Fiction

La cour des miracles



(tous droits réservés)

Extrait de l'article paru dans la revue papier.

"Alors donc avec toute l’équipe on roule tranquillou sur la route du retour de notre dernier film quand soudain, PAF ! : on est en plein pendant la nuit et on renverse quelqu’un sur un parking d’autoroute complètement désert. Evidemment tout le monde de l’équipe se rue sur la victime pour regarder ce qui se passe, et là au moment où on voit la personne renversée on se regarde et on se dit : ça y est ça c’est le point de départ de notre prochain film, puisque le producteur financier du film commence à gueuler, complètement saoul : putain mais faites démarrer le film immédiatement, c’est moi le chef ici, c’est moi qui vous tiens tous par les couilles ici avec tout mon fric, avec tout mon pognon, et là je décide qu’il faut faire un film qui démarre juste là maintenant, vous allez voir ça va être super glauque, super sordide, on va bien se marrer sur ce coup-là. Hop les caméraman se mettent directement à tourner la scène, les médecins scientifiques dégagent le corps de la victime, et là évidemment de manière assez prévisible t’as la victime qui dit : putain mais comment vous avez fait pour pas me tuer sur le coup, moi je venais ici pour me suicider, merde ! Le producteur financier, qui est vraiment complètement défoncé (il arrête pas de se servir de bourbon avec des glaçons), se penche au dessus de la victime et l’inspecte avec une lampe de poche ; il nous dit : ok les amis moi je vous tiens tous par les couilles ici avec tout mon fric alors vous allez bien m’écouter cette fois-ci – et là il prend la tête de la victime et lui dit : « écoute regarde-moi bien dans les yeux : ce qu’on va faire c’est qu’on va faire un film ensemble, tu m’entends ? on va faire un film ensemble, et ça va être toi le personnage principal. Oh tu m’entends ? Tu vas rester avec nous, oh !, putain écoute quand on te parle, tu vas rester avec nous, t’entends ça ?! t’entends quand je te parle ? Tu restes avec nous à partir de maintenant, t’as pas le droit de nous quitter, t’as compris ? » Et donc là il explique à la victime qu’elle a été prise en otage, qu’elle est l’otage d’une équipe qui réalise des films à la fois hyper glauques et hyper expérimentaux. Alors là c’est marrant parce que dans le film on voit que la victime, qui n’a pas l’air d’être gênée plus que ça d’avoir été prise en otage, demande au producteur : ah bon vous faites du film expérimental !? Ca tombe bien moi aussi j’adore l’expérimental ; vous faites de l’expérimental plutôt techno-scientifique ou plutôt artistique ? Evidemment ça fait rigoler toute l’équipe, et ce qui est poétique c’est que dans le film on voit comme ça la victime à moitié morte se mettre à blaguer avec tous les gens de l’équipe, avec les techniciens, les philosophes, les scientifiques, les acteurs etc.. Ils blaguent ensemble, la victime explique des trucs marrants à tout le monde, par exemple là en ce moment elle discute avec les philosophes qui se marrent en l’écoutant expliquer qu’elle son truc c’est de faire de la philosophie expérimentale. Elle leur dit : « vous voyez là par exemple en ce moment je spécule pas mal sur la question du mort-vivant, sur la question : mort ou vif ? » Ca ça a le don de faire rigoler les philosophes, et ils lui disent du coup : « hé ben en tout cas t’as pas froid aux yeux, comme philosophe ! » - « oui répond la victime, j’ai un côté mystique farceur suicidaire mais pour rire, je fais partie d’un groupuscule de kamikazes lettristes internationaux ». Là t’as le producteur qui se sert un grand verre de bourbon puis qui pique une colère : « on en en a rien à foutre de tes groupuscules débiles, t’es ici pour tourner dans un film destroy trash, putain mais faut que ça vire tout de suite dans le porno là maintenant tout de suite sinon on va jamais s’en sortir niveau budget. » Il se retourne et il gueule, bourbon à la main, aux acteurs de l’équipe : « allez putain tout le monde à poil, je veux voir tout le monde baiser ici d’ici 5 minutes sinon je me retire du film, compris ? » - « Et toi, dit-il à la victime, t’as qu’à rester là par terre tiens, t’as qu’à crever tranquille en spéculant lettrisme, ça te fera un bon exercice et dans le film ça donnera sûrement bien. » Le producteur oblige tout le monde à baiser sur le plateau, et ce qui est hyper expérimental et hyper poétique, c’est que même les caméraman sont obligés de baiser, et aussi les scientifiques, les philosophes, tout le monde est obligé de baiser et la scène est vraiment glauque puisqu’à côté de ça t’as la victime qui passe progressivement de l’état de vie à l’état de mort. Ce qui est intéressant c’est qu’à ce moment-là un des caméraman décide de faire un gros plan du visage de la victime, pour que les gens du public puissent bien voir à quoi elle ressemble, et c’est là qu’on se rend compte qu’il n’y a pas vraiment moyen de déterminer s’il s’agit d’une fille ou d’un garçon. Alors évidemment ce qui devait arriver arriva puisque paf à ce moment-là qu’est-ce qui se passe ? Hé bien un des poètes-performers de l’équipe, qui, même occupé à baiser, n’arrivait pas à décrocher ses yeux de la victime, tout à coup arrête de baiser et vient s’agenouiller devant elle pour tenter de voir si c’est une fille ou un garçon. Là dans le film la séquence qui suit est bien trash parce qu’on voit en gros plan comment il lui enlève ses vêtements pleins de sang, puis comment il palpe dans les plaies ouvertes à la recherche de son sexe. Sexe qu’il ne trouve pas tellement le corps a été charcuté lors de l’accident, et idem pour la poitrine. Brrr ! A partir de ce moment-là dans le film ça devient très philosophique, dans la mesure où tout le monde – toujours forcé de continuer à s’accoupler – se met à spéculer sur le sexe et sur l’état de vie ou de mort de ladite victime morte-vivante asexuée. Les gens de l’équipe baisent et spéculent encore et encore, le producteur se ressert encore et encore des verres de bourbon, puis blam il se passe quelque chose de complètement imprévu dans le film, qui est que, tout bonnement et sans prévenir, un cheval complètement vieux et défoncé surgit de nulle part – de nulle part c’est-à-dire de la forêt qui borde la route – et traverse la scène du film comme un fou-furieux. Recta t’as le producteur qui hurle : « génial, surtout continuez à filmer !, surtout, continuez à baiser ! – et toi, toi là la victime kamikaze lettriste internationale, continue de crever à l’aise ! Tiens regarde, dit-il à la victime en prenant une planche, regarde j’ai une idée, je vais te coucher sur cette planche et je vais accrocher cette planche à ce cheval défoncé qu’on vient de voir passer, ça fera un bon début de suite à l’histoire du film. » ..."

