Fiction

Je ne suis pas née dans la lumière

Extrait d'un slam de Istina Ntari

Parmi les slameurs qui se retrouvent chaque semaine dans les scènes slam, notamment celle du Down Town, rue Jean Pierre Timbaud à Paris, nombreux sont ceux qui ont eu maille à partir avec les institutions psychiatriques, et qui ont trouvé dans le slam leur manière de retisser leur vie. Alertés sur la parenté entre leurs démarches et celles de certains chimériens, ils ont offert des poèmes à Chimères, dont le comité de rédaction a retenu celui qui suit. L'auteure est une jeune femme, dont le nom de scène, comme chez les autres slameurs, évoque le désir.

*Je ne suis pas née dans la lumière*

*Je suis née dans un reflet sombre de l'eau noire*

*Juste avant que le métal et le sang ne se touchent*

*Dans l'imaginaire d'un guerrier nostalgique*

*Je suis née au cours d'une de ces longues nuits*

*Où le mythe se dispute au réel*

*Où un ego fracasse le ciel à force d'implorer Dieu de descendre*

*Je suis issue d'un tas de cendres*

*Laissé par la combustion de l'amour*

*Sur la place tiédie par le lait*

*Mangée par la terre*

*Je ne suis pas née dans la lumière*

*
*

*Je suis langage incarné*

*La source pétrifiée des métaphores incandescentes*

*Des images léchées par le feu*

*Je suis l'omission*

*Le mensonge oublié*

*Le crime pardonné*

*Le viol enluminé*

*Le substrat*

*Je suis toute une*

La semence de l’homme (II)


Extrait de l'article paru dans la revue papier

Ebauche synoptique d’un scénario paranoïaque

Avant-propos : la semence de l’homme, Il seme dell’Uomo, est un film de Marco Ferreri daté de 1969. Il met en scène Cino et Dora, un jeune couple plutôt propre sur lui, qu’on qualifierait volontiers de bobo aujourd’hui, qui cherche à se réfugier à la campagne alors qu’une troisième guerre mondiale fait rage. Sur la route, ils tombent sur un premier signe tangible du danger qui les menace et dont ils n’avaient jusque là qu’une conscience vague via la télévision : un bus garé en travers de l’autoroute, porte ouverte, la totalité de ses occupants, des enfants et un chauffeur, morts. Les deux jeunes gens reprennent la route en silence et parviennent bientôt à un check-point militaire où ils doivent abandonner leur véhicule et continuer à pied pour trouver un abri à l’intérieur d’une zone qu’on suppose contaminée. Les responsables du check-point leur administrent des pilules sensées les prémunir du danger, ainsi qu’une injection pour Dora à qui l’on recommande de faire des enfants. Mais une indiscrétion des militaires, sorte d’aparté à la caméra, laisse entendre au spectateur que les jeunes gens vont être utilisés comme des souris de laboratoire et sont tombés dans un tracenard. Parvenus à une villa cossue faisant face à l’océan, Cino & Dora décident de s’installer après s’être débarrassé du propriétaire — joué par Ferreri lui-même — mort dans son fauteuil de rotin sous la tonnelle de la maison. La suite du film reprend les étapes classiques du genre Robinson sur un mode qui tient autant du recyclage de la société qui est en train de disparaître que d’une renaissance à partir des ressources de la terre. Hormis quelques visites — une milice fasciste qui les encourage à faire des enfants, une baroudeuse sexy qui garderait bien Cino pour elle, une baleine qui s’échoue sur la plage — la vie paisible du jeune couple est troublée par le refus de Dora d’avoir des rapports sexuels avec Cino et de lui donner un enfant. Alors que Cino, désespéré par la sève qui s’agite dans son corps, se fabrique un avatar féminin avec le sable de la plage, Dora fini par se résigner à se donner à son amoureux. Suite à cet acte sexuel — suivi d’un deuxième rapport, cette fois la nuit à l’insu de Dora — la jeune femme tombe enceinte. Apprenant la grossesse de sa compagne, Cino exulte et hurle : "Il seme dell'uomo ha germogliato! Ho seminato!", « la semence de l’homme a germé, j’ai ensemencé ». Dora catastrophé ne veut pas le croire. Elle poursuit son amant qui continue de hurler joyeusement sur la plage. Soudain, alors que Cino danse autour de Dora en levant les bras au soleil dans un geste de victoire, une explosion réduit les deux jeunes gens en poussière. 

For your own good, La biopolitique racontée par J.G. Ballard


Extrait de l'article paru dans la revue papier 

 Note de la rédaction:

Cet article est une nouvelle version de l’entrée « Salute pubblica » (« Santé publique »), dans le Lessico di biopolitica (Lexique biopolitique), publié sous la direction de R. Brandimarte, Rome, Manifestolibri, 2006.

