Question du mal

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De la pulsion de mort à la pulsion anarchiste - Quatre questions à Nathalie Zaltzman

Quatre questions à Nathalie Zaltzman (par Jc Polack)

1. Les pulsions freudiennes articulent (questions de limites, de frontières, mais aussi de liens) des poussées physiques partielles, localisées, avec leurs « représentations » ou effets psychiques « subjectifs ». La pulsion de mort, si nécessaire à la Métapsychologie, semble souvent utilisée comme un concept par défaut, une panacée explicative des désordres psychiques meurtriers (mélancolie, masochisme et suicides, tueurs en série…) ou de catastrophes collectives (émeutes de banlieue, fanatismes sacrificiels, guerres, conflits ethniques). Freud lui-même ironisait : « Singulière pulsion que celle qui s’occupe de la destruction de sa propre demeure organique !» La dialectique du sexuel et du Moi, puis celle d’Eros et Thanatos semblait buter sur une insoluble aporie. Le coup de force de votre pulsion anarchiste nous paraît donc aussi séduisant que l’hypothèse eleuzo-guattarienne d’un processus de production commun au Capitalisme et à la Schizophrénie. La pulsion anarchiste appartient en même temps au corps et au groupe, à l’organique et au social. Vous en usez d’ailleurs pour parler des expérienceslimite de l’univers concentrationnaire. Est-ce que la pulsion anarchiste serait une pulsion de mort non mortifère, une pulsion de survie ?

2. Vous paraît-il nécessaire de conserver ici la distinction fondamentale du Besoin et du Désir ? Pourrait-on dire, en inversant l’axiomatique freudienne, que le premier est le rejeton – la production – du second ? Est-ce que le besoin de survie n’est pas le « dur désir de durer » ?

3. Dans Différence et Répétition, Gilles Deleuze, bien avant le thème des machines désirantes – forgé avec Félix Guattari – peut dire qu’« Il y a moi dès que s’établit quelque part une contemplation furtive, dès que fonctionne quelque part une machine à contracter, capable un moment de soutirer une différence à la répétition. » Il met l’âme dans les comportements cellulaires, voire moléculaires… Est-ce que la pulsion anarchiste ne revendique pas une certaine autonomie des « subjectivités » partielles, dispersées mais utiles, qui résistent parfois, comme dans les psychoses, aux totalisations subjectives et vulnérables du Moi ? Est-ce une pulsion de multiplicité ?

4. La pulsion anarchiste ne cherche-t-elle pas à repenser les productions de subjectivité dans le contexte écologique des relations des humains avec la nature, au delà ou en deçà de leur capture par l’institution structurante de l’épreuve oedipienne ?

Deux cas exemplaires

Extraits de l'article paru dans la revue papier

"(...) Que la loi soit toujours la raison du plus fort, nul n’en doute, et personne ne veut le dire. Pas plus que l’on n’ose admettre qu’un enfant enlevé puisse pleurer la mort de son ravisseur, et garder en lui-même une parfaite lucidité, un serein équilibre. Nous l’exigeons abattu, traumatisé, déconstruit. La victime par principe, l’éternelle victime.
Il faut qu’il ait à se retrouver, à se reconstruire. Telle est la volonté des psychiatres, telle est la Loi. Là où elle a parlé, la réalité s’efface. Ou elle s’y conforme, ou elle est niée. Depuis quelque temps et de plus en plus, les psychologues, les psychanalystes imposent, à toute occasion, ce déni; imposent leur loi, La Loi. Leurs diktats sur le réel, sur les évidences les plus sincèrement éprouvées et affirmées, ont force de loi.
La loi protège, la loi répartit. Ceux qui s’y conforme et ceux qui la violent. Elle distingue les coupables et les victimes.
Naguère – car il y a peu de temps, en fait, que cela s’est infléchi en ce sens, et la courbe n’a fait que s’accentuer de plus en plus - la loi s’intéressait surtout aux coupables. Elle a commencé à se pencher sur les victimes. Depuis, quelle inflation, quel torrent !
Remarquable illustration de cette existence non existante entre vie et mort : la victime, être en sursis, est la confirmation du bien-fondé de la loi et de sa toute-puissance.

***

Et puis, tout à coup, Natascha Kampusch. Une victime évidente qui refuse de l’être. Du moins de se reconnaître, de se proclamer telle. Qui, loin de chercher secours auprès de la Loi et de ses supporters, se maintient en elle-même, garde son secret. Quelle stupeur universelle, quel scandale ! C’est tout juste si l’on ne va pas crier Haro ! sur le baudet. Branle-bas de combat chez les paparazzi, réserve offusquée ou pincée des experts. Pas de transcendance de la Loi, voyons donc ! Ce n’est pas tolérable. Elle est encore trop traumatisée, ça viendra.
Mais non, ça n’est pas venu, et sans aucun doute, ça ne viendra pas.
Pas de transcendance de la loi, comme on se plaît à dire et comme on l’impose. Pas de loi transcendante. Les lois, quand il en existe, ne sont toujours que les rapports  (parfois nécessaires, le plus souvent contingents) « découlant de la nature des choses ». On n’a jamais dit ni écrit mieux que Montesquieu qui, on s’en souvient, en avait établi la formule. Et ce qui fait la beauté du cas de Natascha, c’est que ces rapports-là, en cette occasion, ne sont pas arrivés à créer la victime tant attendue ? (...)"