voir aussi : http://www.myspace.com/clodo3000

+ http://20six.fr/cu-cu-clan + http://fr.wikipedia.org/wiki/Antoine_Boute

 

Anaérobioses

Extraits de l'article paru dans la revue papier

***

Extraits du livre Anaérobiose de Mathias Richard, à paraître en automne 2008 aux éditions Le Grand Souffle (www.legrandsouffle.com)

"Les visages ne sont plus que des masques sur des êtres qui n’existent plus. Ne rien chercher, ne rien connaître, ne rien faire, ne pas penser, ne jamais réagir. Bienvenue dans la civilisation de la solitude, vivons à tout moment dans l'instant de notre mort, ouvrons les yeux à ce monde sur la banquette arrière d’un taxi, parmi les klaxons des embouteillages, nés pour mourir, nés pour la mort, condamnés à mourir, condamnés à mort, morts en venant au monde. 

*** 

Aller loin dans la nuit pour qu’il n’y ait plus jamais de matin, plus jamais de réveil, plus jamais de départ vers la mort du jour et ses spectres ricanants partout, ses spectres qui traquent, et auxquels on se présente et livre sa vie pour avoir le droit d’exister jusqu’à la nuit suivante et d’y parcourir les parkings et les tunnels, longeant les guérites de bunkers enténébrés, perturbé par des idées fixes, le pied vif, alerte, furieux et fureteur, promeneur à l’affût de flashes noirs, hanté par des logiciels psychiques pirates et mutants qui poussent à s’arracher à son placard tombal, hanté par des logiciels internes et se propageant dans l’air de façon aléatoire qui poussent à explorer, se hisser sur les montagnes au milieu des villes et s’y brancher sur les flux infinis pour se nourrir, vibrer, ne pas mourir les yeux vitreux, allongé sur une couche sale, un matelas au sol dans un cagibi à l’abandon, en train de zapper toutes les cinq secondes d’une station de radio à l’autre, pour capter des voix dans la nuit. Permettez d’être une machine, permettez d’être une machine, permettez d’avancer sans penser, d’être blessé sans saigner ; autorisez à ne plus vivre ni mourir, mais à continuer, à être remplacé, à ne plus être personne, à avoir ses pièces disséminées dans différents organismes robotiques comme des pétales éparpillés par le vent, d’où naissent de nouveaux perfectionnements et de nouvelles hybridations de systèmes ; l’organisme jalouse l’insensibilité des machines ; donnez-lui la froideur d’un mécanisme bien réglé et sourd ; retirez sa faiblesse humaine qui est un cancer sur lequel sur lequel prospèrent les parasites ; autorisations demandées : ne pas vivre, ne pas penser, ne pas sentir : anesthésie durable puis permanente nerfs-cerveau ; à terme, extraire et remplacer ceux-ci par appareils mieux conçus. 

*** 

(c’est les soldes à douleurprice)

 Les supermarchés sont des cadavres donnés en pâture à des charognards dont le sang pulse et la mâchoire énorme pend et bave.