Traduit de l’italien par Manola Antonioli. 

" « Dans une société totalement saine, la seule liberté est la folie », peut-on lire dans le roman de J.G. Ballard Running Wild1. Il s’agit d’une affirmation sombre et à première vue énigmatique, mais qui pourrait être lue comme une synthèse fulgurante du lien entre les politiques de santé publique et les pratiques libertaires dans l’histoire moderne, d’une confrontation toujours pas terminée et dont il faut donc incessamment continuer à déchiffrer les résultats.

Scarabée

D’UN  CONTINENT  L’AUTRE 

Des paquets s’alignaient encore dans le couloir mais on circulait librement dans les pièces. Apprivoiser le lieu demanderait un peu de temps.
L’appartement, sans cave, comportait deux débarras. C’est en passant un chiffon sur une étagère haute dans l’un d’entre eux que Sabine, montée sur un escabeau, fit glisser un objet avec un léger frottement de carton. C’était une petite boîte d’allumettes ; quelque chose avait bougé à l’intérieur. Elle l’ouvrit et demeura bouche bée. Ce qu’elle voyait  n’était pas vraisemblable. Elle appela Julien. Il y avait là un insecte presqu’aussi long que la boîte, aux pattes noires à demi repliées, la tête et le dos recouverts de verroteries scintillantes bleues, transparentes et rouges, serties dans de petites couronnes en métal argenté, fixées à sa carapace. Une chaînette en métal doré entourait les trois rangées du dos et celles, disposées en cercle sur la tête. Deux ou trois chaînons pendaient librement.
C’était réellement un insecte, il avait été vivant. Curieusement, il paraissait en bon état, autant que son scintillant manteau permettait de le voir, même si le bout de sa tête avait perdu sa couleur. Un scarabée, semblait-il, selon Julien. Cette « chose » fascinante pouvait être un gri-gri, une amulette. Il savait que dans l’Égypte Ancienne le scarabée était sacré, la boule qu’il formait et enterrait et qui donnait naissance à un nouveau scarabée était l’image du soleil. Il figurait sur le pectoral de la momie d’un pharaon, et à une époque plus tardive, on sculptait des pierres en forme de scarabée que l’on portait autour du cou. Mais ceci... ! D’où venait cet insecte ? Que faisait-il dans cet appartement ? Le scarabée, ou sa pensée, les occupa toute la soirée.

Dans la ligne de fracture de mes paysages-psychiques

Dans la ligne de fracture de mes paysages-psychiques, je VOIS dans la permanence des larmes mon désir de mourir, puis de me comprendre ; car voulant m'inscrire dans mon souvenir de GUY (l'AMI DE MA MÈRE MORT VERS 1980/1981)…
… Je m'isole dans un présent éternel, me rappelant à son cancer des poumons, dans lequel, j'ai cultivé mon (propre) cancer-affectif…
Donc, avec ces images de plante-parasite, se superposent les reflets d'un Arbre malade, ce joli-poême pour maman Sabine, et dans le secret - inculqué -, des âges viennent les lieux, je dirai la spirale du serpent Rue Falguières : à la fois site de mon hallucination et premiers dénombrements de mon pseudonyme ; le dessin de Guy - Ibiscus -, pour ma mère, a ainsi annoncé des immenses prairies en fleurs, à perte de vue, car oui, à cette époque du retour d'Afrique, on m'a dit que ce serait une plante qui le guérirait…
 Ainsi, j'ai donc voulu le sauver, tout en posant des regards-inconscients sur le gui au sommet des arbres malades ; tandis qu'à l'école primaire, on devait inventer une histoire à partir de Marguerite, celle-ci se sauvant en exil ; elle fut dessinée par moi, et écrite par mon père, c'était au c.p.
 A cela, il faudrait ajouter l'image de la petite porte près de l'Aumônerie (aux Vernhes), qui est associée à la porte-bijou-en-or, scellant l'amour de ma mère pour GUY, sur un support en bois !
 … et dans cette alternative des-jeux-de-mon-Inconscient, j'ai porté ce souvenir dans la porte verte donnant sur la terrasse, terrasse surplombant le grand potager, en bas.
Et sur cette porte verte, comme sur la cloche de notre Maison des Vernhes, mon père nous laissait tirer à la carabine : visant ainsi l'autorité de ma famille maternelle.
 Alors que dans ces images réelles, je voyais ma mère flambant dans un vase les lettres de GUY (pour elle).

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