N°1, Printemps 1987

Editorial (N°1)

image CHIMERE chèvre-lion pour l’Inconscient Belle-Époque : horizons chimériques pour des arts de vivre à venir ; plantes composées à partir de tissus relevant de génotypes différents ou, en d’autres termes que ceux du Petit Robert, rhizome organique, comme emblème paradigmatique des inconscients machiniques-futuristes- constructivistes. Et traversant, impavide, les zones confondues de sens et de non sens : poisson long au corps argenté… La schizoanalyse s’accomodera de toutes ces acceptions du terme.

Par conséquent, plus de théorie standard obligatoire. Des cartographies d’événements et des circonstances ; des états des lieux du possible et du virtuel. Théoriechimère pour méta- modélisation de singularités et de processus foncièrement non modélisables.

Cette revue accueillera les travaux des groupes et des individus se réclamant de près ou de loin de la schizoanalyse, science des chimères, c’est-à-dire de tous ceux qui entendent renouer avec l’inventivité première de la psychanalyse, en levant le carcan de pseudo-scientificité qui s’est abattu sur elle. À la manière des arts et des sciences en train de se faire. Work in progress. Au départ, la plupart des textes présentés ici résultent des exposés et débats qui eurent lieu à Paris aux séances mensuelles dites du mardi, réunissant des psy, bien sûr, mais aussi des philosophes, des ethnologues, des mathématiciens, des artistes. Pas pour une inter-disciplinarité de galerie ! Retour au singulier. À chacun sa folie ! Les grands phylum théoriques finiront bien par y retrouver les leurs ! De toutes façons, par les temps qui courent, nous n’avions plus le choix : il fallait repartir de là.

Les dimensions inconscientes de l’assistance

Colloque sur « La pratique thérapeutique » Trieste, 22-24 sept. 1986.

QUELQUE CHOSE EST EN TRAIN DE CHANGER à Trieste et à « Psychiatria Democratica ». Cela tient peut-être à ce que le travail collectif du deuil de Franco Basaglia parvient à son accomplissement et entre dans une phase créatrice.

Les mots et Nijinsky

C’était comme si quelque chose avait tenté de me lacérer l’âme, sans y réussir.

Tolstoï, Journal d’un Fou.

1.

Vie, mort, sentiments. Le journal que Nijinsky a écrit, en pleine migration vers le « pays de la folie », se compose de trois chapitres portant ces titres. Comme si rien n’était important pour lui en dehors de ces trois thèmes. Dans son journal sont bien sûr gravées avec netteté les tranches d’univers variées qu’il a traversées en qualité de danseur unique au monde, en qualité aussi de danseur dépossédé de sa danse par la guerre et la politique. Mais ces tranches d’univers composent, comme autant de fragments flottants, l’univers du journal, pour converger finalement vers la vie, la mort, les sentiments. La vie, la mort, les sentiments sont les seules unités, les seuls sujets de sa pensée. Il dit écrire ce journal pour expliquer ce qu’est le « sentiment ». Le sentiment est principe de vie en tant qu’il constitue la différence entre la vie et la mort, c’est l’équivalent de l’affect spinozien. Écrire est toujours un acte adressé au sentiment. « Comprenez que quand j’écris, je ne pense pas. – Je sens. »

Les schizoanalyses

J’avais besoin de votre assistance pour me clarifier les idées. Je me suis aperçu – cela fait d’ailleurs partie de ce que je voudrais aborder ici – que, dans certaines situations, il n’était pas possible de procéder à une telle clarification sans le secours d’un agencement collectif d’énonciation. Sinon, les idées vous tombent des mains !

Depuis déjà pas mal de temps, j’étais à la recherche d’un polygône de sustentation pour circonscrire ce qui traîne dans ma tête. Je ne sais si, à nous tous ici, nous constituerons un tel polygône. On verra bien !

Nous avions commencé de le mettre en place, Mony Elkaim et moi, au cours de discussions antérieures ; seulement c’était de façon épisodique, toujours « à la sauvette », dans les coulisses de congrès et de rencontres, où j’étais amené à discuter ses références systémistes en thérapie familiale. Mais, jusqu’à présent, nous ne nous étions jamais vraiment donné les moyens de raccrocher ces réflexions au travail critique que j’ai mené par ailleurs, avec Gilles Deleuze, sur la théorie et la pratique psychanalytique. Ce que je propose aujourd’hui, après un certain déblayage, une certaine « tabula rasa », c’est de dégager ce qui pourrait encore tenir debout dans les décombres psychanalytiques et qui mériterait d’être repensé à partir d’autres échafaudages théoriques – si possible moins réductionnistes que ceux des freudiens et des lacaniens.

Les Warlpiri du désert central australien

AVEC BARBARA GLOWCZEWSKI

Espaces de rêves (1) : Les Warlpiri Exposé et discussion (18 janvier 1983)

F. — Barbara est une ethnologue spécialiste des aborigènes d’Australie, qui a fait un travail passionnant sur le rêve. Je voudrais qu’elle nous parle un peu de la technologie collective du rêve chez ces aborigènes d’Australie qu’elle a étudiés.

Là non seulement le rêve ne relève pas de l’individuel mais participe d’une activité d’élaboration que, par la suite, les ethnologues qualifieront de mythique : mais Barbara, elle, récuse presque cette qualification. Et le rêve est identifié à la loi, à la possibilité même de cartographier les itinéraires de ces gens qui circulent tout le temps puisqu’ils faisaient des centaines de kilomètres. J’aimerais bien, Barbara, que tu essaies de nous dire comment fonctionne cette méthode du rêve. Ma première question est que tu précises déjà le rapport entre le rêve, le territoire et l’itinéraire.

Danse féminine Yawulyu avec peintures rituelles représentant le Rêve des Iguanes Pilja

 

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