse celui de Félix Guattari, qui était psychanalyste et clinicien ? Pourtant, si Deleuze n’était pas clinicien, il connaissait bien la psychanalyse. Sa présentation de Sacher-Masoch , est aujourd’hui devenue un classique, et plusieurs de ses ouvrages lui ont valu les compliments de Lacan . Enfin, son œuvre est parsemée de références à la psychanalyse avec laquelle il dialogue sans cesse. Pourquoi dès lors ne lirait-on que certains de ses ouvrages, ou les seuls passages indiqués par Lacan, en excluant a priori la critique qu’il adresse  ? Cela est d’autant moins pertinent que si cette critique est  « malveillante », comme l’assument Deleuze et Guattari, cela n’est pas tant d’abord à l’égard de la psychanalyse qu’à l’égard de ses mésusages. Une lecture rapide et simpliste tendrait à faire croire que leur critique consiste essentiellement à dire que la psychanalyse se fourvoie dans les fictions du mythe de l’oedipe. Or ils veulent montrer patiemment comment une certaine clinique et une certaine théorie de la psychanalyse constituée en dogme transforment cette dernière en piège réacionnaire. « Qu’on ne croie pas que nous fassions allusion à des aspects folkloriques de la psychanalyse. Ce n’est pas parce que du côté de chez Lacan, on se fait une autre conception de la psychanalyse, qu’il faut tenir pour mineur ce qu’est le ton régnant dans les associations les plus reconnues : voyez le docteur Mendel, les docteurs Stéphane, l’état de rage où ils entrent, et leur invocation littéralement policière, à l’idée que quelqu’un prétende se soustraire à la souricière d’oedipe. »  

      Du « côté de chez Lacan » on ne procèderait pas ainsi : « on se ferait une autre conception de la psychanalyse ». Quel est « ce côté de Lacan » ? S’agit-il de Lacan lui-même, ou s’agit-il de lacaniens qui « se feraient une autre idée de la psychanalyse » ? Le projet Deleuzo-guattarien ne relève pas, a priori, d’un anti-lacanisme (et encore moins d’une anti-psychiatrie). Guattari fait partie des premiers compagnons de Lacan. Il était en analyse avec lui et il était membre de l’école freudienne de Paris . Il en est de même de la plupart des collègues avec qui il travaille dans le cadre de la psychothérapie institutionnelle . Ainsi, si « du côté de chez Lacan on se fait une autre conception de la psychanalyse » c’est, certainement qu’on pratique une autre clinique de la psychose .
       C’est au nom de la complexité politiquement fracturée du champ théorico-clinique de la psychanalyse et de la psychiatrie que la critique anti-oedipienne est menée. L’Antioedipe ne relève pas d’une rupture épistémologique avec le champ psy et la psychanalyse, mais d’une précipitation de l’oeuvre de Lacan catalysée par les évènements de mai 1968 ( que les répressions de tous ordres vont progressivement résorber : «  Mai 68 n’a pas eu lieu » écrivent Deleuze et Guattari le 15 Févier 1984, au cœur des Années d’hiver).


 La forclusion ou l’échec de la psychanalyse.

Le scandale de l’identité

« ELLE EST DEPUIS LONGTEMPS PSYCHOTIQUE, elle vient d’être mère, on l’accompagne à la mairie pour déclarer son enfant. « Je viens, dit-elle à l’officier d’état civil, pour mon changement d’identité. » On peut ne pas prêter attention à cette petite phrase. L’employé de la mairie n’y a sans doute vu qu’une erreur, due à un manque d’information, à un vocabulaire incertain, peut-être à un dérangement mental. La psychiatrie peut à bon droit y déceler un symptôme, qui figurera par exemple parmi les « troubles des fonctions cognitives ».
Un ami philosophe, à qui j’ai rapporté la chose, m’a simplement répondu : « Elle confond l’identité avec la fonction. »
Certes.
Mais qu’entend-on à prendre Bernadette au pied de la lettre, en faisant le pari que, d’une certaine façon, elle sait ce qu’elle dit ? [...] »

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Le corps, la carte et le monstre

« Élodie « — Voilà, je voudrais te parler de mon bébé. Je t’avais dit d’abord qu’il fallait que je le mette dans une prison de noirs musulmans. (…) Mon enfant, je l’ai eu parce que j’avais mangé des pommes de terre pour couper les testicules aux Allemands. Moi, ça me faisait jouir par mon vagin, et ne je tuais pas d’Allemands mais ça m’a gonflé le ventre. Bon ! Maintenant j’ai accouché parce que mon bébé m’a dit de le circoncire… comme ma croix. Alors quand j’ai été à la selle… l’urine…
—Et alors, qu’est-ce qui s’est passé ?
É — Le bébé est sorti de mes règles et a toujours communiqué avec mon ventre.
—Il est toujours dans le ventre ?
É — Non, plus maintenant.
—Où est-ce qu’il serait passé ?
É — Je ne sais pas. Je ne comprends pas, c’est une autre manière d’accoucher que je ne comprends pas.
—Il communique avec toi en parlant ?
É — Oui, dans mon ventre.
—Et il parle quelle langue ?
É — Le français.
— Et il y a des moments dans la journée où il te parle surtout, non ?
É — Non, il me parle tout le temps [...] »

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L’éclipse et l’écho

THOMAS ME RACONTE UN JOUR un événement curieux : « J’étais, au mois de mai, assis dans un jardin, sur une chaise longue, en train de lire un livre, je ne me souviens pas duquel. Il faisait beau, mais frais. J’avais une couverture sur les genoux, qui tombait sur mes jambes. Les arbres, dans et autour du jardin, bruissaient dans le vent. Je lisais de manière assez inattentive et j’entendais dans la maison de campagne des amis chez qui je passais le week-end, des bruits de conversation, des voix et des rires de femmes, sans comprendre aucune phrase ni percevoir aucun mot.

Je posai mon livre et me mis à goûter le plaisir de l’instant. Tout d’un coup j’éprouvai le désir impérieux d’être assis dans un jardin, près d’un bois agité par le vent, dans la tiédeur de quelques rayons de soleil.

Ce serait bien, me disais-je, d’être à quelques dizaines de mètres d’une maison où des amis, des femmes, parleraient et riraient sans que je discerne précisément leurs propos et m’assureraient en quelque sorte, à leur insu, de leur chaleureuse et discrète présence. Ceci dura quelques secondes. Je le ressentis comme une émotion extrême, quelque chose de nostalgique et de doux, entre le regret et le souhait. Puis je m'aperçus que j’étais en train de vivre, dans tous ses détails, la situation que j’avais imaginée. Il ne me restait plus qu’un indéfinissable malaise, une impression, un peu pénible, de dédoublement. »

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