Conférences

Le droit, la justice, la magistrature en crise, entretien avec Irène Terrel

Les mardis de Chimères, le 20 janvier 2009

Irène Terrel, avocate de Julien Coupat sur l’affaire de Tarnac, de Battisti (vidéo sur le nouvel Obs), Petrella

Le droit, la justice, la magistrature en crise.

JC Polack : Il y aurait OPA de l’exécutif sur le domaine de la justice et rupture avec une tradition démocratique.

Irène Terrel : Ce qui se passe est l’aboutissement d’années de grignotages successifs, d’abandons qui éclatent à la lumière. Le phénomène nouveau, c’est le médiatique, la société du spectacle que je vis comme une agression. Il y a un changement de nature et non plus de degré. Et je ne sais pas pourquoi. Pourquoi Tarnac a déclenché un tel délire médiatique ?

X : Vous avez une consœur qui a jeté un mégot sous une voiture et qui a fait trois jours de garde à vue parce qu’elle a été vue à une manifestation devant la prison de la santé en 2003 et il paraît qu’elle était à une réunion à Montreuil en 2008 à propos de Tarnac.

IT : Ca montre bien le changement de nature de ce qui est en train de se produire. Ce que je trouve ahurissant, c’est le fait qu’elle fasse trois jours de garde à vue anti-terroriste (si c’est trois jours, c’est anti-terroriste) et surtout elle ressort sans rien. C’est ça qui est fabuleux. On peut être placé trois jours en garde à vue anti-terroriste sans qu’au final, on ne vous reproche rien. Bientôt, il y aura des contraventions anti-terroristes, par exemple un tag. Cet incendie de voiture n’existait pas. C’était de la pure intox.

La crise des « subprimes » est une crise de la gouvernementalité

Les Mardis de Chimères, le 17 décembre 2008

La crise des « subprimes » est une crise de la gouvernementalité, et non une incapacité à réguler la monnaie

Par Maurizio Lazzarato (Voir http://fr.wikipedia.org/wiki/Maurizio_Lazzarato)

(Sur Multitudes : Puissances de la variation, Interview avec Maurizio Lazzarato : http://seminaire.samizdat.net/Puissances-de-la-variation.html)

Jean-Claude Polack : Maurizio a travaillé sur la pensée de Tarde et la conception de la valeur. La question de l’économie à partir de la psychologie.
La valeur est le résultat d’une conjonction entre l’invention, l’association, et la répétition. Pour aborder la crise aujourd’hui : la monnaie qui est capable d’anticiper, prévoir et ordonner nos conduites.

M. Lazzarato : On laisse à penser que la crise actuelle est seulement une incapacité à réguler la monnaie et qu’il suffirait d’introduire une régulation pour résoudre la crise. Moi, je pense que la crise est quelque chose de plus profond : c’est une crise de la gouvernementalité dans le sens où en parle Foucault : la gouvernementalité, c’est la façon de gouverner le comportement et les conduites des différents acteurs économiques et sociaux.

LES CARTOGRAPHIES SCHIZOANALYTIQUES (MAJ AUDIO)

LES MARDIS DE CHIMERES - LE 24 JUIN 2008

PAR ANNE QUERRIEN

00’29 : Présentation par J-C Polack

01’10 : Anne Querrien. Les cartographies schizoanalytiques de Félix Guattari. Un livre génial, mais illisible. Un « Work in progress ».

03’57 : Concernant un article disant que “le déterritorialisation, ça consiste à tuer les indigènes.” Avec une déterritorialisation définie de cette façon, toutes ces cartographies s’effondrent. De même, l’armée américaine et israélienne qui étudieraient ces textes. Même erreur, le mixe des théories de Guattari-Deleuze et Karl Schmidt donnant l’idée qu’il s’agit pour l’Etat de lutter contre des populations déterritorialisées.

05’32 : On retrouve cette question de la cartographie sous des acceptations différentes à l’époque. Par exemple avec Deligny et les enfants autistes. Deligny propose à un soignant dessinateur de dessiner des cartes des déplacements des enfants. Dés qu’ils tournent en rond, il fait un rond sur sa carte. En superposant les cartes, ils se sont aperçus que les mouvements des gosses restaient à l’intérieur d’un territoire commun organisé autour des lieux des adultes. Il y avait un territoire commun entre les gosses et les adultes, alors que les adultes pensaient que les gosses faisaient n’importe quoi, disparaissaient n’importe où. Une cartographie qui produit du commun.

Frédéric Gros : sur l’œuvre de Foucault des dernières années (à partir de 1980)

Association « Pratiques de la folie »


(Tous droits réservés)

Frédéric Gros : sur l’œuvre de Foucault des dernières années (à partir de 1980)

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I) le sujet, II) la vérité, III) la philosophie, IV) Discussion avec Jean Allouch.

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1’40 / Introduction: Franck Chaumon introduit la séance. Quelle est notre actualité ? Le regard évaluateur s’est étendu au champ de la santé : une évaluation comptable de l’activité réelle (institutions et activités libérales) qui repose sur une adéquation entre actes et chiffres. Plutôt qu’une simple position de résistance face à ce phénomène, comment lancer une offensive : « comment parler de nos pratiques de paroles ? » dans un autre espace, dans le champ du politique ! Rendre des comptes, c’est poser cette question. Parole, vérité, politique. Foucault nous est d’une aide irremplaçable pour montrer comment la vérité du sujet ne peut se dissocier du régime de vérité dans lequel se déploie le discours. Actualité de Foucault qui réinvestit la question politique à travers la parole subjective et la vérité du sujet : la parrhesia, le dire vrai, le courage de la vérité. Jean Allouch est à côté : un des rares psychanalystes qui travaille avec Foucault.

14’47 / I) Le sujet : une nouvelle conception du sujet qu’il déplace et qui déstabilise le sujet essentiel, a priori, et transcendantal (Descartes, Kant, Husserl).

1) Les techniques de soi : techniques historiques à travers lesquels le sujet se construit dans un rapport déterminé à lui-même. Mais le sujet n’est pas produit par ces techniques.
2) Les pratiques de subjectivation sont des programmes de stylisation de l’existence (non du conditionnement). Le sujet peut être appelé à se transformer. Le soi éthique contrebalance le sujet a priori kantien de la critique de la raison pure qui ne peut pas se transformer. C’est un sujet de l’expérience.
3) Le souci de soi : n’allez pas croire que le « connais-toi toi même » socratique soit la parole grecque fondamentale ! Se soucier de soi, c’est se soumettre à des exercices, non pour mieux se connaître, mais pour intensifier le rapport à soi. Il n’y a pas d’intériorité, ni d’intimité grecque. L’intimité du sujet se construira dans les pratiques de confession chrétienne. Les techniques stoïciennes, quant à elles, construisent une extériorité éthique, sujet de l’action politique.

Ces notions ont comme intérêt de nous faire sortir de deux grandes matrices :
- la matrice pratique de la confession chrétienne qui va du côté du « qui suis-je ?», d’une construction d’une intimité, d’une psychologie, d’une quête de l’identité de soi,
- la matrice théorique du questionnement transcendantal qui va du côté du « que puis-je connaître ? », d’une certaine histoire de la philosophie, du sujet comme instance de connaissance.

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