N°2, Eté 1987

Editorial (N°2)

UNE REVUE DES SCHIZOANALYSES ne saurait être le porte-parole d’une nouvelle chapelle de l’Inconscient. Le pluriel ici n’est pas de façade : il implique la multiplicité, la diversité des procédures cartographiques mises en jeu dans les différentes disciplines de travail.

Une constante relie ces recherches, ces « monagraphies » : le souci des « singularités » et des agencements collectifs spécifiques. Dans le séminaire qui, depuis six ans, alimente une réflexion polyphonique sur diverses pratiques de recherche (sociologique, ethnologique, anthropologique,mathématique, psychothérapique, esthétique, etc.), nous sommes partis d’un refus commun de la suprématie du « signifiant », de la représentation et de la structure, et de ses effets de stérilisation, dans le champ « freudien » comme dans les disciplines qui lui étaient délibérément subordonnées.

La joue d'Albertine

« UN INDIVIDU EST UN AGENCEMENT singularisant de traits distinctifs dispersés. Il forme un corps commun à ces traits. Il rapporte à une surface molaire d’inscription un espace moléculaire de sensations, en organise la perception.
Un événement résulte de la rencontre d’au minimum deux individus. Il consiste dans l’agencement singulier de traits distinctifs qu’opère la rencontre, l’intersection entre des espaces de sensations moléculaires dispersées et des surfaces molaires d’inscription, lorsque la redistribution des espaces et des surfaces en fait au moins partiellement disjoncter la configuration finale avec la configuration initiale.
Agencement individuel et agencement événementiel opèrent la traduction de l’imperceptible moléculaire dispersé en perceptible molaire unifié, selon des formes de composition inconnues, en tout cas fort différentes des lois de la représentation, et de la transmission homothétique des rapports, ou échelle, découvertes à la Renaissance [...] »

Fragment de l'article complet (voir PDF)

Entretien avec G.S. Troller

« A. D. – Corti dit « on ne peut pas en finir avec le passé, en repoussant l’enfer dans l’inconscient… » «… pour vaincre le mal, il est indispensable de se souvenir et de prendre conscience ». C’est presque une psychanalyse… « refouler ses pensées c’est céder au mal en nous ». Alors, ce que vous dites là, ça me fait penser à une question : est-ce qu’il y aurait un risque de complicité avec le mal, dans le processus de refoulement, qui est tout de même au principe de la connaissance [...]

Georg Troller. – Ce n’est même pas, en Autriche, un refoulement ou une amnésie parce que les gens sont parfaitement conscients de ce qui s’est passé. D’abord les nazis semblent vivre longtemps, ils vivent plus longtemps que les autres. On a toujours dit il faut attendre qu’ils meurent mais ils ne meurent jamais ! Et puis en Autriche on a une continuité de la conscience, une continuité du savoir qui ne peut s’interrompre jamais, que tout Autrichien sait très bien… comme on se sentait sous l’Empereur par exemple, tout ça, c’est encore vivant, c’est encore là et ça fait encore partie de la conscience collective. Je crois qu’en Autriche tout le monde est conscient du mal, de l’holocauste, et « ça ne vaut pas la peine d’en parler : tout est mélangé. L’holocauste de six millions… Il y en a eu davantage, puisqu’il y avait les gitans, etc. Tout ça s’est amalgamé… Sabra et Chatila où il y a eu deux cents morts, etc. Tout ça, c’est la même chose. Donc, il vaut mieux oublier, continuer comme ça, se débrouiller etc. Oui, c’est vrai ! On a tué tout ce monde, mais écoutez, à quoi bon en parler ? [...] »

Fragment de l'article complet (voir PDF)

Systèmes et scènes

Transcription d’une intervention faite par Mony Elkaïm le 10 décembre 1985 au séminaire de Félix Guattari. Le texte présenté provient d’une rencontre organisée à Grenoble en juin 1985 par le « Centre d’Études et de Recherches sur l’Approche Systémique ».

MONY ELKAIM : JE VAIS VOUS LIRE le texte d’une intervention faite à un congrès de thérapie familiale. J’aimerais pouvoir discuter ce texte avec vous. Je vous propose de m’interrompre à tout moment si vous avez un commentaire à faire. J’avais été invité à parler de créativité. Mon intention était de produire une situation de création avec les participants pendant cette intervention.

Bonjour. Je propose de travailler avec vous ce matin à partir d’un échange autour d’une famille simulée.

« Famille simulée » : Dans notre jargon cela veut dire les personnes de l’auditoire qui se proposent comme volontaires pour simuler une famille.

Je parlerai du thème général de ces journées : la créativité à partir de celle qui surgira ici… Je vais vous demander non tant d’écouter que de regarder et d’observer ce qui se passe… Ce qui se passe au niveau non verbal est extrêmement important en thérapie familiale. Certaines danses non verbales peuvent avoir pour un thérapeute systémique la même importance qu’un lapsus pour un thérapeute d’inspiration analytique. Je citerai comme exemple un extrait de la bande vidéo d’une thérapie de la famille.

Sarah et la grande famille - La soirée - Quelques outils

« – Oh ! Ces chaussettes m’énervent, dit Sarah. Ces chaussettes m’énervent. Elles tombent tout le temps. Elle s’arrêta de marcher et avec un crayon à mine bien effilée dessina un cercle sur chacun de ses mollets, à la hauteur du rebord supérieur des chaussettes, qu’elle avait tirées, mais qui retombèrent aussitôt.
– Cela va mieux comme ça, se dit-elle, mais la satisfaction de ma famille n’a pas lieu de se vanter ! Sarah était souvent persuadée que sa grande famille, lorsqu’elle, Sarah, parlait toute seule, multipliait ses oreilles et donc elle se permettait quelques insolences de langage sans trop abuser, probablement dans un esprit de conjuration vis-à-vis de ses 62 frères, 312 beaux-frères, 7 petites soeurs en bas âge, 32 cousins, oncles et douzaine de tantes, 406 grand-mères, excellentes, 13 demi-soeurs, 768 parents légaux plus 5 petits enfants gâtés, 30 marraines à l’encan, une floppée d’autres êtres, une armée de pères nobles et, pour finir si elle n’avait rien oublié : 312 matrimoniaux. [...] »


Fragment de l'article (voir PDF)

Syndiquer le contenu