POP SHOP - Dialogue avec de jeunes prisonniers en Allemagne

  
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Extraits de l'article paru dans la revue papier.

Tiré de : Klaus Jünschke, Jörg Hauenstein, Christiane Ensslin, Pop Shop, Gespräche mit Jugendlichen in Haft, Konkret Literatur Verlag, Hamburg, 2007.

"Pop shop, émission musicale qu’on entend à la place de la promenade, en prison, quand elle est supprimée. Titre choisi par les jeunes prisonniers pour le livre confectionné à partir du groupe de parole organisé par Klaus Junschke avec des jeunes de la prison de Cologne du 1 août 2005 à la fin juillet 2006. L’affiche apposée dans la prison pour convier les jeunes au groupe de parole proposait de parler de la vie avant, la vie pendant, la vie après. 20 jeunes détenus ont participé à ce groupe, chaque lundi de 15 heures à 17 heures. Le projet était de faire un livre pour montrer la prison du point de vue des jeunes détenué. La participation au groupe faisait l’objet d’un véritable engagement, ratifié par l’administration pénitentiaire. Il s’agissait d’une prison de détention préventive, où que presque tous les jeunes avaient encore leur procès à venir (...). "

"(...) Ismail :
Avec moi quelque chose de terrible s’est passé: j’étais en Turquie dans un internat coranique pendant six mois et j’en suis revenu comme une épave psychique.

Le plus grand roman du XXIe siècle (until next week)

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Début de l'article paru dans la revue papier

« Le pavé de Jonathan Littell, Les Bienveillantes, se prête au-delà de toute espérance à une démonstration en faveur de la thèse défendue avec talent par l’auteur d’un essai récent intitulé Comment parler des livres que l’on n’a pas lus ? Cette thèse est la suivante : il n’est nullement nécessaire d’avoir lu un livre, à quelque genre qu’il se rattache, pour en parler avec assurance, voire avec autorité et compétence. Je vais essayer de  montrer qu’une connaissance des seuls titre, exergue et première phrase de ce roman de 894 pages suffisent à en parler longuement et avec pertinence, à en amorcer une critique qui va, d’un pas assuré, à l’essentiel.
Le titre fait référence à la tragédie grecque. Les Bienveillantes est la traduction en français de Les Euménides qui est le nom que se voient attribuer à la fin de la pièce d’Eschyle éponyme les Erinyes, une fois que celles-ci se sont transformées de déesses de la vengeance et de la punition en puissances tutélaires de la Cité athénienne. Cette reconversion des « féroces justicières » en dispensatrices de prospérité signale le passage d’un régime de justice à un autre voire, selon Christian Meier (De la tragédie grecque comme art politique), d’un régime politique à un autre – l’invention de la démocratie. En optant pour ce titre, Littell semble donc placer très explicitement son roman non seulement sous l’égide de la tragédie grecque mais, plus précisément, de ce mouvement décisif, inscrit au cœur de cette pièce d’Eschyle : le passage d’un temps de la justice-vindicte à un autre où l’ordre juridique va s’établir dans l’horizon de la nécessaire concorde entre les citoyens. Les Furies devenant Bienveillantes, c’est le spectre de la stasis, de la discorde civile, qui s’éloigne et c’est la possibilité pour la Cité de concentrer ses énergies vers l’extension de sa puissance et l’augmentation de sa prospérité [...] »

> la critique de Jean-Claude Polack de la critique d'Alain Brossat

Les Bienveillantes (en forme de réponse à l’article d'Alain Brossat)

Je ne puis m’empêcher, à la lecture du brillant texte critique d’Alain Brossat (Le plus grand roman du XXIe siècle), de dire quelques mots sur Les Bienveillantes, auquel la revue a consacré récemment une soirée de discussions animées. Il ne s’agit pas ici d’un plaidoyer, sur le fond ou la forme ; tout au plus d’un commentaire.
Nous avons pris le parti, dans la revue, de ne citer ou critiquer que des oeuvres que nous trouvons intéressantes ou belles, invitant ainsi ceux qui nous lisent a leur accorder leur attention et y chercher leur plaisir. Nous nous en voudrions, dans le cas contraire, de contribuer au succès d’un texte que nous jugeons négligeable.
L’article de Brossat réagit sans doute à la déferlante d’éloges et de prix déclenchée par le roman de Jonathan Littel, et veut démonter la supercherie de cette fausse Guerre et Paix du XXIe  siècle. Pour obéir à sa propre injonction de ne pas lire, Brossat décide de donner l’exemple, et de résoudre l’aporie par un exercice de style. Il accorde donc tout son intérêt à quelques signifiants choisis dans le texte de 900 pages : le titre, le début, la fin. Il tient le livre du bout des doigts, se pince le nez, et déduit le contenu du paquet de son enveloppe et de son étiquette.

La procédure est amusante, mais discutable. L’exercice auquel nous convie Pierre Bayard, cité par Brossat, est une recette  mondaine plus qu’un moyen de comprendre ; une façon de briller en société, à moindres frais.

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