 

 ***

Pourquoi les vampires fument 

Fumer une cigarette rend visible la respiration. Un humain qui fume c'est de la vie qui clignote, c'est comme si les battements de son pouls étaient amplifiés par une chaîne hi-fi stéréo, comme si son sang devenait fluorescent et brillait sous la peau, se détaillant en veinules et alvéoles, c'est comme si son activité cérébrale, transformée en gyrophare, s'affichait en cristaux liquides sur son front.

Un humain fume pour rappeler aux autres et à lui-même qu'il respire, et qu'en conséquence il est vivant. Les vampires ne respirent pas vraiment ; leurs voies respiratoires ne leur sont d'aucun usage, sauf un : fumer. Ainsi, les vampires fument pour se donner l'illusion de respirer, oublier qu'ils sont vampires. Les vampires fument pour oublier que, sans être morts, il ne sont plus tout à fait vivants. Les vampires fument pour ressembler aux humains, et aussi par élégance, par goût du luxe et de l'absurde.

***

La même chose, mais sans les battements de coeur s'il vous plaît.

 

***

L’immobilité ne m’a pas donné faim et je préfère marcher près des arbres, torche de sommeil, torche noire dégageant de la fatigue, des cernes, des regards vitreux, torche de neurones en pleine dilapidation sans objet, tout flashe blanc aveuglant, bref coma, black-out blanc, fais zapping télé dans tête, toujours surpris par nombre de conneries qui s’y trouvent et y défilent sans cesse en boucle, cerveau c’est fox tv france info, l’cerveau l’est chaîne d’info continue diffusant tout temps l’mêmes pensimages, l’mots percent des trous du cul de babouin dans l’orgue de barbarie qui dfile sous pupilles dilatées, cerveau vau-l’eau mâche morve d’un regard torve, z’yeux sont deux écrans de télé bousillés, brouillés ; disponibilité : indécise ; position : informe ; non-devenirs en série, anti-devenir, sans identité fixe, « naissant des états qu’il consomme et renaissant à chaque état », inch aléa, des capteurs reçoivent indirectement les multiples réflexions à l’intérieur de ma cavité chaotique, « le caractère chaotique d’un matériau favorise le passage de l’onde sonore partout sur sa surface », grésillements, « les poteaux haute tension dans les champs ou les clairières, leur bruissement d’insectes », je suis catadioptre si tu m’envoies lumière je la démultiplie, et si tu m’envoies pas lumière je démultiplie la noirceur, je fais de la confiture de poubelle et n’arrête pas le regret, meurs devant la télé avec comme seule pensée : « quelle est la suite du film ??? », Identité-minute : *changez d’air*, Identité-minute : *sans les menottes*, Identité-minute : *pour un stroboscope mental*, Identité-minute : *pour un stroboscope comportemental* (je milite), Identité-minute : *5€ les 4*, Identité-minute : *vous allez passer des nuits blanches…*, Identité-minute : *pour un comportement stroboscopal*, Identité-minute : *sortez léger*, Identité-minute : *voyagez léger*, Identité-minute : *pour un mental stroboscopique* "

 

*** 

Voir également le site des éditions Caméras Animales : http://www.camerasanimales.com/

http://www.myspace.com/mathiasrichard + http://iinviidatiion.blogspot.com/

Limbe


(Tous droits réservés)

Extrait d'un article paru dans la revue papier

[...] Ça se passe comment dans les histoires de mort-vivants ? On les extermine. Il faut dire qu’ils sont méchants. Ce n’est pas de leur faute, les pauvres, mais le fait est qu’ils sont méchants. Alors, c’est un peu dur, mais on est bien obligé de les exterminer. Et puis, ça leur fait du bien, en fin de compte. Ça leur donne la paix de la mort d’où le savant fou – ou autre dictateur sanguinaire – les avait tirés pour assouvir sa soif de toute-puissance. Mais des bébés ? On ne peut pas exterminer des bébés. Et, de toute façon, cela ne s’est pas passé comme ça. D’où viennent-ils tous ces bébés ?

Spectralisation de la puissance

TELECHARGEZ LES DIAPORAMAS PDF JOINTS A L'ARTICLE

Le joueur débutant de Stick Chapman et le chat pianiste

Début de l'article paru dans la revue papier

 « Initialement professeur de piano pour chats, je décidai un beau jour et sans crier gare de me mettre à un autre  instrument.

Lassé de revenir à la maison et d'entendre mon chat faire ses gammes, je finis un jour par me raisonner en me disant que l'instrument "Stick Chapman" étant enfermé dans une boîte scellée, le furtif et rusé animal n'y aurait pas accès. C’était une guitare à douze cordes que l’on jouait en frappant délicatement les cordes avec les doigts. Cet instrument était très peu répandu : fabriqué artisanalement quelque part dans les faubourgs de Los Angeles, son fabricant et concepteur, Emmet Chapman, n’avait pas dû en vendre plus de six mille depuis les trente dernières années qu’il avait déposé un brevet [...] »

Syndiquer le contenu