N°4, Hiver 1987

Les « schizoanalyses », pourquoi pas ?

« LE TITRE DE CHIMERES OUVRE UNE PORTE à tous les délires, les fantasmes, les errances, les quêtes ou les expériences. Le terme de « schizoanalyses » pourrait, selon certains, la refermer aussitôt sur un dogme.
D’aucuns nous voient marcher, en rangs serrés, autour de quelques schizophrènes choisis, hérauts des temps futurs, oracles ou devins, sous le regard bienveillant des célèbres « duettistes » de l’Anti-OEdipe et de Mille plateaux.
D’autres nous situent déjà comme la dernière colonie psychanalytique développée en marge de l’empire lacanien, avec une prédilection marquée pour la schizophrénie, le « collectif » et 1’« institution ».
D’autres encore, philologues, nous font remarquer que les « schizoanalyses » font redondance, coupent et recoupent, taillent et retaillent, refendent la fente, et nous entraînent au bord d’un gouffre vertigineux.
Enfin viennent ceux qui voient dans le terme contesté l’étendard hermétique d’une coalition floue, mais proliférante, qui mêle trop souvent les torchons et les serviettes, l’inconscient et l’économie politique, le cinéma et le rêve, le krach boursier et la dépression atypique ; tout cela s’accompagnant d’une sorte d’agitation moléculaire, de poussées alternatives dispersées, d’activités utopiques ou « chimériques » diverses, aussi multicolores que l’arc-en-ciel.
Ces remarques et critiques, nous en ferons l’aveu, sont pertinentes ; elles circulent
d’ailleurs parmi nous et alimentent nos débats. [...] »

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Acheminement vers l’image

« Je revois le preneur d’images. J’ai dit : — C’est la guerre…
Il a haussé les épaules.
Intention : — le fait de se proposer un certain but.
Voyez-vous ça ? Les oies se proposent de s’envoler. Se : — pronom personnel réfléchi… Tout y est ; le nom ou son
substitut, personnel évidemment, et réfléchi. Où se voit à quel point les oies sauvages nous sont semblables.
C’est ce que je dis au preneur d’images :
— Si jamais il vous arrive d’avoir des oies sauvages à portée de caméra, vous avez une intention. Et ce qui va se voir sur l’écran, c’est votre intention et non les oies sauvages qui ne sont que prétexte à faire part de vos intentions. Alors que nous étions quelques-uns, autour d’une caméra, à filmer comme on dit et peu importe quoi, nous faisions très attention à ce que notre ombre ne se voit pas sur l’aire de tournage. C’est là un avatar facile à éviter. [...] »

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« Supprimer l’esprit de Goulag »

« G. Soulier : Bon, mais tu ne dis pas comment tu vois la prison.
Coluche : Comment je la vois de l’extérieur ? Je la vois sale, je la vois sévère, autoritaire. La prison c’est fait pour casser la tête des mecs. C’est avant tout un instrument de lessivage de cerveau à sa manière, c’est-à-dire : tu dois sortir gentil de là dedans. Et justement, c’est là que tu te fais des relations et donc que tu sors, soit définitivement professionnel soit définitivement guéri, si je peux dire, dans le cas où on considère que c’est une maladie. Mais moi je pense que la maladie pour un mec ça consiste à aller à l’usine, à avoir des gosses, à faire
un foyer, à avoir un frigidaire à crédit et une caisse à crédit. C’est ça la vraie maladie, tu comprends. Moi je crois que le mec qui est en taule, c’est un mec qui a pas eu de bol de se faire prendre, mais je pense qu’il avait choisi la bonne vie. C’est à cause du caviar, du rock n’roll, du prix des motos qu’ils sont en taule. C’est à cause de ce qui est cher, parce que sur les affiches il y a tout ce qu’il y a à vendre, et dans leur poche, pas un sou pour l’acheter. Au départ, c’est toujours l’envie d’avoir ce que tu vois dans la publicité.
Pourquoi aujourd’hui on se drogue ? Il y a une revendication chez les jeunes, et ça je l’ai vachement senti quand je faisais des galas en province où j’ai parlé avec eux. Il y a une revendication latente, qu’ils ne savent pas à qui adresser et qui est qu’ils se font chier. Il n’y a pas de débouchés et on ne peut pas créer. On ne peut pas poser sa tête sur un projet qui risque d’aboutir. Donc, la seule solution, c’est de vivre aux dépens de la société. Le voleur devient un héros [...] »

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Le ciel est par-dessus le toît (Prisons)

« Scène du dedans, violente. Ayant demandé à m’entretenir avec des détenus dans leur cellule, un jeune sous-directeur, parfaitement aimable, m’accompagne, s’arrête au hasard devant une porte, jette un bref regard par l’oeilleton, frappe d’un coup de clé, et ouvre. Deux têtes émergent, sans surprise, de deux lits superposés ; assis devant la table, un troisième détenu tourne la tête vers la porte, avec le même automatisme lent. Sur le côté gauche, deux pieds dépassent au bas d’une petite porte battante à deux volets ; au-dessus de la porte dépasse la tête de l’homme, assis sur les chiottes. Visage rouge. Le sous-directeur rougit aussi, s’excuse, et bat en
retraite. Quelque chose de l’ordre du viol. Quelque chose qui entre dans les attributions normales d’un fonctionnaire accomplissant sa tâche sans intention malsaine. C’est bel et bien l’institution qui est vicieuse[...] »

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Question de vie ou de mort : la vendetta en Méditerranée

Au marché de Karditsa, Thessalie, août 1969 – ph. Claude Bourquelot

— Jésus ! quel beau garçon ! qui l’a tué ?

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